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Charles Alloncle, le député qui cuisine l’audiovisuel public

"C'est pour sauver l'audiovisuel public qu'il faut purger les soupçons et cesser les entorses au principe de neutralité", estime le jeune député UDR

Le député UDR Charles Alloncle s'exprimant lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale française, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 10 juin 2025. (Crédit : Geoffroy Van der Hasselt/AFP)
Le député UDR Charles Alloncle s'exprimant lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale française, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 10 juin 2025. (Crédit : Geoffroy Van der Hasselt/AFP)

Pugnace pour les uns, « inquisiteur » pour les autres, le député ciottiste Charles Alloncle et ses méthodes musclées font débat au sein de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, au point de compromettre la suite de ses travaux.

Le bureau de cette commission, qui rassemble des parlementaires de tous bords, se réunit mardi pour discuter des rendez-vous à venir jusqu’au printemps. L’objectif affiché est de retrouver un « cadre digne, sérieux et respectueux », selon son président, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui ne veut pas d’un « tribunal politique ».

En cause : l’attitude du rapporteur, Charles Alloncle, 32 ans, dont le groupe UDR est allié au RN. Des « incidents » se seraient, selon certains, multipliés depuis le démarrage, fin novembre, de la commission, abondamment retransmise et commentée façon téléréalité.

« Je tâche de poser des questions que des millions de Français se posent. Et quand je n’ai pas la réponse, je repose la question d’une autre manière, jusqu’à ce que j’obtienne une réponse », reconnaît Alloncle auprès de l’AFP, admettant être « insistant ».

« Dans ‘commission d’enquête’, il y a ‘enquête’. Je n’abandonne pas », poursuit l’élu de l’Hérault.

« Courage »

Illustration : La présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 8 juin 2023. (Crédit : Ludovic Marin/AFP)

Mi-décembre, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a – lors d’une interview accordée à France Inter – «  rappelé à l’ordre » Charles Alloncle, craignant que la commission d’enquête ne soit « dévoyée ».

Les soutiens du rapporteur sont venus à sa défense : c’est « une pression intolérable » selon Marine Le Pen (RN), et son travail est « remarquable » d’après le président du parti, Jordan Bardella. Sur les réseaux sociaux, de nombreux influenceurs d’extrême droite ont loué Alloncle.

Ce dernier poursuivra sa mission avec « talent » et « courage », a fait valoir Éric Ciotti. Le jeune député, ancien président des Jeunes avec Nicolas Sarkozy et partisan de l’union des droites, a rallié l’ex-patron de LR lorsqu’il s’est rapproché du RN.

Le député a déjà mis sur le gril le président du régulateur, l’Arcom, ainsi que les dirigeantes de France Télévisions et de Radio France.

Cette dernière, Sibyle Veil, a déploré les « déformations publiques » de ses propos par le rapporteur sur le réseau social X.

Lundi, sur Instagram, l’animateur et producteur Nagui a menacé Alloncle de poursuites judiciaires pour avoir déclaré, fin décembre, qu’il pourrait être « la personne, sur les dix dernières années en France, qui se serait le plus enrichie sur l’argent public », laissant entendre que le député l’aurait pris pour cible en raison de « ses origines égyptiennes ».

En fin d’année, lors des auditions des journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, plusieurs élus de gauche ont réclamé « d’arrêter [le] spectacle », dénonçant une « tentative d’humiliation » de la part de l’extrême droite.

Cette commission a été créée à la suite de la révélation d’une vidéo dans laquelle apparaissent ces deux journalistes, vidéo qui a nourri les accusations de partialité en faveur de la gauche dans l’audiovisuel public.

Patrick Cohen, le 31 mai 2016. (Crédit : Capture d’écran/France Inter)

Au sein du bloc central macroniste, des voix s’élèvent pour demander le huis clos, voire l’arrêt des travaux. « Je ne vois pas l’issue de cette commission », lâche la députée Céline Calvez, déçue que l’on « passe à côté du sujet ».

« Malhonnêteté » 

La commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » a été créée à la demande de Ciotti, dont le groupe allié RN prône la privatisation du secteur.

Alloncle se garde bien de se prononcer sur ce point.

« Envoyé spécial, Secrets d’histoire… J’ai été biberonné à la télévision et à la radio publiques, et je crois en leurs missions essentielles », assure ce fidèle auditeur de FIP, fils d’un préfet et d’une juriste devenue enseignante.

« C’est pour sauver l’audiovisuel public qu’il faut purger les soupçons et cesser les entorses au principe de neutralité », estime le néodéputé, élu en juillet 2024, ancien entrepreneur, diplômé de Sciences Po, HEC et de l’université américaine de Berkeley.

À l’inverse, Erwan Balanant (MoDem) voit dans l’attitude de Alloncle « une attaque frontale de notre modèle démocratique et d’information ».

Le député Aurélien Saintoul, du mouvement d’extrême-gauche radicale anti-Israël, La France Insoumise (LFI), dénonce une « malhonnêteté foncière » du rapporteur, qui s’affranchit des faits et transpose les méthodes de CNews en commission.

Illustration : L’actionnaire majoritaire du Groupe Bolloré, Vincent Bolloré, à une audition devant une commission d’enquête parlementaire sur la concentration des médias, au Sénat, à Paris, le 19 janvier 2022. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

« Qui lui souffle les questions ? », demande un autre.

L’intéressé récuse toute proximité avec Vincent Bolloré, qu’il n’a « jamais rencontré », ainsi qu’avec les médias de son groupe, comme CNews, dont il fréquente peu les plateaux.

Alloncle « affronte tout seul le système » et « a tout le monde contre lui, sauf l’opinion publique », a lancé fin décembre Pascal Praud, sur la première chaîne d’information en continu de France.

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