Liberman et Bennett discutent d’un possible « gouvernement d’union nationale »
Le chef d'Yisrael Beytenu appelle les partis d’opposition sionistes à s’unir pour contrer la coalition Netanyahu, invoquant leur “responsabilité nationale” ; Gantz est exclu

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a rencontré mercredi l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui cherche à rallier les « chefs des partis d’opposition sionistes » afin d’élaborer un « plan directeur » pour un futur gouvernement.
Bien qu’il ne siège pas à la Knesset, le nouveau parti éponyme de Bennett figure régulièrement en tête ou près du sommet des sondages, aux côtés du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Dans un communiqué relayé par la presse israélienne, Bennett a indiqué que les deux anciens alliés de Netanyahu, devenus ses adversaires, avaient discuté de nombreux sujets : la poursuite de la guerre à Gaza, les négociations d’un accord de libération des otages, la question du service militaire obligatoire, l’économie israélienne et les moyens de remplacer le gouvernement « dès que possible afin de redresser la situation ».
Liberman a pour sa part déclaré que la réunion avait « souligné la nécessité de faire progresser les principes fondamentaux de la future coalition et d’assurer un alignement maximal entre tous les partis sionistes ».
Cette rencontre intervient peu après la lettre que Liberman a adressée au chef de l’opposition, Yaïr Lapid, pour lui demander de convoquer une réunion des dirigeants de l’opposition avec Bennett et l’ancien député Gadi Eisenkot afin de définir « les grandes lignes du prochain gouvernement ».
Liberman a exhorté les personnalités de l’opposition à présenter une alternative unie avant les élections législatives prévues en octobre 2026.
La démarche de Liberman répond aussi à l’appel lancé la semaine dernière par Benny Gantz, chef du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, qui a invité à former un « gouvernement de libération des otages » et à rejoindre la coalition de Benjamin Netanyahu afin de garantir un accord sur les otages et de fixer la date des prochaines élections législatives. Cette proposition a été qualifiée de « pitoyable » par Lapid et Liberman, qui ont déclaré qu’il n’y avait « aucune raison » de rejoindre le gouvernement actuel.
« Plus que jamais, en cette période, il est primordial de faire preuve de responsabilité nationale et d’agir ensemble afin de renforcer la confiance du public et d’assurer un avenir meilleur pour tout le pays », a écrit Liberman dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux.
Il y affirme qu’Israël a besoin d’un « leadership responsable, équilibré et uni » capable d’offrir une « alternative morale et pratique au gouvernement actuel ».
« Les lignes directrices de ce projet devraient refléter un large consensus sur les grands enjeux nationaux – sécurité, économie, adoption d’une constitution, conscription, relations entre religion et État – tout en préservant les valeurs fondamentales d’Israël en tant qu’État juif, sioniste, démocratique et libéral », a-t-il ajouté.
« Il est de notre devoir, en cette période critique, de faire preuve de responsabilité nationale et d’agir ensemble, afin de renforcer la confiance du public et d’assurer un avenir meilleur pour le pays », a conclu Liberman.
La lettre de Liberman ne mentionnait pas Gantz, que le chef d’Yisrael Beytenu avait auparavant qualifié de « fatigué, effrayé, paniqué » pour avoir proposé de s’allier à Netanyahu. Elle ne citait pas non plus Yaïr Golan, chef du parti de gauche Les Démocrates.
Critique de longue date de Netanyahu, Liberman semble vouloir positionner son parti, à la ligne dure, comme pivot d’une coalition idéologiquement variée visant à détrôner le Premier ministre lors des prochaines élections.
Dans un entretien accordé au Times of Israel l’an dernier à la Knesset, l’ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères avait accusé Netanyahu de politiser la prise de décision en temps de guerre, affirmant qu’il « n’a aucune stratégie », qu’il « cherche à gagner du temps » et qu’il veut « prolonger la guerre jusqu’aux prochaines élections ».
Liberman a débuté sa carrière politique au Likud, où il a fini par devenir directeur général du parti puis chef de cabinet de Netanyahu dans les années 1990. En 1999, il a quitté le Likud et fondé Yisrael Beytenu, dénonçant la position jugée trop conciliante de Netanyahu sur la question palestinienne.
Bien qu’il ait ensuite occupé plusieurs fonctions ministérielles dans des gouvernements dirigés par Netanyahu, allant même jusqu’à se présenter sur une liste commune avec le Likud aux élections législatives de 2013, il est devenu ces dernières années l’un de ses critiques les plus virulents.
En novembre 2018, il a démissionné de son poste de ministre de la Défense pour protester contre un cessez-le-feu conclu avec les groupes terroristes palestiniens de Gaza, après une salve intense de plus de 400 roquettes tirées en deux jours par le Hamas et d’autres groupes terroristes contre Israël. Depuis, il a passé l’essentiel de son temps dans l’opposition, à l’exception d’un bref passage au ministère des Finances dans le gouvernement Bennett-Lapid (2021-2022).
Ses critiques se sont encore intensifiées après le pogrom perpétré par des milliers de terroristes du Hamas qui ont envahi, depuis Gaza, le sud du pays, le 7 octobre 2023, pour y assassiner plus de 1 200 personnes et en enlever 251 pour les emmener en otages dans l’enclave, déclenchant ainsi la guerre en cours.
Selon un sondage N12 publié début août, si des élections avaient lieu aujourd’hui, Yisrael Beytenu obtiendrait 11 sièges, se classant quatrième derrière le Likud (24 sièges), le nouveau parti de Bennett (20 sièges) et un parti hypothétique dirigé par Eisenkot (12 sièges).
Le sondage attribue également 7 sièges au parti Yesh Atid de Lapid et 11 sièges au parti des Démocrates de Golan. Le parti Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti de Gantz ne dépasserait pas le seuil électoral et disparaîtrait de la scène politique.
Sam Sokol a contribué à cet article.







