Bennett dénonce des « ministres stupides » et annonce son plan de parti centriste uni
Dans des enregistrements, Bennett déclare que s'il est élu, il fera adopter une constitution et qu'il limitera le nombre de mandats ; Israël n'a "pas d'autre choix" que d'enrôler les Haredim

L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a vivement critiqué le gouvernement dans une série d’enregistrements rendus publics dimanche par les médias israéliens. Bennet a notamment affirmé que le gouvernement était composé de ministres « stupides », et il a fait part de son intention d’unir les différents mouvements et personnalités de l’opposition afin de former un « grand parti » capable de battre la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors des prochaines élections.
Jeudi, à l’occasion d’une conférence à Kfar Saba, dans des enregistrements obtenus et publiés par le site d’information Walla, Bennett a fait part de ses désaccords avec le gouvernement, de ses projets pour unir l’opposition, ainsi que des initiatives qu’il poursuivrait en priorité en matière de politique intérieure et étrangère s’il était élu.
« Le gouvernement est aujourd’hui composé de ministres stupides », a déclaré l’ancien Premier ministre, qui envisagerait de se présenter à nouveau lors des élections de 2026.
« Tout simplement stupides, je n’ai pas d’autre mot pour les décrire », a-t-il souligné. « Quand un ministre dit : ‘Il faudrait larguer une bombe nucléaire sur Gaza.’ Fantastique, maintenant, il l’a dit ; vous venez de gagner 17 voix, glanées chez les fous. Est-ce que nous allons larguer une bombe sur Gaza ? Non. Mais nous en payons le prix. »
Ces commentaires de Bennett ont fait référence à la déclaration faite en novembre 2023 par le ministre du Patrimoine, Amichaï Eliyahu, qui avait affirmé que larguer une bombe nucléaire sur la bande de Gaza constituait « une possibilité » – une déclaration qui avait été décrite par Netanyahu comme « déconnectée du réel -.
Ces propos d’Eliyahu avaient ensuite été cités par l’Afrique du Sud dans une motion accusant Israël de génocide devant la Cour internationale de justice, incitant le ministre du Patrimoine à se vanter que « même à La Haye, ils connaissent ma position ».
Bennett a rapporté qu’il se retrouvait, lors de toutes ses interviews internationales, confronté à des journalistes qui l’interrogeaient sur les propos controversés d’Eliyahu et d’autres ministres d’extrême droite, parmi lesquels le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.
« Nos soldats paient donc le prix fort. Il ont les mains liées en raison de la stupidité de politiques motivés uniquement par des considérations politiciennes », a-t-il noté.
« Qualifier cela de simple stupidité est d’ailleurs un péché. C’est bien pire que cela. C’est de la malveillance. Ils cherchent à récolter des voix politiques au détriment de nos soldats, dont certains ne pourront plus jamais voyager à l’étranger à cause de cette folie », a-t-il ajouté.
Dans ces enregistrements, l’ancien Premier ministre ne s’est pas contenté de critiquer le gouvernement. Il a également présenté sa stratégie politique pour les élections prévues l’an prochain. « Nous devons former un gouvernement d’union sioniste nationale fondé sur une ‘alliance du service’ : l’alliance de ceux qui servent et acceptent les principes directeurs du gouvernement », a-t-il exposé.
« J’ai une mission : réunir les différents partis centristes. Nous allons nous entretenir avec [le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor] Liberman, avec [l’ancien membre de la Knesset, Gadi] Eisenkot, et tenter de rassembler tout le monde au sein d’un grand parti », a-t-il poursuivi, précisant durant la conférence que leur rôle était de « convaincre tout le monde de voter pour ce parti, et d’obtenir une majorité claire et décisive ».
Bennett a également annoncé que, en cas de victoire de ce parti, son projet serait de « jeter les bases d’une constitution pour Israël » et « de l’adopter », un plan qu’il avait auparavant estimé « inutile ».
« Les événements de ces dernières années m’ont conduit à changer d’avis », a-t-il indiqué, faisant allusion aux efforts continus livrés par le gouvernement Netanyahu pour affaiblir le pouvoir du système judiciaire d’une part, et pour consolider toute l’autorité entre les mains de l’exécutif, d’autre part. « Nous devons définir la manière dont une loi est promulguée ou abrogée, qui peut abroger une loi, avec quelle majorité, comment les juges sont nommés. »
Il a également fait état de son intention de « faire adopter une loi, dans le cadre du processus constitutionnel, qui limiterait le mandat du Premier ministre à huit ans ».
Bennett s’est en outre engagé à créer une commission nationale d’enquête sur les défaillances ayant entouré l’offensive menée par le Hamas le 7 octobre 2023, décrivant comme un « péché moral » le fait qu’une telle commission n’ait pas encore été mise en place.
Netanyahu a rejeté à plusieurs reprises l’idée de lancer des investigations sur les événements du 7 octobre avant la fin de la guerre. Il s’est fermement opposé à la mise en place d’une commission nationale d’enquête, affirmant que la moitié de la population, par défiance à l’égard de l’intégrité du pouvoir judiciaire, qui nomme ses membres, ne ferait pas confiance à ses conclusions.
