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La passion d’un auteur pour Israël et le judaïsme mise à l’honneur à Buenos Aires

L'exposition "Jorge Luis Borges" à la Bibliothèque nationale d'Argentine comprend des événements traitant des thèmes juifs dans l'œuvre de cet auteur qui ne l'était pas

Le poète argentin, Jorge Luis Borges, tenant une conférence de presse à Madrid, en Espagne, en 1963. (Crédit : Getty Images via JTA)
Le poète argentin, Jorge Luis Borges, tenant une conférence de presse à Madrid, en Espagne, en 1963. (Crédit : Getty Images via JTA)

BUENOS AIRES (JTA) – Jorge Luis Borges, l’un des écrivains canonisés d’Amérique du Sud, a écrit de nombreux poèmes au cours de sa carrière, dont au moins deux portant sur Israël.

En 1967, après la guerre des Six Jours, le poète, essayiste et nouvelliste argentin a comparé l’Etat juif à un « homme emprisonné et ensorcelé… un homme condamné à être Shylock ». Le poème, intitulé « Israël », faisait également référence à Baruch Spinoza, le philosophe juif des Lumières, et à la Kabbale.

« Borges avait un lien bidimensionnel avec la culture juive… Il lisait et apprenait beaucoup des philosophes juifs et était également fasciné par la complexité du judaïsme, qu’il admirait », a déclaré Ruth Fine, directrice du département d’études espagnoles et latino-américaines de l’université hébraïque de Jérusalem. « Il détestait le nationalisme extrême du fait de ce qu’il avait vu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il aimait Israël d’un point de vue humain et idéologique. »

L’amour de Borges pour le judaïsme et Israël fait l’objet d’une nouvelle exposition à la Bibliothèque nationale d’Argentine à Buenos Aires, qui a ouvert la semaine dernière et qui se poursuivra jusqu’au 30 décembre. Elle est co-organisée par l’ambassade d’Israël en Argentine et comprend des événements avec des experts abordant les thèmes juifs dans l’œuvre de Borges.

Borges – qui a mis l’accent sur les rêves, le mysticisme et le réalisme magique dans bon nombre de ses œuvres, avant sa mort en 1986 – avait un nombre surprenant de liens avec le judaïsme. Sa grand-mère anglaise, Fanny Haslam, était une experte de la Torah.

« Je pense que ma passion pour Israël me vient de ma grand-mère anglaise. Elle était protestante, ce qui signifie qu’elle était une fervente lectrice de la Bible », avait déclaré Borges. « J’ai, d’une certaine façon, grandi dans un environnement biblique, dans un environnement juif en quelque sorte. »

La veuve de Borges, Maria Kodama, à gauche, et l’ambassadeur d’Israël en Argentine, Eyal Sela, en cravate bleue, visitant l’exposition. (Crédit : Bibliothèque nationale d’Argentine)

Le 16 octobre 1966, Borges avait envoyé une lettre à son ami David Ben-Gurion, premier Premier ministre d’Israël. « Peut-être n’ignorez-vous pas l’affinité que j’ai toujours ressentie pour votre admirable peuple », avait-il écrit.

Borges n’était pas religieux mais s’intéressait à plusieurs religions et s’était rendu deux fois en Israël, en 1969 et 1971. Lors de sa première visite, il avait été l’invité officiel de Ben-Gurion. Juste après, Borges avait écrit un autre poème d’hommage, intitulé « Israël 1969 – Jérusalem, au bord des eaux de Babylone« . En 1971, Borges avait remporté le prestigieux Prix Jérusalem (il ne remportera jamais le prix Nobel de littérature, bien qu’il ait été proposé pendant des décennies).

Borges avait également noué des liens étroits avec de nombreux amis et collègues juifs, dont deux qu’il avait rencontrés lors de ses études au Calvin College de Genève, Simon Jichlinki et Maurice Abramowicz, avec lesquels il restera ami toute sa vie. « Je ne sais pas comment célébrer ce sang juif qui coule dans mes veines », écrivit un jour Borges à Abramowicz.

Lors de l’ouverture de l’exposition mardi dernier, l’ambassadeur d’Israël à Buenos Aires, Eyal Sela, a qualifié Borges d’ambassadeur à part entière, qui a su créer un « pont entre les cultures grâce à des mots uniques ».

« Nous sommes fiers d’avoir en Israël une rue portant le nom de Jorge Luis Borges à Ashdod », a ajouté Sela, qui avait déclaré avoir lu deux livres – traduits en hébreu – de Borges.

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