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Cannes 2026 : Double couronnement pour « Notre salut » d’Emmanuel Marre

Le deuxième long-métrage du cinéaste belge repart de la Croisette auréolé du prestigieux Prix du Scénario et du prix CST de l’Artiste-Technicien pour son montage

Emmanuel Marre reçoit le prix du meilleur scénario pour « Notre salut » lors de la cérémonie de remise des prix du 79e Festival international du film de Cannes, dans le sud de la France, le 23 mai 2026. (Crédit : AP/Andreea Alexandru)
Emmanuel Marre reçoit le prix du meilleur scénario pour « Notre salut » lors de la cérémonie de remise des prix du 79e Festival international du film de Cannes, dans le sud de la France, le 23 mai 2026. (Crédit : AP/Andreea Alexandru)

Le Festival de Cannes a rendu son verdict. A l’issue d’une compétition officielle de très haut niveau, c’est une œuvre chirurgicale et profondément dérangeavlnte qui s’est distinguée par l’intelligence de son écriture et la rigueur de sa réalisation.

Comme l’a annoncé le Jury du 79ème Festival de Cannes par voie de communiqué, c’est Notre Salut, deuxième long-métrage du cinéaste belge Emmanuel Marre (déjà remarqué en 2021 avec « Rien à foutre »), qui s’est arrogé le Prix du Scénario et son chef monteur, Nicolas Rumpl, s’est vu décerner le Prix CST de l’Artiste-Technicien. Une double consécration qui met en lumière un film-choc, salué pour sa mise en scène autant que pour sa maîtrise technique.

Inspiré de faits réels et de correspondances issues des archives familiales du réalisateur, Notre Salut plonge le spectateur en septembre 1940. La France panse ses plaies sous le choc de la débâcle, et le régime de Pétain s’installe à Vichy.

C’est là que débarque Henri Marre (incarné par un Swann Arlaud magistral), un ingénieur de 49 ans ruiné, sans réseau, loin de sa femme et de ses enfants, qui ne possède qu’une ambition dévorante et son traité politique édité à compte d’auteur, intitulé Notre Salut.

Son obsession ? Appliquer les méthodes de management rationalisé et d’ingénierie à l’appareil d’État pour « gagner en efficacité » et relever le pays. En voulant à tout prix fuir sa propre déchéance et trouver la place qu’il estime mériter, Henri s’intègre dans les rouages de la machine administrative de Vichy.

Devenu préposé à la lutte contre le chômage, ce citoyen ordinaire en vient à trier, classer et organiser le rassemblement de populations, illustrant de manière clinique et glaçante la « banalité du mal » théorisée par Hannah Arendt.

Un Prix du Scénario pour une écriture tout en nuances

En attribuant le Prix du Scénario à Emmanuel Marre, le jury cannois a récompensé une écriture audacieuse qui refuse le confort du manichéisme ou de la simple fresque historique en costumes.

Comme l’explique le réalisateur dans un entretien à Charlotte Pavard, pour le Festival de Cannes, le film adopte une proximité documentaire quasi-voyeuriste, alternant entre le grotesque administratif des bureaux feutrés et l’intimité tragique d’une correspondance épistolaire entre Henri et son épouse Paulette (Sandrine Blancke).

Le scénario réussit la prouesse de mettre le spectateur dans une position inconfortable, à savoir de ressentir parfois de l’empathie pour cet homme, tout en éprouvant une terreur sourde face aux conséquences dévastatrices de ses micro-décisions bureaucratiques.

Le Montage récompensé : L’orfèvrerie de Nicolas Rumpl saluée par la CST

Le cinéma est un art collectif, et la Commission Supérieure Technique de l’image et du son (CST) ne s’y est pas trompée. En décernant le Prix CST de l’Artiste-Technicien à Nicolas Rumpl, chef monteur du film, elle a voulu célébrer le geste invisible mais capital qui donne toute sa puissance au récit d’Emmanuel Marre.

Le jury de la CST a ainsi motivé sa décision : « Les partis pris subtils du montage révèlent l’esthétique visuelle, l’ambition de la mise en scène et le jeu des comédiens du film “Notre Salut“ d’Emmanuel Marre. »

Le travail de Nicolas Rumpl est en effet l’un des piliers de ce long-métrage de 155 minutes. De par son rythme syncopé, ses ruptures sonores audacieuses et ses coupes abruptes en plein dialogue, il instaure une tension permanente entre la froideur de la mécanique étatique et la détresse des personnages, offrant un écrin parfait à l’interprétation habitée des comédiens.

Le film sortira dans les salles en France le 30 septembre prochain.

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