Canada : les millenials peu informés sur la Shoah – réaction de leurs aînés
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Canada : les millenials peu informés sur la Shoah – réaction de leurs aînés

Une nouvelle étude indique que, comme aux Etats-Unis, plus d'un cinquième des jeunes Canadiens n'ont jamais entendu parler de la Shoah

Yaakov Schwartz est le rédacteur adjoint de la section Le monde juif du Times of Israël

Le Premier ministre du Canada Justin Trudeau inaugure le monument national de l'Holocauste à Ottawa, au Canada, le 28 septembre 2017 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le Premier ministre du Canada Justin Trudeau inaugure le monument national de l'Holocauste à Ottawa, au Canada, le 28 septembre 2017 (Crédit : Capture d'écran YouTube)

Une étude révèle qu’une majorité d’adultes au Canada sont peu informés – ou mal – sur la Shoah. De même, six personnes interrogées sur dix estiment que leurs pairs s’intéressent moins au génocide juif que ce n’était le cas par le passé.

Le sondage, publié en amont de la journée internationale de commémoration de la Shoah, concernait un panel de 1 100 Canadiens. Les questions portaient, entre autres, sur le nombre de victimes juives assassinées pendant la Shoah ou sur leur connaissance de noms connus, tels qu’Anne Frank ou Elie Wiesel. Elle a été menée par la Claims Conference en partenariat avec la fondation Azrieli.

Alors que quelques disparités subsistent, l’enquête a grandement rappelé une étude similaire conduite aux Etats-Unis et rendue publique au mois d’avril dernier, laquelle révélait des lacunes en termes de connaissance de faits historiques élémentaires et dans l’histoire détaillée de la Shoah.

Les millenials, cette génération née entre les années 1980 et 2000, se sont davantage avérés ne pas avoir une idée même rudimentaire de ce que fut le génocide que leurs aînés interrogés.

22 % des millenials canadiens n’ont ainsi jamais entendu parler de la Shoah auparavant ou ne sont pas certains d’en avoir entendu parler.

52 % d’entre eux sont incapables de citer le moindre nom de camp de concentration ou de ghetto, même si ce pourcentage n’est finalement qu’à peine plus élevé que chez le reste des Canadiens interrogés (49 %). Aux Etats-Unis, ce pourcentage s’élevait à 45 %.

Presque un quart des Canadiens – 23 % – pensent que deux millions de Juifs ou moins sont morts pendant la Shoah, tandis que 24 % « ne savent pas ».

Greg Schneider, vice-président exécutif de la Conférence sur les réclamations matérielles juives contre l’Allemagne, assiste à une cérémonie à Francfort, en Allemagne, le lundi 13 novembre 2017 (Arne Dedert / dpa via AP)

« Nous dépensons 500 millions de dollars par an en allocations aux survivants de la Shoah, pour nous assurer qu’ils vivent dans la dignité – qu’ils aient de quoi se nourrir, des médicaments et qu’ils bénéficient de soins à domicile. Mais l’inquiétude la plus commune dont nous font part ces survivants concerne l’enseignement de la Shoah – ‘Qui portera la charge de l’enseignement de la Shoah à l’avenir ?’, » explique au Times of Israel le vice-président de la Claims Conference, Greg Schneider.

La directrice et présidente de la fondation Azrieli, Naomi Azrieli, déclare, pour sa part, être « choquée et désemparée par les résultats canadiens ».

« Il y a clairement des lacunes dans notre système d’éducation auxquelles nous devons remédier parce que, dans les faits, il est évident que nous ne préparons pas aujourd’hui les générations futures à tirer les leçons du passé », ajoute-t-elle.

Malgré – ou peut-être à cause – de ces lacunes dans l’enseignement de la Shoah au Canada, 48 % des personnes interrogées estiment qu’une tragédie similaire à celle de la Shoah est susceptible de survenir dans une autre démocratie occidentale aujourd’hui.

De plus, 82 % déclarent que tous les élèves devraient apprendre ce qu’est la Shoah au cours de leur scolarité, et 85 % affirment qu’il était important d’enseigner la génocide juif de manière à ce qu’il ne puisse jamais se reproduire.

Schneider explique qu’une étude supplémentaire est prévue pour l’Europe et que d’autres pourraient être menées ailleurs à l’avenir.

« Je pense que c’est un problème mondial, qu’il n’est pas seulement nord-américain », dit Schneider. « Et cette enquête est un appel au passage à l’action. La question n’est pas de savoir si quelqu’un assurera l’éducation à la Shoah… Nous devons la faire. Nous devons nous assurer qu’elle sera faite ».

La Claims Conference alloue environ 1 % de son budget annuel – soit neuf millions de dollars – à des programmes d’enseignement de la Shoah, ajoute Schneider, mais ces programmes sont intégraux. Parmi les plus importants, poursuit-il, il y a la formation des professeurs.

Entre 2015 et 2017, la Claims Conference a financé la formation de plus de 102 000 enseignants dans 59 pays sur la manière de transmettre au mieux l’histoire et l’étude de la Shoah, affirme Schneider, qui note combien il peut être difficile pour certains professeurs d’aborder la question du génocide.

En plus de leur méconnaissance des détails et de l’ampleur de la Shoah, de nombreux Canadiens semblent avoir une vision quelque peu magnifiée du passé et du présent.

Tandis que 47 % des sondés répondent qu’il y avait « une quantité importante » ou « de nombreux » néo-nazis aux Etats-Unis, seuls 17 % estiment que c’est également le cas au Canada.

Un tiers des personnes interrogées pensent que le Canada a appliqué une politique d’immigration ouverte en direction des réfugiés juifs qui fuyaient l’Europe lors de la Seconde Guerre mondiale. Dans les faits, le Canada compte l’un des pires bilans de toutes les démocraties, n’ayant à l’époque accordé l’asile qu’à 5 000 Juifs. Après la guerre, le pays avait permis à 2 000 criminels de guerre nazis d’immigrer.

Le Premier ministre Justin Trudeau présente des excuses officielles au nom du pays pour avoir rejeté le MS St. Louis, un navire qui transportait 900 réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie et qui était arrivé au Canada en 1939 à la chambre des Communes d’Ottawa, le 7 novembre 2018 (Capture d’écran : YouTube)

Au mois de novembre dernier, le Premier ministre du Canada Justin Trudeau a présenté des excuses officielles au nom du pays pour avoir « tourné le dos » aux 907 réfugiés présents à bord du tristement célèbre MS St. Louis en 1939. Plus d’un quart de ses passagers furent ultérieurement assassinés par les nazis.

« Tandis que les décennies ont passé depuis que nous avons tourné le dos aux réfugiés juifs, le temps n’a aucunement absous le Canada de sa faute ou amoindri le poids de notre honte », avait dit Trudeau.

« Nous avons utilisé nos lois pour masquer notre antisémitisme, notre antipathie, notre ressentiment. Nous sommes désolés de la dureté de la réponse apportée par le Canada. Et nous sommes désolés de ne pas avoir présenté nos excuses avant ».

Interrogé sur les excuses de Trudeau, Schneider se montre pragmatique. « Les excuses ne marquent qu’un bref instant dans l’histoire », estime Schneider. « Je pense qu’elles relèvent du court-terme au vu des choses importantes que révèle cette enquête. Pour les Juifs, il s’agit du souvenir de la Shoah, de la manière dont nous garantirons que ceux qui ont été assassinés ne seront pas oubliés dans un futur qui ne comptera plus de survivants pour témoigner. Et en ce qui concerne la société au sens large, il s’agit de s’assurer que les leçons de la Shoah sont tirées et qu’elles ont un impact ».

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