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Berlin et Jérusalem appellent à un amendement en faveur de la double-nationalité

Les relations fragiles pourraient se voir renforcer grâce à l'amendement des lois sur la nationalité dans les deux pays, selon le député allemand Volker Beck

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

En hommage aux victimes de l'attentat au camion bélier de Jérusalem, le drapeau israélien a été projeté sur la porte de Brandebourg de Berlin le 9 janvier 2017. (Crédit : Michael Kappeler/dpa/AFP)
En hommage aux victimes de l'attentat au camion bélier de Jérusalem, le drapeau israélien a été projeté sur la porte de Brandebourg de Berlin le 9 janvier 2017. (Crédit : Michael Kappeler/dpa/AFP)

À la lumière de la crise actuelle que traversent les relations germano-israéliennes, les parlementaires des deux pays ont appelé leurs gouvernements respectifs à amender les lois sur l’immigration et a autoriser la double-nationalité.

« À l’heure actuelle, les Israéliens qui n’ont pas de lien avec l’Allemagne doivent renoncer à leur nationalité israélienne s’ils veulent devenir citoyens allemands », a déclaré le député Nahman Shai (parti travailliste) et le député allemand Volker Beck (parti des verts) dans une lettre conjointe adressée cette semaine au Premier ministre Benjamin Netanyahu et à la chancelière allemande Angela Merkel.

« Nous vous demandons de vous joindre à nous et de défendre l’introduction de la double-nationalité entre Israël et l’Allemagne, en tant qu’aspect capital du renforcement des relations germano-israéliennes et des liens qui unissent les deux pays et les deux peuples », ont écrit les parlementaires.

Nahman Shai (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Nahman Shai (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

À part quelques exception, l’Allemagne n’autorise pas ses citoyens à détenir une deuxième nationalité s’ils émigrent à l’étranger. De plus, les Israéliens qui souhaitent devenir allemands mais qui n’ont aucun lien avec l’Allemagne doivent renoncer à la nationalité israélienne avant de se faire naturaliser par Berlin.

De même, la loi israélienne de 1952 sur la nationalité devra être amendée pour autoriser les citoyens allemands non-juifs à conserver leur nationalité en devenant Israéliens.

Les deux députés, qui dirigent les associations de l’amitié germano-israélienne à la Knesset et au Bundestag, ont demandé à Berlin d’amender la rubrique 12 (2) de la loi allemande sur la Nationalité pour inclure Israël à la liste de pays concernés par l’exception.

Actuellement, les citoyens des pays de l’Union européenne et de Suisse n’ont pas à renoncer à leur nationalité en devenant citoyens allemands.

Dans leur lettre, Shai et Beck appellent à l’ajout d’Israël à cette liste. Ils proposent également de modifier les paragraphes 5 à 8 de la loi israélienne sur la nationalité. Le paragraphe 5a, par exemple, stipule que les ressortissants étrangers ne pourront être naturalisés qu’après avoir « renoncé à sa nationalité » ou après avoir « prouvé qu’il cessera d’être un ressortissant étranger dès qu’il deviendra ressortissant israélien ».

Cette loi ne s’applique pas aux juifs, qui sont éligibles à la nationalité israélienne en vertu de la Loi du Retour de 1950.

Le fait que l’Allemagne autorise la double-nationaité affecte principalement les Allemands non-juifs (ou les Allemands convertis au judaïsme) qui immigrent en Israël, et les israéliens qui souhaitent vivre à Berlin. Cependant, les juifs allemands éligibles à la citoyenneté israélienne par filiation – et en vertu de la Loi du Retour – ne sont généralement pas confrontés à des problèmes de la part des autorités allemandes à l’obtention de leur passeport israélien.

« Israël et l’Allemagne entretiennent une relation spéciale. Elle est fondée sur la responsabilité historique de l’Allemagne envers Israël suite à la Shoah et aux crimes de guerres perpétrés par les Allemands contre les juifs. Mais au-delà de cela, Israël en tant qu’État juif et démocratique est un partenaire et un ami d’Israël sur de nombreux aspects », ont écrit Shai et Beck.

Le député allemand Volker Beck. (Crédit : Mathias Schindler/CC BY-SA/Wikipedia)
Le député allemand Volker Beck. (Crédit : Mathias Schindler/CC BY-SA/Wikipedia)

« La responsabilité historique de l’Allemagne inclut l’obligation d’honorer les survivants de la Shoah et leurs descendants et à faire en sorte que justice soit rendue, et que leurs vies et leur souffrance soient reconnues. »

De nombreux Israéliens ont des liens familiaux avec l’Allemagne, suite au « déplacement, à la fuite et à la migration des juifs allemands vers la Palestine sous mandat britannique et vers l’État d’Israël », ont-il ajouté. « De plus, les juifs qui n’ont pas ou n’avaient pas de liens familiaux avec l’Allemagne font partie des importants flux migratoires entre les deux pays. »

Des dizaines de milliers d’Israéliens vivent en Allemagne actuellement, et de nombreux allemands non-juifs vivent en Israël, disent-ils, pour souligner la connexion spéciale entre les deux pays. Ces dernières années, Berlin est devenue une destination populaire pour les Israéliens expatriés.

La lettre ne fait aucune mention de la tension qui règne actuellement entre Jérusalem et Berlin, qui a atteint son paroxysme le mois dernier, quand Netanyahu a refusé de rencontre Sigmar Gabriel, le ministre des Affaires étrangères, après que ce dernier a tenu à rencontrer une ONG israélienne qui critique les soldats israéliens.

Cependant, Beck a indiqué que cette crise était une occasion en or pour instaurer ces changements dans les codes civils des deux pays.

Les « relations germano-israéliennes fragiles … doivent être consolidées au moyen de projets de coopération concrets. Ici, nous appelons les deux gouvernements à entrer en contact », a déclaré Beck au Times of Israel.

« L’amitié entre le peuple allemand et Israël ne peut pas et ne sera pas détériorée par cette affaire. Cependant, nous devons y travailler activement. »

Accepter la double-nationalité mettrait l’accent sur la spécificité des relations bilatérales et « leur donnerait sens et vie », a expliqué Beck.

Les relations entre Berlin et Jérusalem sont frileuses, et ce depuis des années. Au début de l’année, Merkel a reporté les consultations gouvernementales entre Israël et l’Allemagne prévues pour le 10 mai, en raison des difficultés liées aux élections de septembre.

Mais d’une manière ou d’une autre, elle a trouvé le temps de rencontrer le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas le mois dernier. Dans des échanges privés, des responsables allemands et israéliens ont reconnu que Merkel a annulé en raison de sa frustration quant à la loi de Régulation, qui légitime rétroactivement les avant-postes en Cisjordanie.

Et le dernier rebondissement remonte à la semaine dernière, quand Netanyahu a lancé un ultimatum à Gabriel : il devait annuler sa rencontre avec Breaking the Silence – une ONG de gauche qui recense des allégations de violation des droits de l’homme par les soldats israéliens – ou il sera désinvité du bureau du Premier ministre.

Mais Gabriel, politicien aguerri du parti de centre-gauche d’Allemagne, a maintenu sa rencontre, ce qui lui a valu une annulation de la rencontre prévue avec Netanyahu. Cette annulation a fait les gros titres pendant quelques jours dans les deux pays.

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