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Bennett reconnaît ses erreurs de gestion au sein de la coalition

Le Premier ministre a admis devoir en faire davantage pour inclure la base de droite mais insiste sur le fait que le gouvernement peut toujours fonctionner même sans majorité

Le Premier ministre Naftali Bennett tenant une conférence de presse à la base militaire de la Division Judée-Samarie, près de l'implantation de Beit El en Cisjordanie, le 5 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett tenant une conférence de presse à la base militaire de la Division Judée-Samarie, près de l'implantation de Beit El en Cisjordanie, le 5 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Dans une série d’interviews avec les trois principales chaînes de télévision israéliennes lundi soir, le Premier ministre Naftali Bennett a reconnu des erreurs dans la gestion de sa coalition fracturée et s’est engagé à se concentrer davantage sur les affaires politiques internes à l’avenir.

Il a également insisté sur le fait que son gouvernement en crise pourrait continuer à fonctionner et a exclu toute coopération avec le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, qu’il a censuré pour son manque d’éthique politique.

Les apparitions sur les chaînes Douzième chaîne, Treizième chaîne et Kan ont eu lieu moins d’une semaine après que Idit Silman, une autre députée de Yamina, a annoncé qu’elle démissionnait de la coalition, privant ainsi le gouvernement de Bennett d’une majorité à la Knesset et rapprochant considérablement le pays d’une cinquième campagne électorale en trois ans.

Les interviews de Bennett ont été diffusées dans les trois principaux journaux télévisés en Israël. De tels blitz médiatiques n’arrivent généralement qu’à l’occasion des fêtes, avant les élections, ou si le gouvernement est en crise, et Bennett a admis sans peine que c’était le cas.

Des erreurs ont été commises

Lors de l’interview sur Treizième chaîne, Bennett a semblé reconnaître qu’il n’avait pas fait assez pour maintenir l’unité de sa faction Yamina, mais il a insisté sur le fait que c’était uniquement parce que tous ses efforts étaient consacrés au redressement du pays.

Il a affirmé être libre de toute machination politique, déclarant n’agir qu’en fonction de « ce qui est bon pour le pays ».

Il a, néanmoins, reconnu que le député de Yamina, Abir Kara, qui a également fait l’objet de rumeurs de défection, avait raison lorsqu’il a critiqué Bennett de ne pas faire assez pour « embrasser » sa faction et sa base de droite.

Les députés Idit Silman, au centre, Abir Kara, à gauche, dans la salle d’assemblée du parlement israélien, à Jérusalem, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Il a raison », a déclaré Bennett. « La politique est quelque chose de très, très compliqué. Je vais prendre les devants pour faire face à cette situation ».

Bennett a dit à Kan qu’il accorderait plus d’attention aux préoccupations des différents membres de sa faction, les qualifiant de « héros » pour avoir résisté à des pressions de droite qu’aucun autre parti de la coalition n’a enduré depuis la formation du gouvernement en juin dernier.

Tout en reconnaissant que la démission de Silman a été un coup dur pour son gouvernement, Bennett a insisté sur le fait que le gouvernement s’est depuis « stabilisé » et qu’il a agi rapidement pour empêcher d’autres députés de suivre sa voie.

Le Premier ministre Naftali Bennett parle au journal télévisé de la Douzième chaîne, le 11 avril 2022 (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne).

Il a admis que l’adoption de lois controversées sera encore plus compliquée à partir de maintenant, mais a fait valoir que les lois importantes bénéficiant d’un large soutien pourront toujours passer.

Il a également mentionné l’existence d’un « partenariat » dans l’opposition entre le Likud, le parti Sionisme religieux et la Liste arabe unie, lequel serait même prêt à voter contre des projets de loi qu’il soutient pleinement, dans le seul but de nuire à son gouvernement.

Lorsqu’on l’a interrogé de manière plus poussée sur l’incapacité apparente de sa coalition à faire passer des lois sans majorité, Bennett a préféré souligner les accomplissements de son gouvernement, notamment ses efforts pour réduire la hausse des prix, qu’il a imputée aux gouvernements précédents.

Bennett a déclaré à la Treizième chaîne que d’autres membres de Yamina ne quitteront pas le navire car le résultat serait « un abîme », par lequel il voulait dire de nouvelles élections.

