Ce n’est pas un robot : Netanyahu présente un kahaniste homophobe et insultant
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Ce n’est pas un robot : Netanyahu présente un kahaniste homophobe et insultant

Le compte Twitter de Giora Ezra est une longue histoire d'insultes à l'égard des rivaux du Premier ministre, journalistes, responsables publics et d'un ancien chef de la police

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu accueille Giora Ezra, militant d'extrême droite du Likud, lors d'une conférence de presse à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 1er avril 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu accueille Giora Ezra, militant d'extrême droite du Likud, lors d'une conférence de presse à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 1er avril 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Un homme, que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a présenté lundi aux médias comme étant la preuve que ses partisans en ligne étaient « de vraies personnes » et non des « robots », s’est avéré être un activiste politique d’extrême-droite qui s’en prend depuis longtemps aux rivaux du Premier ministre, journalistes et fonctionnaires, en recourant à des déclarations racistes et homophobes.

Giora Ezra, qui gère un compte Twitter pro-Netanyahu sous le nom de « Capitaine George », a assuré aux journalistes lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre qu’il était personnellement responsable de son compte, en réponse à un rapport de surveillance qui prétendait avoir découvert un réseau de faux comptes Twitter soutenant Netanyahu.

Peu après la conférence de presse qui s’est tenue à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, des dizaines de déclarations désobligeantes faites par Ezra, un agent immobilier de 64 ans originaire de la ville centrale de Yavneh, ont commencé à apparaître.

Le mois dernier, il avait exprimé son soutien à feu le rabbin Meir Kahane, qui préconisait d’expulser les Arabes d’Israël et de créer une théocratie juive.

« Kahane avait raison depuis le début », écrivait Ezra en février. « Les gauchistes nous mentent. »

Un Juif ultra-orthodoxe passe devant un panneau d’affichage électoral arborant un portrait du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 1er avril 2019. (THOMAS COEX / AFP)

Le parti Kach de Kahane avait été exclu de la Knesset dans les années 1980 pour racisme et déclaré groupe terroriste par Israël et les États-Unis. Le mois dernier, Netanyahu a été largement critiqué pour avoir vivement encouragé un accord électoral avec le parti Otzma Yehudit, dont les dirigeants se disent les disciples de Kahane.

« Kahane n’aurait jamais dû être déclaré hors-la-loi », a posté Ezra quelques jours plus tard. « C’est Meretz et les partis arabes qui doivent être interdits. »

En mars, Ezra avait qualifié le journaliste de la Treizième chaîne Barak Ravid de « chien » et de « fils de pute ». En août dernier, il avait dit qu’Amnon Abramovich était un « chien puant » et un « journaliste merdique et puant ». Son fil Twitter est par ailleurs jonché d’insultes adressées à d’autres journalistes israéliens qu’il qualifie de « gauchistes dégoûtants » et « d’ennemis d’Israël ».

Dans d’autres tweets, Ezra fait des commentaires désobligeants sur le principal adversaire de Netanyahu, Benny Gantz, avec des références sexuelles, et il a largement diffusé un reportage qui affirmait que l’ancien chef de Tsahal a vu un psychiatre après sa démobilisation militaire en 2015. Ce que Gantz a nié.

Les tweets d’Ezra contiennent également des affirmations faites par le Likud à plusieurs reprises pendant la campagne électorale, à savoir que Gantz et son parti centriste Kakhol lavan introduiraient un gouvernement « de gauche » faible, aidé par des partis arabes « qui cherchent à détruire Israël ».

« Il vaut mieux avoir des soutiens juifs de Kahane à la Knesset que des Arabes, qui serviront de bloc électoral qui mènera à la destruction d’Israël », avait-il posté en février.

Le chef de la police Roni Alsheich prend la parole lors d’une conférence de presse au quartier général de la police, à Jérusalem, le 17 avril 2018. (Yonatan Sindel/ Flash90)

Ezra avait par ailleurs utilisé le terme homophobe de « mordeur d’oreiller » pour dénigrer l’ancien commissaire de police « élitiste » Roni Alsheich en mars.

