Cafouillage dans le recrutement de médecins dans Tsahal
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Cafouillage dans le recrutement de médecins dans Tsahal

L'armée propose une augmentation de la limite d'âge pour le service militaire obligatoire de 32 à 35 ans, ce qui suscite des préoccupations et beaucoup de confusion

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Deux médecins militaires israéliens réalisent une "chirurgie" pendant un exercice d'hôpital de campagne à Beit Naballah, dans le centre d'Israël, le 9 décembre 2013. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)
Deux médecins militaires israéliens réalisent une "chirurgie" pendant un exercice d'hôpital de campagne à Beit Naballah, dans le centre d'Israël, le 9 décembre 2013. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)

Les jeunes médecins qui envisagent de déménager en Israël ont de plus en plus de chances de devoir servir dans l’armée, et ce, pendant une période plus longue que par le passé.

L’armée envisage d’augmenter l’âge auquel les médecins immigrants obtiennent des exemptions de servir dans les rangs de l’armée israélienne et d’allonger le temps de service, en plus d’obliger les femmes médecins immigrantes à servir – ce qu’elles n’ont pas eu à faire jusqu’à maintenant.

La décision devait entrer en vigueur à compter du 1er janvier 2018, mais suite à d’importantes critiques de la part des groupes représentant les immigrants, comme Nefesh B’Nefesh, elle a été mise en attente.

« L’armée israélienne envisage actuellement de modifier l’âge maximum auquel les nouveaux immigrants diplômés en médecine devront effectuer leur service militaire », a déclaré l’armée dimanche dans un courrier électronique.

En vertu de la réglementation actuelle, les hommes de 32 ans et moins avec des diplômes de médecine qui s’installent en Israël – qui font leur alyah, le terme utilisé pour décrire l’immigration dans le pays par les Juifs – sont tenus de servir dans l’armée pendant au moins 18 mois. Les femmes bénéficient automatiquement d’une exemption. Les hommes médecins qui immigrent entre 33 et 38 ans doivent effectuer un service de réserve lorsqu’ils sont appelés.

La nouvelle proposition exigerait que les hommes, ainsi que les femmes sans enfant, servent dans l’armée jusqu’à l’âge de 35 ans pour une période de 24 mois, au lieu des 18 actuels.

Les groupes d’immigrés, notamment Nefesh B’Nefesh et Qualita, ainsi que le ministère de l’Intégration des immigrés du gouvernement, ont présenté leurs arguments contre cette proposition à la Commission de l’immigration, de l’intégration et de la diaspora de la Knesset, le 20 décembre, arguant que ce changement dissuaderait les gens de se rendre en Israël et n’aurait pas d’impact significatif sur le nombre de médecins servant dans Tsahal, a déclaré Ronen Foxman, de Nefesh B’Nefesh, qui participait à la réunion de la Knesset.

De jeunes juifs américains qui ont immigré en Israël pour entrer dans l’armée posent avec les cadres de l’organisation Nefesh B’Nefesh, au centre, après l’atterrissage de leur vol en Israël, le mardi 15 août 2017 (Crédit : Shahar Azran)

« Si vous relevez la barre de 33 à 36, vous pourriez obtenir 10 autres [médecins] supplémentaires – au maximum – par an. Mais en faisant cela, vous pourriez remettre à plus tard l’alyah d’une centaine d’autres », a déclaré Foxman au Times of Israel dimanche.

Il a souligné que la question était discutée à l’amiable et « n’était pas un combat ».

L’armée a eu de grandes difficultés à fournir des soins médicaux à tous ses soldats, l’obligeant à déployer un certain nombre de nouveaux programmes au cours des dernières années dans le but à la fois de traiter ses soldats actuels et d’attirer de nouveaux médecins militaires pour prévenir de futurs sous-effectifs.

Le problème est apparemment devenu si aigu que Tsahal envisage de réaliser un sondage lors de la tenue d’un événement public à Tel Aviv ce mardi, au cours duquel toute personne qui le souhaite pourra soumettre une proposition.

L’une des principales critiques des groupes d’immigration n’est pas tant la proposition de l’armée de changer les règles – cela est du ressort de l’armée, indique Foxman – mais dans la façon dont elle gère le problème, à savoir au hasard et avec une communication insuffisante.

Le sentiment de confusion suscité par la proposition est évident dans la mesure où le jour où les responsables militaires et les groupes d’immigrés se sont rencontrés à la Knesset, le lieutenant-colonel Tzachi Revivo de la Direction de la main-d’œuvre de Tsahal soutenait que l’armée discutait encore de la proposition ; pendant ce temps, le propre site web de l’armée présentait la proposition comme une décision officielle.