Il a rejeté la perspective d’un gouvernement alternatif dirigé par Netanyahu comme une « fiction » qui n’est pas politiquement réalisable.

Le leader du parti Sionisme religieux Bezalel Smotrich et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédit : Autorisation)

Bennett a déclaré à Kan que son gouvernement n’avait pas réussi à raconter son « histoire » au public : celle de politiciens issus de tout le spectre politique mettant de côté leurs différences pour travailler au nom du pays et le sauver d’un « abîme » d’élections en élections (quatre élections nationales ont eu lieu en 2019-2021).

Sans rancune

Malgré le dysfonctionnement que sa décision a causé, Bennett a déclaré aux trois chaînes qu’il ne nourrit aucune rancune envers Silman.

Il a déclaré à la Treizième chaîne qu’il n’était pas en colère contre elle, mais qu’il la « comprenait », et a déclaré que des individus envoyés par le Likud et par le parti Sionisme religieux avaient harcelé les enfants de Silman et leurs professeurs pendant de longs mois, ainsi que ceux du député de Yamina Nir Orbach, bien que sa famille ait, elle, été épargnée du même traitement.

« Ils ont appelé les responsables du Bnei Akiva [groupe religieux de jeunes] où vont ses enfants et leur ont dit de renvoyer les enfants du Bnei Akiva », a déclaré Bennett.

Il a ajouté qu’Idit Silman lui avait dit un jour, en larmes, à son domicile, que des représentants de Netanyahu et de Smotrich avaient crié des choses innommables à ses enfants au moyen de mégaphones, et que son mari Shmulik lui avait dit qu’ils avaient appelé son lieu de travail et l’avaient menacé d’être licencié si sa femme ne quittait pas la coalition.

« Ce qu’Idit Silman a vécu au cours des dix derniers mois, personne ne l’a vécu dans l’histoire de l’État », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne. « C’est très difficile de ne pas craquer dans une telle situation ».

« C’est inhumain », a-t-il ajouté, dans des commentaires qui semblaient destinés à ne pas brûler les ponts avec la députée renégate. « Elle a bon cœur », a-t-il soutenu.

Nir Orbach à gauche, Ayelet Shaked au centre, et Abir Kara à droite (Crédit: Flash90)

Bennett a tout de même ajouté que « la réponse à l’extorsion n’est pas de courir dans les bras de ceux qui vous tuent ».

En référence aux informations selon lesquelles Netanyahu avait promis à Silman de lui réserver une place sur la liste du Likud lors des prochaines élections, en plus de la nommer ministre de la Santé s’il formait le prochain gouvernement. Le premier ministre ces promesses de « promesses vides… qui ne seront pas honorées ».

« La porte est évidemment ouverte » pour qu’elle revienne, a déclaré Bennett, et « il est clair pour moi que dans son cœur, elle croit fermement » à la possibilité et à la valeur de la coopération au sein d’une coalition diversifiée.

Un vrai homme de droite

Le Premier ministre a poursuivi en affirmant qu’un effondrement de sa coalition ramènerait le pays dans un cycle apparemment sans fin d’élections non concluantes.

« Non, c’est soit, ce gouvernement, soit, pas de gouvernement avec Netanyahu », a-t-il déclaré à la Treizième chaîne. « C’est de la fiction, tout le monde le sait ».

« Quelqu’un qui a essayé quatre fois de former un gouvernement et qui a échoué, et qui, à cause de cela, a mis aux fers le pays tout entier pour améliorer son plaidoyer – il n’y aura pas de gouvernement comme ça, ce n’est pas une option », a-t-il ajouté.

Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, faisant une déclaration avant d’entrer dans la salle d’audience du tribunal de district de Jérusalem, le 24 mai 2020, pour le début de son procès pour corruption. À ses côtés, depuis la gauche, des députés et des ministres du Likud, dont Amir Ohana, Miri Regev, Nir Barkat, Israel Katz, Tzachi Hanegbi et Yoav Gallant. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bennett a assuré à la chaîne qu’il ne considérait pas la possibilité de se rallier à Netanyahu.

« Netanyahu n’est pas un ennemi. Il a beaucoup donné » à Israël « mais passons à autre chose », a-t-il déclaré.

