Blême, Netanyahu affirme que le virus pourrait tuer des millions de personnes
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Analyse

Blême, Netanyahu affirme que le virus pourrait tuer des millions de personnes

Après les nombreuses mesures prises, le Premier ministre compare le coronavirus à la grippe espagnole de 1918, qui a tué jusqu'à 50 millions de personnes

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une conférence de presse au Bureau du Premier ministre, le 12 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient une conférence de presse au Bureau du Premier ministre, le 12 mars 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Annonçant la fermeture des écoles à l’échelle nationale et exhortant la formation d’un gouvernement d’unité d’urgence afin de « sauver la vie de dizaines de milliers » d’Israéliens face au coronavirus, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté jeudi soir une évaluation frappante des conséquences potentielles de la pandémie à travers le monde, indiquant qu’elle pourrait entraîner des dizaines de millions de morts si elle ne pouvait être arrêtée.

Netanyahu, qui a mis en place certaines des mesures les plus drastiques afin de tenter de contrecarrer la propagation du virus en Israël ces dernières semaines, a décrit la pandémie comme « un incident mondial et national comme Israël n’a jamais connu ».

La dernière menace à laquelle le coronavirus pourrait être comparé, a-t-il dit, est la grippe espagnole, l’une des épidémies les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité, « qui a fait rage dans le monde entier » en 1918. « Des dizaines de millions de personnes en sont mortes », a-t-il noté, « à une époque où la population mondiale représentait le quart de celle d’aujourd’hui. »

Aucun pays sur terre ne serait épargné par le virus, celui-ci progressant à une vitesse « vertigineuse » et un vaccin n’étant au mieux disponible que dans plusieurs mois, a-t-il averti, parlant avec un ton grave et déterminé. S’il se propage lentement au début, le virus « va ensuite incroyablement vite, en seulement un jour ou deux », a-t-il dit, expliquant que cela avait pu être constaté en Italie. Le Premier ministre a craint que ce ne soit ce qui pourrait maintenant survenir en Espagne.

Notant son background scientifique – elle est physicienne de formation –, Netanyahu a cité la chancelière allemande Angela Merkel qui, de manière « pondérée » et « analytique », a estimé que 60 à 70 % de la population de son pays serait infectée – quelque 50 millions de personnes. Étant donné que le taux de mortalité du virus est de 2 à 4 % des personnes touchées, Netanyahu a déclaré : « Vous faites le calcul… Cela signifie un très, très grand nombre de morts. »

Avec plus de 100 cas confirmés – mais le nombre de cas non-déclarés pourrait être bien plus important –, Israël aussi reste menacé par « un grand nombre » potentiel de morts, a-t-il dit. « Nous devons donc faire tout notre possible pour éviter cela. »

Alors que Netanyahu s’adressait à la nation, la réglementation annoncée en début de semaine est entrée en vigueur, exigeant que toute personne entrant en Israël – les ressortissants israéliens comme les étrangers – se placent immédiatement en quarantaine pendant 14 jours. Les non-citoyens qui ne peuvent pas prouver qu’ils disposent d’un endroit pour l’auto-quarantaine ne sont tout simplement plus autorisés à entrer dans le pays. En conséquence, les compagnies aériennes internationales ont progressivement suspendu leurs liaisons à destination et en provenance d’Israël.

Mercredi soir, Netanyahu avait exhorté les Israéliens à ne pas se serrer la main ni à s’embrasser afin de prévenir la contagion. Si vous toussez ou éternuez, faites-le dans un mouchoir, a-t-il ordonné. Il avait également interdit tous les rassemblements de plus de 100 personnes, ce qui a incité jeudi – fait impensable – les principaux rabbins d’Israël à demander aux Juifs pratiquants de rester éloignés du mur Occidental, l’endroit le plus sacré où les Juifs peuvent prier.

Jeudi, Netanyahu a répété certains de ces impératifs, en sortant à nouveau un mouchoir afin d’illustrer ses propos. Alors que certains jeunes ont affirmé que ce n’était pas « cool » d’être obsédé par l’hygiène et de se laver sans cesse les mains, Netanyahu a affirmé que c’était « aussi cool que possible ». « C’est être responsable », a-t-il indiqué.

Il a ajouté une nouvelle instruction, demandant explicitement aux citoyens de « garder leurs distances » les uns des autres – idéalement deux mètres ; au moins un. Ses collègues ministres n’étaient pas sur l’estrade à ses côtés car la salle n’était pas assez grande pour répondre à cette exigence minimale, a-t-il dit.

Le Premier ministre a conclu son discours au ton inquiet en avertissant que de nouvelles restrictions étaient en perspective, car il s’agissait d’une crise qui s’intensifiait et que de nouvelles décisions devaient être prises en fonction des besoins.

Il a également lancé un appel à la formation d’un gouvernement d’unité d’urgence, comparant les défis d’aujourd’hui à ceux de 1967, quand Israël a été confronté à une attaque imminente de la part de différentes nations arabes – et que les politiciens israéliens rivaux se sont unis avant la victoire retentissante de la guerre des Six Jours. Aujourd’hui, a-t-il déclaré, une nouvelle unification des forces politiques, et ce pour une période limitée, est à nouveau essentielle dans la bataille visant à lutter contre les pertes de vies humaines israéliennes à grande échelle.

La crise du coronavirus survient en Israël au lendemain de la troisième élection en moins d’un an, qui semblerait à nouveau conduire à une impasse. Netanyahu tente de conserver le pouvoir contre son rival Benny Gantz, chacun d’entre eux cherchant à gagner des soutiens et à obtenir une majorité parlementaire en vue de la formation du prochain gouvernement. Netanyahu doit également comparaître devant le tribunal ce 17 mars suite à des accusations de corruption, de fraude et d’abus de confiance qui pèsent à son encontre.

Certains critiques dans le pays ont présenté les mesures introduites par Netanyahu afin de lutter contre le virus comme extrêmement exagérées et dévastatrices sur le plan économique. Certains ont également estimé qu’elles entraient dans le cadre d’un effort cynique du Premier ministre afin de détourner l’attention de ses luttes politiques et juridiques.

Une telle critique est désormais devenue plus difficile à soutenir, alors qu’une grande partie du reste du monde a depuis mis en vigueur des mesures similaires, déconseillant à leurs citoyens tout voyage à l’étranger et contraignant l’entrée au sein de leurs frontières afin de lutter contre la contagion du virus.

De toute évidence, un gouvernement d’unité d’urgence sous sa direction serait politiquement avantageux pour Netanyahu. Mais Israël et le reste du monde se trouvent désormais confrontés à une véritable crise – dont les proportions potentielles et effroyables éclipsent tout simplement toutes les autres préoccupations.

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