Dans plusieurs autres messages de ces derniers mois, Ezra avait traité le chef du parti travailliste Avi Gabbay de « connard de merde », accusé la présidente de Meretz Tamar Zandberg d’être une espionne de l’Autorité palestinienne, et affirmé que « tout le monde sait [que Gantz] est un perdant parano qui est l’opposé d’un homme politique ».

Ezra a été catapulté sous les projecteurs lorsque, lundi après-midi, Netanyahu a convoqué une conférence de presse pour parler d’un rapport qui dénonçait un réseau présumé de faux comptes Twitter diffusant des messages pro-Netanyahu avant les élections de la semaine prochaine.

Le rapport, qui a été réalisé par Big Bots Project, organisme israélien de surveillance des réseaux sociaux, et rapporté par le New York Times et le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, avait identifié 154 comptes sous de faux noms et 400 autres comptes suspectés d’être des faux.

Les comptes semblaient fonctionner en coordination, partageant les messages des uns et des autres, et – une tendance claire – leur activité en ligne a presque quintuplé depuis l’annonce des élections qui avait été faite au mois de décembre de l’année dernière.

Si les enquêteurs ont déclaré ne pas savoir qui exploitait le réseau, les comptes suspects ont relayé des dizaines de milliers de tweets et ils ont été vus par plus de 2,5 millions de personnes.

Comme les autres, le compte d’Ezra était en grande partie inactif avant l’annonce des élections en décembre.

Big Bots Project n’a trouvé aucun lien direct entre le réseau et la campagne du Likud ou du Premier ministre, bien qu’il ait indiqué qu’il « semblait fonctionner en coordination avec le parti et la campagne de réélection de M. Netanyahu ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le député Likud Amir Ohana (au centre) rencontrent les médias à la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 1er avril 2019, au sujet d’une prétendue campagne médiatique truquée. A gauche se trouve Giora Ezra, qui dirige le compte Twitter « Capitaine George ». Le slogan sur l’écran au-dessus d’eux se lit comme suit : « Nous ne les laisserons pas faire tomber la droite ». (Hadas Parush/Flash90)

Lors de la conférence de presse de lundi, Netanyahu a rejeté le rapport avec sarcasme, affirmant qu’il pensait que c’était un poisson d’avril. Se tenant aux côtés d’Ezra, il a qualifié le rapport de « calomnie » de la part des médias sur la base d’une « enquête bidon ».

« Presque tous les exemples, peut-être tous, se sont avérés être de vraies personnes. Ils ont un nom, ils ont un visage, ils ont une famille, et le pire : ils ont leurs propres opinions. Des gens indépendants », a dit M. Netanyahu. « Aucun d’entre eux n’est fictif. »

Ezra s’est également adressé aux journalistes en ces termes : « Je me suis réveillé ce matin et j’ai découvert que j’étais un robot. Comme vous pouvez tous le voir, je ne suis pas un robot, j’écris avec mon cœur. Je vois les injustices commises à l’endroit du Premier ministre et je dois m’exprimer. »

Bien que les enquêteurs ne prétendent pas que les comptes ne sont pas tenus par de vraies personnes, trois autres utilisateurs de Twitter figurant dans les rapports des journaux se sont adressés aux médias dans le courant de lundi pour prouver leur réalité.

Les dirigeants du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, (à gauche), et le député Yair Lapid, lors d’une conférence de presse, à Tel Aviv, le 31 mars 2019. (Flash90)

Ziv Knobler a déclaré à la radio de l’armée que « rien n’est organisé. Nous sommes un groupe de gens qui croyons en Benjamin Netanyahu. »

Kakhol lavan s’est rapidement emparé de ces rapports et a accusé le Premier ministre d’utiliser des infox pour influencer les élections du 9 avril prochain.

Lors d’une conférence de presse, Gantz a accusé Netanyahu de « mener une campagne terroriste d’information contre les citoyens d’Israël ».

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