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Blâme pour l’officier qui a usé d’une force excessive contre des manifestants

Une enquête a établi que Maor Moshe n'avait pas eu de raison d'envoyer au sol un activiste israélien et qu'il avait utilisé une violence non-nécessaire contre un Palestinien

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le militant israélien Eli Ziv, de l’organisation Combattants pour la paix, blessé au sol après avoir été bousculé par un soldat israélien lors d'une manifestation dans le sud de la ville d'Hébron, en Cisjordanie, le 17 septembre 2021. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)
Le militant israélien Eli Ziv, de l’organisation Combattants pour la paix, blessé au sol après avoir été bousculé par un soldat israélien lors d'une manifestation dans le sud de la ville d'Hébron, en Cisjordanie, le 17 septembre 2021. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

L’armée israélienne a annoncé, dimanche, qu’elle allait infliger un blâme à un officier accusé d’avoir fait preuve d’un usage excessif de la force contre des manifestants israéliens et contre un Palestinien dans le sud des collines de Hébron.

Les militaires ont indiqué que l’homme – le major Maor Moshe, commandant-adjoint d’un bataillon du corps de génie de combat – ne pourrait pas prétendre à une promotion au cours des trois prochaines années et que pendant cette période, il lui serait interdit de prendre part à une formation de commandement et d’effectifs, un programme militaire visant à préparer les officiers à des postes plus avancés.

Toutefois, dans la mesure où Moshe n’a été que récemment promu à son grade actuel, il était improbable qu’il puisse obtenir une promotion dans les trois ans à venir, la portée de la sanction étant de facto négligeable.

Lors d’une manifestation qui avait eu lieu dans le sud des collines de Hébron, en Cisjordanie, le 17 septembre, Moshe avait été filmé en train de jeter un activiste de gauche, Eli Ziv, 65 ans, au sol – ce qui avait entraîné l’hospitalisation du militant. Il s’était également livré à des actes de violence à l’égard d’autres activistes au moment où ils avaient été arrêtés.

Même si l’armée avait affirmé que les activistes eux-mêmes avaient été violents à l’égard des militaires – une affirmation qui avait été fermement démentie et de manière répétée par les manifestants, et ce que les images tournées sur les lieux n’avaient pas prouvé malgré les multiples vidéos de la manifestation – l’enquête militaire a finalement établi que le recours à la violence à l’encontre de Ziv n’était pas justifié, pas plus que les ordres donnés par le major d’utiliser des grenades et autres outils de dispersion d’émeutes sur le site de la manifestation. De plus, sa décision de bander les yeux à au moins un activiste qui avait été placé en détention avant d’être libéré n’était pas motivée, ont précisé les résultats des investigations.

« Le commandant des soldats a fait une erreur et il a répondu aux événements d’une manière non-nécessaire et qui ne respecte pas les standards approuvés par l’armée », a annoncé Tsahal.

L’armée israélienne a indiqué de manière plus générale que c’était la police israélienne, et non les soldats, qui devrait intervenir pour gérer les manifestants israéliens partout où ce serait possible, à l’avenir.

Les militaires avaient noté, au mois de septembre, que personne n’avait été interrogé dans le cadre de l’enquête en dehors des soldats. Tuly Flint, ancien soldat de combat et activiste de gauche qui avait été violemment arrêté et dont les yeux avaient été bandés par Moshe au cours du mouvement de protestation avait confié à ce moment-là au Times of Israel que l’armée n’était pas entrée en contact avec lui ou avec d’autres activistes dans les semaines qui avaient suivi l’incident.

Le groupe de gauche Combattants pour la Paix, qui avait organisé la manifestation au mois de septembre, a dénoncé la « punition minimaliste » de Moshe, accusant les militaires d’utiliser ce dernier comme bouc-émissaire et accusant également le ministre de la Défense Benny Gantz de laisser le champ libre aux extrémistes israéliens en Cisjordanie.

« La décision prise par l’armée de reporter la promotion d’un officier violent qui a été surpris, semaine après semaine, en train de violenter des Palestiniens et de frapper des activistes des droits de l’Homme est une plaisanterie et représente une approbation tacite des violences qui ont été commises. Ce commandant-adjoint de bataillon violent mérite une sanction plus dure, mais ses actions ne sortent pas de nulle part – sachant que ses supérieurs et les gouvernants politiques partagent l’état d’esprit qui est le sien », a noté le groupe dimanche dans une déclaration.

« Cette enquête et cette sanction minimaliste ne suffisent pas à couvrir le silence embarrassant du ministre de la Défense Gantz. C’est sous son mandat que les ‘jeunes des collines’ ont eu l’autorisation de se déchaîner et que les violences de la part des résidents d’implantation ont augmenté », a continué le groupe.

Tuly Flint, activiste de gauche, est arrêté par les soldats israéliens près de la ville d’al-Tuwani en Cisjordanie, dans le sud des collines de Hébron, le 18 septembre 2021. (Autorisation)

Suite à l’incident du mois dernier – pour lequel Moshe avait été officiellement sanctionné et mis en garde concernant son comportement – il s’était avéré que l’officier s’était encore rendu coupable de violences excessives une dizaine de jours plus tard, a noté l’armée. La seconde enquête avait été dirigée par le chef du Commandement du nord, le général de division Amir Baram.

Le 28 septembre, pendant une violente manifestation, des pierres avaient été lancées en direction des soldats de Moshe. Ce dernier avait alors couru derrière les agresseurs et il avait tenté de les arrêter – ce qui, selon Tsahal, était une « décision correcte » – mais pendant sa course, il avait jeté au sol un autre Palestinien qui n’était pas impliqué dans les jets de pierres.

L’armée avait déclaré qu’il s’agissait « d’une erreur » et elle avait critiqué sa décision d’agir seul et de ne pas se faire aider.

« L’officier a agi à deux reprises en prenant des initiatives qui ne correspondent pas à ce qui est attendu de lui – c’est particulièrement le cas dans le deuxième incident – sachant de surcroît que les défaillances apparues dans son comportement lui avaient été d’ores et déjà signalées lors du premier incident », a estimé l’armée.

En résultat, le chef du Commandement central de Tsahal, le général de brigade Yehuda Fuchs, a pris la décision de sanctionner officiellement Moshe avec le soutien du chef d’État-major Aviv Kohavi.

« Les militaires israéliens utilisent la force militaire mais ils n’utilisent pas la violence. Les soldats ont une latitude d’actions en termes de protocoles et d’ordres professionnels mais ces actions doivent rester conformes à l’esprit de l’armée israélienne et à ses valeurs », a commenté Kohavi dans un communiqué émis sur le dossier.

Kohavi a également appelé à examiner encore l’incident et à ce que des leçons soient tirées « dans toutes les unités de Tsahal ».

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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