Lorsque Myriam Leser, directrice générale adjointe de Qualita, un groupe qui aide les immigrants français, en a parlé à Revivo, l’officier l’a nié. Ce n’est que lorsqu’elle lui a montré une sortie papier du site qu’il a dit qu’il avait été publié par erreur et qu’il serait immédiatement changé.

Le site web de Tsahal a en effet été mis à jour depuis. Il indique maintenant que seuls les hommes de moins de 32 ans seront enrôlés, mais que cette « décision est évolutive et peut changer en fonction des besoins de l’armée, à tout moment ».

Pour de nombreux candidats à l’immigration, déménager en Israël est une décision qui nécessite des années de planification, et donc un changement brutal – comme deux années de service militaire – peut faire dérailler de tels préparatifs, en particulier dans le cas des jeunes médecins qui peuvent avoir des dettes de centaines de milliers de dollars à cause de leurs prêts étudiants.

« Je ne peux pas décider de faire mon alyah en un mois », a déclaré lundi au Times of Israel, un médecin américain envisageant de déménager en Israël avec sa famille, et souhaitant garder l’anonymat.

« Tout semble incertain et arbitraire », a-t-il ajouté, notant qu’il a parlé à un certain nombre de groupes d’aide à l’immigration sur le sujet et reçu des réponses incohérentes.

Foxman de Nefesh B’Nefesh a déclaré que son groupe d’aide à l’immigration et d’autres exigeaient une certaine période de grâce, de sorte que le changement n’entrerait pas en vigueur pour les personnes déjà en train d’immigrer en Israël.

J’adorerais venir le plus vite possible et établir ma carrière en Israël, mais cela étant dit, j’ai trois enfants et j’ai des prêts pour mes études de médecine à rembourser

Le médecin américain a déclaré que deux années de service dans l’armée représenteraient un « énorme obstacle », car il a aussi le bien-être de sa femme et de ses jeunes enfants à considérer, contrairement aux jeunes immigrants célibataires.

« J’adorerais venir le plus vite possible et établir ma carrière en Israël, mais cela étant dit, j’ai trois enfants et j’ai des prêts pour mes études de médecine à rembourser », a-t-il déclaré.

Le médecin a dit qu’il pourrait pousser sa famille à attendre qu’il ait dépassé l’âge de la conscription avant d’immigrer, mais il a reconnu que plus il attendrait avec sa femme et ses enfants, plus ils s’impliqueraient profondément dans la vie américaine et moins il deviendrait facile de déménager.

« Je veux servir le pays – c’est pourquoi je veux venir – mais je suis aussi dans la mi-trentaine », a-t-il déclaré.

Une telle incertitude a poussé un autre médecin américain qui prévoyait de déménager en Israël en août dernier à se rendre à Tel Aviv puis à repartir directement aux Etats-Unis à la fin de décembre afin d’obtenir officiellement sa citoyenneté en 2017 et éviter les surprises si les conditions d’âge changent, a expliqué Foxman.

« Il a atterri à 13h20. Après toutes les procédures, il a quitté l’aéroport vers 19 heures, il est allé dîner, puis a pris un vol retour sur El Al à minuit. Il est juste venu afin d’obtenir sa carte d’identité nationale en 2017 », a-t-il dit. « Et j’ai deux autres histoires comme ça. »

Les médecins envisageant d’immigrer en Israël se plaignent également que cette proposition exacerberait un problème existant dans l’exercice de leur métier – que leur spécialité n’est pas prise en considération avant qu’on leur assigne l’endroit où ils serviront.

Les psychiatres, les chirurgiens ou les anesthésistes qui n’ont jamais pratiqué professionnellement la médecine générale peuvent soudainement se retrouver dans l’armée.

Pour eux, ils craignent de ne pas être en mesure de fournir tous les soins médicaux dont leurs patients ont besoin et, professionnellement, que cela les empêche de maintenir leur niveau de compétence.

Foxman se souvient d’un chirurgien orthopédique qui lui a dit : « Si vous me dites que pendant deux ans, je ne toucherai pas un scalpel, alors je suis fondamentalement condamné ».

Le responsable de Nefesh B’Nefesh a déclaré dimanche que les discussions entre l’armée, les groupes d’immigrants et le ministère de l’Immigration se poursuivent, avec l’espoir qu’un compromis soit trouvé dans les semaines à venir.

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