Césarée : un nouveau centre touristique dans les voûtes reconstruites de Hérode
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Césarée : un nouveau centre touristique dans les voûtes reconstruites de Hérode

Si la reconstruction des ruines a été controversée, adapter des lieux antiques à des usages contemporains est une tendance mondiale visant à insuffler de la vie à de vieux sites

L'une des pièces à découvrir dans le centre touristique du roi Hérode qui vient de s'ouvrir dans le parc national de Césarée, le 29 mai 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
L'une des pièces à découvrir dans le centre touristique du roi Hérode qui vient de s'ouvrir dans le parc national de Césarée, le 29 mai 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Le président Reuven Rivlin a officiellement inauguré un centre touristique qui aura coûté 80 millions de shekels dans le parc national de Césarée, mercredi soir. Il a été construit sur les ruines de quatre voûtes massives qui, dans le passé, abritaient un temple païen construit par le roi Hérode au premier siècle avant l’ère commune.

« Il y a deux mille ans, le roi Hérode se tenait ici et il regardait la ville de Césarée s’étaler au-dessous de lui », a dit Rivlin en coupant le ruban. « La Césarée que nous voyons aujourd’hui a tenu sa promesse de devenir aussi magnifique que l’était son aïeule – sinon plus. »

Césarée est le parc national le plus visité du pays – plus de 900 000 personnes s’y rendent chaque année, dont une majorité d’étrangers. Le centre touristique a été construit dans le cadre d’une subvention de 150 millions de shekels versée par la fondation Edmond de Rothschild en coopération avec l’Autorité israélienne des antiquités, la Corporation du développement de Césarée et l’Autorité de la nature et des parcs.

En plus du centre, situé sous les voûtes du roi Hérode, une nouvelle promenade est actuellement construite dans la ville voisine arabe de Jisr al Zarka et d’autres travaux de rénovation de site antiques sont actuellement en cours dans la zone, avec notamment la restauration d’une synagogue ancienne.

Césarée avait été le premier port artificiel ouvert en pleine mer dans le Moyen-Orient antique, utilisant les technologies de pointe de l’époque consistant à creuser des plateformes constituées de pierres volcaniques dans les fonds marins. Hérode avait nommé le port et la ville de Césarée en hommage à Auguste César, premier empereur de l’empire romain.

Photo aérienne du port antique de Caesarea Maritima avec une vue sur les voûtes du port (Crédit : Yaakov Shimdov/Autorité israélienne des antiquités)

Il s’agissait de la ville la plus importante de l’antique Israël, qui devait accueillir jusqu’à 100 000 habitants à son apogée. Les premières fouilles sur les ruines avaient commencé en 1873 avec le Fonds d’exploration palestinien. Les archéologues modernes travaillent en continu sur le site depuis 1992.

Les 14 voûtes massives avaient été construites à l’origine comme entrepôts pour le port. Quatre d’entre elles ont été adaptées pour accueillir le centre touristique, qui expose certaines des découvertes les plus impressionnantes réalisées sur le site – une visite combinée à des effets audiovisuels qui permettent d’illustrer l’histoire de la zone.

Les archéologues fouillent actuellement quatre autres voûtes, même si rien n’a été décidé sur ce qu’elles deviendront à l’avenir.

Au sommet des voûtes, Hérode avait construit un temple en l’honneur de César. Rien ne reste de ce temple mais les archéologues ont déterminé que les colonnes seules se trouvaient à au moins 27 mètres de hauteur – l’équivalent de trois étages – visibles à distance par les bateaux et les aidant donc à s’orienter. Les voûtes avaient été érigées en utilisant le même génie civil qu’un autre projet de Hérode : celui du mur Occidental de Jérusalem.

« Cet endroit est un reflet de la destinée humaine », a commenté la baronne Ariane de Rothschild, qui s’est exprimée au nom de la fondation. « A travers toute sa turbulente histoire, Césarée a ouvert ses portes au monde. La ville a toujours été un endroit d’où la pensée comme les marchandises partaient vers le monde. »

« C’était un port de la pensée et des arts, du commerce et du plaisir, de la réflexion et des talents », a-t-elle ajouté. « Rendre à Césarée ce qu’a toujours été sa signification n’a pas été une démarche entreprise seulement pour des raisons archéologiques, économiques ou de loisir. Césarée doit être un modèle d’inclusion pionnier pour Israël et pour toute l’humanité ».

Le président Reuven Rivlin et la baronne Ariane de Rothschild, au centre, lors de l’inauguration du centre des visiteurs construit dans les voûtes du port de Caesarea, dans le parc national de Césarée, le 29 mai 2019 (Autorisation/Yoni Rikner)

Notant que la ville avait reçu des Juifs, des païens, des Samaritains, des chrétiens, des marchands byzantins, des mamelouks, des Croisés, des politiciens ottomans, des réfugiés bosniaques et des touristes internationaux, de Rothschild a qualifié la ville d’exemple de la manière dont un seul endroit peut « accueillir toutes ses tribus », a-t-elle dit.

