Rechercher

Blinken va mettre en garde Lapid contre la coopération avec la Chine

Avant la rencontre du secrétaire d'État avec les chefs de la diplomatie émirati et israélien, les parties devraient dévoiler l'établissement de groupes de travail trilatéraux

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken, au centre, salue le ministre des Affaires étrangères israélien Yair Lapid à Rome, lors d'une rencontre, le 27 juin 2021. (Crédit :  Andrew Harnik/Pool/AFP)
Le secrétaire d'État américain Antony Blinken, au centre, salue le ministre des Affaires étrangères israélien Yair Lapid à Rome, lors d'une rencontre, le 27 juin 2021. (Crédit : Andrew Harnik/Pool/AFP)

NEW YORK — Le secrétaire d’État Antony Blinken va avoir une discussion « franche » avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, pendant laquelle il devrait mettre en garde contre les investissements chinois dans l’économie israélienne, a fait savoir mardi un haut-responsable du département d’État.

Ces propos – qui ont été tenus pendant un point-presse avec les journalistes avant la rencontre prévue à Washington entre Blinken, Lapid et le ministre émirati des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed — semblent marquer un nouveau durcissement de la rhétorique américaine à l’égard des liens de plus en plus chaleureux tissés entre Israël et la Chine.

La rencontre avec Blinken et la réunion trilatérale qui suivra avec bin Zayed clôtureront la visite de deux jours aux États-Unis qui a été effectuée par Lapid. Il s’est également entretenu, au cours de ces dernières quarante-huit heures, avec le Conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan, d’éminentes personnalités républicaines et démocrates du Congrès, des leaders de la communauté juive américaine et des activistes pro-israéliens.

Lors du point-presse de mardi, le responsable du département d’État a déclaré que « comme l’a noté le secrétaire, comme c’est le cas avec nos alliés et avec nos partenaires partout dans le monde, nous allons évoquer franchement avec nos amis israéliens les risques présentés par une coopération étroite avec les Chine pour nos intérêts sécuritaires nationaux partagés ».

« Les États-Unis considèrent la Chine comme une concurrente qui défie aujourd’hui l’ordre international existant, un ordre qui se base sur le droit. Et comme je l’ai dit précédemment, notre relation avec la Chine sera celle de la concurrence quand il faudra qu’elle le soit, celle de la collaboration quand il faudra qu’elle le soit, et celle de la rivalité quand il faudra qu’elle le soit », a-t-il expliqué après le point-presse.

Les responsables de l’administration Biden ont évoqué leurs inquiétudes face aux investissements chinois avec leurs homologues israéliens par le passé mais toujours à huis-clos, a confié un haut-responsable israélien au Times of Israel mercredi.

Des ouvriers chinois se rendent à la cérémonie d’ouverture des travaux de construction du nouveau tramway de Tel Aviv, le 19 février 2017. (Crédit : Flash90)

Le Premier ministre Naftali Bennett s’était préparé à aborder ce sujet lors de sa rencontre, au mois d’août, avec le président Biden à la Maison Blanche, mais la question n’avait pas été évoquée.

Le responsable a ajouté que Jérusalem souhaitait réexaminer sa relation avec la Chine et que le pays ne s’était pas abstenu de critiquer les antécédents en termes de violation des droits de l’Homme de Pékin dans les forums internationaux. Néanmoins, l’État juif, avec d’autres alliés, a été rebuté par les demandes américaines concernant le rejet d’appels d’offres émanant de certaines entreprises chinoises qui, par ailleurs, travaillent sur le sol américain, a ajouté le responsable israélien.

Dans un contexte de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine qui s’est accrue et qui s’est tendue, ces dernières années, sous les administrations Trump et Biden, Israël et la Chine voient pour leur part leurs relations se réchauffer et Pékin s’intéresse de près aux innovations de l’État juif, en particulier dans les secteurs des technologies médicales, de la robotique, des technologies alimentaires et de l’intelligence artificielle.

Il s’agit d’entreprises chinoises qui se sont également emparées de projets d’infrastructure et de transport majeurs en Israël, remportant divers appels d’offres dans le pays. Parmi eux, la construction et l’exploitation de deux terminaux privés à Ashdod et à Haïfa (pour ce dernier, le lancement a eu lieu au mois de septembre). Des entreprises chinoises construisent aussi une section essentielle du système de tramway de Tel Aviv, et elles ont pris part à d’autres appels d’offres concernant la construction de lignes supplémentaires.

Mais les pressions exercées par les États-Unis ont eu un impact. Elles expliqueraient en partie la raison de la « décroissance » des investissements chinois qui avaient connu un pic en 2018, selon un rapport diffusé par l’Institut d’études sur la sécurité nationale cette année.

La principale préoccupation de Washington est un potentiel « double usage » des technologies variées – qui peuvent servir à des fins militaires ou civiles. En même temps, Israël a des régulations en place qui permettent d’empêcher la vente de technologies liées au domaine militaire à la Chine et à d’autres pays, suite à un accord conclu en 1990 dans lequel l’État juif avait renoncé à vendre des systèmes radar de pointe à Pékin face à l’opposition farouche des États-Unis.

Vue de la baie de Haïfa dans le nord d’Israël, le 24 avril 2018. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Les Palestiniens et les Accords d’Abraham

Le responsable du département d’État a aussi indiqué que Blinken soulignerait « l’engagement des États-Unis en faveur de la sécurité israélienne, avec notamment l’engagement pris par l’administration Biden en faveur du réapprovisionnement du système de défense antimissile du Dôme de Fer ».

Blinken réaffirmera le soutien américain à la solution à deux États et remerciera Lapid pour sa condamnation des violences qui ont été récemment commises par des partisans du mouvement pro-implantations en Cisjordanie, a-t-il poursuivi.

Un autre responsable du département d’État a pour sa part expliqué que la rencontre trilatérale qui réunira Blinken, Lapid et bin Zayed « est une nouvelle célébration du premier anniversaire des Accords d’Abraham et des accords de normalisation ».

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid serre la main du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Cheikh Abdullah bin-Zayed al-Nahyan à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, le 29 juin 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem / Bureau de presse du gouvernement via AP)

La réunion entre les trois parties sera l’occasion d’annoncer la mise en place de deux groupes de travail trilatéraux. L’un se penchera sur la coexistence religieuse et l’autre sur les problématiques de l’énergie et de l’eau, a poursuivi le responsable.

« Ce qui reflète notre certitude que les Accords d’Abraham et les accords de normalisation dans leur ensemble peuvent aider à créer un Moyen-Orient plus pacifique et plus prospère », a-t-il conclu.

Ricky Ben-David a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...