L’intégration des Haredim dans l’armée et sur le marché du travail a été une autre question déterminante a été abordée par l’ancien Premier ministre : « Nous n’avons pas le choix », a-t-il souligné.
Même si Bennett n’a donné aucun détail sur la manière dont il comptait mettre en œuvre ou faire adopter une loi sur la conscription qui permettrait une mobilisation généralisée, il a toutefois reconnu avoir revu ses priorités au lendemain des événements du 7 octobre.
Avant la guerre, dit-il, « la question du service militaire des Haredim me semblait moins importante que les sujets de l’emploi et l’éducation ». Mais la pénurie de soldats de combat l’a conduit à revoir sa position.
Selon Bennett, par ailleurs, les écoles ultra-orthodoxes, qui ne font pas partie du système public et n’enseignent pas les matières du tronc commun scolaire, ne devraient pas bénéficier de fonds publics.
En matière de politique étrangère et de Palestine, Bennett a fait savoir que, s’il était au pouvoir, « aucune mesure radicale ne serait prise » concernant la création d’un État palestinien, soulignant néanmoins qu’il n’envisageait pas la situation en « termes binaires ».
« Je suis un belliciste-libéral. Je suis contre la création d’un État palestinien, je m’oppose à la cession de terres. Je suis favorable à une sécurité maximale et à un minimum de tensions avec les Palestiniens », a-t-il confié.
« J’apporte mon soutien à une autonomie des Palestiniens, pour qu’ils puissent se gérer eux-mêmes, mais je m’oppose à ce qu’ils obtiennent une souveraineté sur les frontières », a-t-il ajouté, suggérant ainsi être favorable au maintien du statu quo et du fonctionnement de l’Autorité palestinienne, que de nombreux membres du gouvernement ont cherché à saper, voire à totalement démanteler.
Il a en outre condamné les crimes commis par les résidents d’implantations juifs radicaux du groupe des « Jeunes des collines », qui mènent presque quotidiennement des attaques contre les Palestiniens en Cisjordanie, précisant toutefois que « la criminalité existe également dans les villes israéliennes ».
Réagissant aux enregistrements qui ont été rendus publics, Bennett a affirmé que le peuple israélien « a des dirigeants épouvantables, qu’il faudra remplacer dès que possible ».
Pour sa part, le chef de l’opposition, Yair Lapid, qui n’a pas été mentionné dans les extraits du discours de Bennett qui ont été divulgués, a annoncé, après la publication des enregistrements, son intention de « s’entretenir à nouveau avec [Bennett] ».
« Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour renverser le gouvernement, pour rassembler les forces », a martelé Lapid, laissant entendre qu’il pourrait s’allier à Bennett et aux autres figures de l’opposition dans le cadre d’une coalition ou d’un parti.
Bennett est un ancien allié de droite de Netanyahu. Les deux hommes avaient rompu en 2021 et Bennet avait brièvement détrôné Netanyahu, occupant le poste de Premier ministre pendant environ un an. Il a, en vue des élections prévues l’an prochain, enregistré un parti politique sous le nom de Bennett 2026, qui, selon les sondages, serait le concurrent direct du Likud de Netanyahu dans la course au « plus important parti de la Knesset ».
Le mois dernier, Bennett a rencontré Liberman, du parti Yisrael Beytenu, désireux d’apporter son aide à l’ancien Premier ministre afin d’inciter les « chefs des partis d’opposition sionistes » à élaborer les « grandes lignes » du prochain gouvernement.
Selon un sondage dont les résultats ont été révélés la semaine dernière par la chaîne N12, si les élections avaient lieu aujourd’hui, l’alliance entre Bennett et Liberman formerait le parti le plus important, remportant 30 sièges – contre 25 pour le Likud.
Dans un tel scénario, le parti de gauche des Démocrates dirigés par Yair Golan obtiendraient 11 sièges, le parti d’Eisenkot en remporterait 10 et le parti Yesh Atid de Lapid en gagnerait huit, tout comme le parti ultra-orthodoxe séfarade du Shas.
Selon ce sondage, le parti ashkénaze haredi Yahadout HaTorah et le parti d’extrême droite Otzmah Yehudit obtiendraient tous deux sept sièges, les deux partis arabes Hadash Taal et Raam en remporteraient chacun cinq. Le parti HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich, quant à lui, dépasserait de justesse le seuil électoral avec seulement quatre sièges.
Le parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti de Benny Gantz et le parti arabe Balad ne seraient pour leur part pas représentés à la Knesset.
D’après ces résultats, l’opposition, avec 59 sièges, ne serait pas en mesure de former un gouvernement, à moins d’inclure l’un des partis arabes. La coalition actuelle obtient 51 sièges.
Les prochaines élections à la Knesset doivent avoir lieu en octobre 2026.







