Césarée, la ville israélienne des Rothschild sous pression de l’Etat
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Césarée, la ville israélienne des Rothschild sous pression de l’Etat

Ville privée de 7 000 habitants fonctionnant sous un modèle unique, Césarée est source d’opposition entre l’administration fiscale israélienne et la Fondation de Rothschild

Journaliste

Une vue aérienne de la ville portuaire de Césarée. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Une vue aérienne de la ville portuaire de Césarée. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Le 29 mai dernier, le président israélien Reuven Rivlin accompagnait la baronne Ariane de Rothschild dans la ville de Césarée à l’occasion des célébrations de la fin de la rénovation de voûtes romaines bâties à l’époque du roi Hérode, qui avait nommé ainsi la ville la plus importante de l’antique Israël en hommage à Auguste César, premier empereur de l’empire romain.

« Cet endroit est un reflet de la destinée humaine », avait commenté Ariane de Rothschild. « A travers toute sa turbulente histoire, Césarée a ouvert ses portes au monde. La ville a toujours été un endroit d’où la pensée comme les marchandises partaient vers le monde. »

La présence de la baronne à l’évènement ne faisait aucun mystère : la famille de Rothschild a une histoire très particulière avec l’Etat Israël, et en particulier avec Césarée, ville privée de 3 000 hectares n’appartenant pas à l’Etat israélien mais à la Fondation Edmond de Rothschild.

A la fin du 19e siècle, face à la recrudescence de l’antisémitisme et des persécutions contre les Juifs d’Europe, le Baron Edmond James de Rothschild, banquier parisien né en 1845, achetait tel un visionnaire de larges étendues de terres dans la région. Son but était d’y établir des implantations juives. Il deviendrait propriétaire de plus de cinquante mille hectares au total, sur lesquels sont nées plus de 40 implantations – dont certaines portent le nom des membres de la famille Rothschild, telles Zikhron Yaakov (où il repose), Mazkeret Batya, Bat Shlomo, Binyamina ou encore Givat Ada.

Le président Reuven Rivlin et la baronne Ariane de Rothschild, au centre, lors de l’inauguration du centre des visiteurs construit dans les voûtes du port de Caesarea, dans le parc national de Caesarea, le 29 mai 2019 (Autorisation/Yoni Rikner)

Développant les secteurs agricoles et financiers et les réseaux hydrauliques, le Baron, qui n’avait pas rendu publics ses investissements, deviendrait le « Bienfaiteur célèbre ».

A la création de l’Etat d’Israël, la famille fît don à l’Etat de la plupart de ses terres dans le pays, à l’exception notable de Césarée. A la fin des années 1950, ces terres deviendraient finalement propriétés officielles de la Fondation Rothschild de Césarée, créée par le petit-fils du Baron, Edmond de Rothschild, avec l’Etat pour partenaire de ce fonds.

Depuis le décès de Edmond de Rothschild en 1997, son fils Benjamin de Rothschild et son épouse, Ariane de Rothschild, dirigent la Fondation de Césarée – l’Etat possède tout de même 50 % de la Fondation.

La résidence privée du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Césarée. (Capture d’écran : Dixième chaîne)

Aujourd’hui, la ville est resplendissante et abrite les plus grandes fortunes et figures d’Israël – le Premier ministre Benjamin Netanyahu, parmi d’autres, y a une résidence secondaire.

« Césarée, par le passé l’une des villes les plus importantes et les plus somptueuses d’Israël, est devenu aujourd’hui un lieu magique, une alliance rare ayant su combiner la qualité de vie, le patrimoine, les antiquités, les plages romantiques, un centre d’affaires, un club de golf international [le seul du pays], une communauté dynamique et un port unique, véritable joyau touristique de niveau mondial », lit-on sur le site de la Fondation.

La ville attirerait chaque année un million de touristes, pour des recettes évaluées à sept millions d’euros.

Des fouilles archéologiques à Césarée. (Crédit : Doron Horowitz/Flash90)

Ville privée, elle fonctionne sur un modèle unique : non seulement ses 7 000 habitants n’élisent pas de maire, étant administré et financé par le groupe Edmond de Rothschild – distinct de la Fondation, qui en est propriétaire –, mais tous les revenus issus du développement de la ville de Césarée sont redistribués afin de « promouvoir l’éducation et l’enseignement supérieur en Israël », explique la Fondation.

De là est née une opposition entre l’administration fiscale israélienne et la Fondation de Rothschild. En 2015, déjà, la baronne Ariane de Rothschild expliquait au magazine Globes que son époux refusait désormais de se rendre en Israël en raison de ce différend.

Une vue aérienne de la ville portuaire de Césarée. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

A l’époque de l’interview, l’Etat réclamait à la Fondation depuis plusieurs mois déjà qu’elle paie des impôts sur ses milliards de shekels d’actifs dans la ville. Une taxe à laquelle la Fondation n’avait jusqu’alors jamais eu à se soumettre, conformément aux accords d’exonération selon lesquels les profits de la ville étaient reversés pour l’éducation en Israël. Or, l’Etat estimait que ce retour de fonds était insuffisant, et qu’elle devait donc s’acquitter de taxes.

« C’est une honte qu’il y ait ce malentendu, avait à l’époque expliqué la baronne Ariane de Rothschild. C’est insultant que l’Etat jette le doute sur nous à propos de ce que nous faisons et comment nous le faisons. S’il y a bien une famille qui n’a pas à prouver son engagement vis-à-vis de l’Etat d’Israël, c’est la nôtre. »

L’amphithéâtre romain de Césarée. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Ainsi, ces dernières années, afin de tenter de mettre fin à ce différend – mais aussi afin que le contrôle de la ville par le groupe Rothschild ne soit pas remis en question –, la Fondation a apporté davantage de financements que les seules recettes de la ville. En 2018, elle a versé plus de 20 millions d’euros. Cette année, elle prévoit de verser 25 millions – soit plus de trois fois le montant qu’elle avait versé en 2015, qui était de huit millions d’euros.

Alors que, suite à ces derniers versements, les tensions pourraient s’apaiser, la Fondation a annoncé ses prochains projets pour la ville : outre de grand projets de développement pour ces prochaines décennies, le premier chantier visera à construire une promenade le long de la mer à destination du village arabe de Jisr Al-Zarqa, l’un des plus pauvres d’Israël. La promenade permettrait ainsi aux habitants de bénéficier eux aussi de l’afflux touristique de la ville antique. Une synagogue ancienne devrait également être restaurée.

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