Michael Karsenti, directeur-général de la corporation du développement de Césarée, a expliqué que le site espérait doubler son nombre de visiteurs dans la ville au cours des six prochaines années pour atteindre le chiffre de deux millions de touristes par an d’ici 2025.

Contrairement à la majorité des sites archéologiques en Israël qui sont ouverts au public sans avoir été nécessairement reconstruits, les voûtes ont été complètement restaurées et agrémentées d’équipements modernes comme l’électricité ou la climatisation. Les archéologues et les conservateurs ont dû trouver un équilibre délicat en reconstruisant le site pour offrir aux visiteurs un vrai aperçu de la grandeur des lieux tout en évitant de transformer l’endroit en parc à thèmes sur la période des croisés.

Des chanteurs d’opéra lors de l’inauguration du centre des visiteurs installé sous les arches du roi Hérode dans le parc national de Caesarea, le 29 mai 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

« Il y a des opinions divergentes sur ce type de reconstruction : cela va de la nécessité de laisser les lieux en l’état en ne rénovant que le minimum à une restauration aussi importante que possible pour que le public puisse se rendre vraiment compte », dit Shaul Goldstein, directeur de l’Autorité de la nature et des parcs. « Ici, nous avons complètement reconstruit. Nous voulons que le public comprenne vraiment ce qu’étaient ces structures ».

Goldstein ajoute que la reconstruction n’est possible que lorsque conservateurs et archéologues peuvent déterminer les mesures avec certitude. S’il y a des doutes sur l’apparence de la structure telle qu’elle se présentait dans le passé, toute reconstruction est alors exclue. Les conservateurs ont approuvé la restauration des voûtes parce que les connaissances et les études sur l’architecture de la Rome antique sont très nombreuses, et que les pratiques de construction sont standardisées.

« Lorsqu’on sait quelle est la taille de la base d’une colonne, on connaît aussi très exactement le poids de l’arche », explique Goldstein, même si l’arche n’existe dorénavant plus.

Les fouilles réalisées dans les quatre autres voûtes doivent s’achever d’ici la fin de l’année, commente Peter Gendelman, archéologue et chercheur à l’Autorité israélienne des antiquités qui travaille à Césarée depuis 1992.

Gendelman indique que les voûtes avaient été remplies de terre jusqu’au plafond, qui s’élève à huit mètres de hauteur, ce qui a obligé les archéologues à les vider, seau après seau.

« On ne peut pas seulement utiliser un bulldozer pour faire ce travail », note Gendelman. « Il y a des milliers d’années de découvertes archéologiques ici. »

Le nouveau centre touristique du parc national de Césarée qui a ouvert ses portes a fait l’objet d’une reconstruction extensive avant son ouverture au public, le 29 mai 2019 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Gendelman affirme que l’une des joies du travail d’archéologue à Césarée est la richesse du site en artefacts divers, si nombreux que leur découverte est presque quotidienne. Il ajoute que voir les voûtes reconstruites et ouvertes au public est excitant, après cinq années de débat, de questions et du conflits sur le nombre de voûtes à restaurer et à laisser intactes.

« Aujourd’hui, les visiteurs peuvent vivre la même expérience que celle que vivaient les visiteurs à Césarée il y a 2000 ans », se réjouit-il.

Les conservateurs se sont aussi donné du mal pour aider le public à intuitivement comprendre quelles parties sont originales et quelles parties des voûtes ont été reconstruites. Celles qui ont été restaurées, par exemple, sont lisses – tandis que les pierres d’origine sont rugueuses et grêlées.

Zeev Margalit, architecte de l’Autorité de la nature et des pacs spécialisé dans ce type de projet, a expliqué que l’Autorité voulait mettre en oeuvre des plans similaires de reconstruction dans les parcs nationaux de Susita et de Migdal Tzedek. Ces projets entrent dans le cadre d’une tendance internationale visant à incorporer de manière raisonnable des entités commerciales dans les parcs nationaux et sur les sites archéologiques « pour leur apporter plus de vie », explique Margalit.

Le site des fouilles archéologiques de Césarée Maritima. (Crédit :Yaakov Shimdov, Israel Antiquities Authority)

En plus des ruines impressionnantes, le port de Césarée accueille également des dizaines de restaurants, de cafés, de boutiques et de galeries d’art. Les visiteurs doivent payer 12 shekels pour accéder au port et se rendre dans les restaurants, et ils versent un supplément s’ils veulent aller dans le parc archéologique. Le mariage, à Césarée, des cappuccinos et des amphithéâtres antiques est unique en Israël et il a aidé à contribuer à faire du site le parc le plus populaire de tout l’Etat juif.

Margalit explique qu’il y a un code clairement établi concernant l’adaptation par les conservateurs des bâtiments anciens aux besoins modernes, notamment la garantie que toutes les infrastructures, comme l’électricité et la plomberie, pourront être enlevées. Les lumières sont indépendantes plutôt qu’encastrées dans les plafonds.

« Il y a une valeur ajoutée à pouvoir venir découvrir des sites archéologiques tout en pouvant également voir des oeuvres d’art dans une galerie et aller boire un café », dit Margalit. « Il n’y a pas beaucoup de sites en Israël où on peut le faire ».

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