En même temps, il a critiqué Netanyahu pour ses machinations politiques en cours, déclarant à la Douzième chaîne que « le bibi-isme consiste à crier toute la journée contre la gauche, et à ne rien faire, et en pratique à capituler devant l’ennemi ».

Alors que les gens de droite l’accusent de s’être modéré depuis qu’il est Premier ministre, Bennett a fait valoir qu’il est toujours plus à droite que Netanyahu ne l’a jamais été.

Être « vraiment de droite signifie arrêter la distribution de valises d’argent [qatari] à Gaza », comme il l’a fait, et « riposter à Gaza lorsqu’il y a un seul ballon incendiaire ».

Bennett faisait référence à sa politique pour Gaza, qui a effectivement connu l’une des périodes les plus calmes depuis des années. Cependant, l’aide qatarie à laquelle il a fait référence est toujours acheminée vers Gaza, simplement par d’autres moyens que par valises.

Le Premier ministre a déclaré qu’il prenait soin d’utiliser les mots « Judée et Samarie » pour décrire les territoires contestés, plutôt que « Cisjordanie ».

Les chefs des huit partis composant le nouveau gouvernement potentiel. De gauche à droite : Mansour Abbas, chef du parti Raam, Merav Michaeli, chef du parti travailliste, Benny Gantz, Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid, Naftali Bennett, Gideon Sa’ar, chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman et Nitzan Horowitz, chef du parti Meretz, à la Knesset le 13 juin 2021 (Crédit : Ariel Zandberg).

Il a déclaré que si Netanyahu avait déjà accepté que les Etats-Unis ouvrent un consulat à Abu Dis, à Jérusalem-Est, pour servir les Palestiniens, lorsqu’il a rencontré le président américain Joe Biden l’année dernière, il lui a dit : « Je vous respecte beaucoup, mais Jérusalem est la capitale d’un seul pays et c’est l’État d’Israël. »

Vantant encore son authenticité d’homme de droite, il a souligné les récentes décisions du cabinet visant à établir de nouvelles communautés juives dans le Neguev et à doubler la population du Golan.

Bennett a affirmé qu’après des années de négligence, Israël s’attaquait désormais à la criminalité rampante dans la communauté arabe, où l’on estime à un quart de million le nombre d’armes illégales.

La politique de la carotte et du bâton

Invité à expliquer la réponse de son gouvernement à la récente vague de terreur, M. Bennett a déclaré à la Douzième chaîne que l’armée, la police et le Shin Bet s’attaquaient au terrorisme « à sa source », que ce soit à « Jénine ou à Yaabad » en Cisjordanie, lieu d’origine des deux terroristes qui ont tué des Israéliens à Tel Aviv et à Bnei Brak, « ou en Syrie ou en Iran ».

« Je ne peux pas prédire » combien de temps durera la vague de terrorisme, « mais nous la vaincrons », a-t-il dit.

Bennett a fait valoir que les gouvernements précédents ont « négligé » la barrière de sécurité de Cisjordanie et l’ont laissée se délabrer, et que ce problème est à présent corrigé, faisant référence à la décision de son gouvernement de remplacer les zones poreuses de la barrière de sécurité de Cisjordanie par un mur de ciment.

Le Premier ministre, Naftali Bennett, arrive au quartier général de l’armée de Beit El en Cisjordanie, le 5 avril 2022. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Il a, en outre, défendu la décision du gouvernement de s’en tenir aux plans visant à assouplir les restrictions à la liberté de mouvement des Palestiniens pendant le Ramadan malgré la récente vague de terrorisme, décrivant cette décision comme faisant partie d’une politique de « carotte et de bâton », qui s’oppose à nuire à ceux qui « ne veulent pas nous nuire ».

M. Bennett a déclaré que les Palestiniens « tranquilles » qui ne menacent pas l’État devraient être autorisés à travailler en Israël, mais que cela devrait se faire légalement et sous surveillance.

Il a accusé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de « jouer un double jeu… depuis des années » en « encourageant le terrorisme, y compris par le biais du système éducatif, et en payant des terroristes. »

« C’est pourquoi je ne le rencontrerai pas. »

Abbas a lui aussi condamné les deux dernières attaques terroristes à Bnei Brak et à Tel Aviv, et la coordination sécuritaire entre les forces de sécurité palestiniennes et Tsahal a été créditée d’avoir sauvé de nombreuses vies israéliennes.

En ce qui concerne le parti majoritairement arabe de l’opposition, la Liste arabe unie, qui a été présenté par certains comme une bouée de sauvetage potentielle pour la coalition en difficulté, Bennett a déclaré qu’il ne s’agissait « absolument pas » d’un partenaire politique légitime.

Ayman Odeh, chef du parti de la Liste arabe unie, dans une vidéo dans laquelle il appelle les policiers arabes israéliens à démissionner, affirmant qu’ils  » humilient  » leur peuple, le 10 avril 2022 (Crédit : Capture d’écran/Facebook)

Dimanche, le président de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a publié une vidéo exhortant les Israéliens arabes servant dans les forces de sécurité israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie à démissionner. Bennett a qualifié ces remarques de « révolte contre l’État d’Israël » et a déclaré « à mon avis, [elles] sont illégales et honteuses. »

Bennett s’est aussi dit fier des Arabes israéliens qui servent la nation et qu’il les aimait. Il a cité l’héroïsme de l’officier de police arabe Amir Khoury qui a donné sa vie lors d’une fusillade permettant ainsi d’arrêter le terroriste de Bnei Brak.

« La Liste arabe unie ne fait pas et ne fera pas partie de la coalition », a-t-il déclaré. « Le seul partenariat de la Liste arabe unie », a-t-il affirmé, « est celui avec Netanyahu et [le président du parti Sionisme religieux, Bezalel] Smotrich ».

En revanche, il a déclaré que sa coalition inclut le parti arabe Raam, dont le leader Mansour Abbas « reconnaît Israël comme un État juif et veut guérir les fractures israéliennes, et aider à combattre la criminalité dans le secteur arabe. »

Smotrich, Netanyahu et leurs partisans « veulent tout détruire ».

Médiation Russie-Ukraine

Bennett a présenté Yair Lapid comme un « ami » qui fait un excellent travail au ministère des Affaires étrangères et a parlé avec enthousiasme de ses récents entretiens au sommet en Égypte avec le président Abdel-Fattah el-Sissi et le prince héritier d’Abu Dhabi Mohammed bin Zayed Al Nahyan.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, rencontre le président russe Vladimir Poutine à Sotchi, en Russie, le 22 octobre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

En ce qui concerne ses efforts de médiation entre la Russie et l’Ukraine, Bennett a déclaré qu’on lui avait demandé son aide et qu’il était important de la fournir. « Je suis venu pour apporter mon aide. Mais mon objectif principal est d’assurer la sécurité de l’État d’Israël. »

À la question de savoir si sa médiation avait donné des résultats, il a répondu : « Oui, de plusieurs manières », sans donner de détails.

Tout en reconnaissant que le président ukrainien Volodymyr Zelensky l’avait critiqué, lui et son gouvernement de ne pas « s’être enveloppé dans le drapeau ukrainien », il a déclaré : « C’est vrai. Je suis enveloppé dans le drapeau israélien. L’intérêt auquel je tiens est celui des citoyens israéliens – la liberté de mouvement en Syrie ; pouvoir continuer à frapper l’Iran au plus près de la source… et s’opposer à l’accord nucléaire. »

Lors de son interview à la Treizième chaîne, il a laissé entendre qu’il ne participait plus activement à la médiation entre la Russie et l’Ukraine. « Quand ils appellent, je les aide », a-t-il déclaré.

Le chef de l’opposition du Likud, a réagi aux propos du Premier ministre dans un communiqué : « Bennett, qui n’a tenu aucune des promesses faites à ses électeurs, continue à mentir ce soir sans arrêt. »

« Bennett a perdu la majorité à la Knesset cette semaine, il répand donc également des mensonges sur Idit Silman, qui, au contraire, est restée fidèle aux principes sur lesquels elle a été élue. Bennett comprend que son histoire est terminée et qu’il est temps de mettre en place un gouvernement fort qui rétablira la paix et la sécurité pour les citoyens d’Israël », a déclaré le Likud.

L’allié de l’opposition du Likud, le parti Sionisme religieux, a déclaré que Bennett « invente des histoires » et « lance des accusations sans fondement » qui ne servent qu’à « prouver, malheureusement, son détachement de la réalité politique et sécuritaire ».

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