Clavicular, le polémique influenceur « looksmaxxing » sème la discorde à Tel-Aviv
De par son refus de s'excuser pour sa présence aux côtés d'un groupe qui a chanté « Heil Hitler », Braden Peters divise et déroute nombre de cyberactivistes israéliens
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JTA — Samedi soir, lorsque l’influenceur israélien Aaron Morali a compris que la célébrité qui attirait la foule, au club de plage Loullie, était Braden Peters — plus connu sous le nom de Clavicular —, il a mis en garde le personnel.
Il savait qu’en plus d’être un des principaux influenceur du « looksmaxxing », Peters avait été vu aux côtés du suprémaciste blanc Nick Fuentes en train de chanter la chanson « Heil Hitler » de Ye, et qu’il fréquentait régulièrement des antisémites.
« Nous pensions qu’il s’agissait d’un important influenceur qui aime Israël », explique Morali à la Jewish Telegraphic Agency. « Mais nous avons très vite compris que ce n’était pas le cas. »
Peters a rapidement été prié de quitter l’établissement.
Pourtant, ailleurs sur les plages de Tel-Aviv, Clavicular a été très bien accueilli. Le fait qu’il soit très proche d’un écosystème en ligne imprégné d’antisémitisme n’a pas empêché plusieurs influenceurs juifs et pro-Israël de se filmer à ses côtés avec enthousiasme, et des foules de jeunes Israéliens se sont rassemblées autour de lui lors de ses diffusions en direct depuis des plages et des boîtes de nuit.
Cet accueil en surprend plus d’un, à commencer par les abonnés de Peters. Ses lives depuis Israël ont donné lieu à un déluge de commentaires l’accusant d’être un vendu et lui disant d’aller « embrasser le mur » — le mur Occidental -, une insulte dans certains cercles d’extrême droite en ligne — et se moquant de son rapprochement avec Israël.
Au-delà de sa célébrité, que lui vaut son apparence physique, Peters a attiré l’attention en janvier dernier en apparaissant au club Vendôme de Miami aux côtés d’un groupe notamment composé de Fuentes et des influenceurs de la manosphère Sneako et Andrew Tate — qui a repris en cœur « Heil Hitler », la chanson de Ye qui intègre un échantillon d’un discours d’Adolf Hitler.
Face au tollé, Peters a persisté. « Je ne regrette rien. Je ne vais pas m’excuser pour ce que j’ai fait », avait-il alors déclaré. « Je le referais aujourd’hui. »
La visite de Clavicular à Tel-Aviv soulève des questions sur les motifs qui ont prévalu à son admission sur le territoire, compte tenu des récentes décisions prises par les autorités d’interdire de séjour des figures de droite comme de gauche connues pour des activités antisémites ou anti-Israël.
Le ministère des Affaires de la Diaspora a refusé de commenter l’entrée de Clavicular en Israël.
STATUSMAXING pic.twitter.com/TNrjPDJlf0
— Clavicular (@Clavicular0) July 11, 2026
Cela révèle par ailleurs une fracture au sein de la communauté des influenceurs pro-Israël : certains d’entre eux se sont en effet rapprochés de Clavicular pour créer des contenus et se faire connaitre de son public, allant jusqu’à se réjouir de sa présence à un moment où Israël est perçu comme un paria. D’autres, en revanche, ont dénoncé sa venue, ses contenus objectivant les femmes israéliennes et la complaisance de certains Juifs prêts à fermer les yeux sur ses agissements antisémites.
L’influenceuse juive orthodoxe Golda Daphna a publié plusieurs vidéos sur Instagram pour critiquer Peters tout le temps de son séjour en Israël. Dans l’une d’entre elles, elle donne à voir Peters en train de regarder la photo d’une Israélienne et dire : « Est-ce qu’elle couche ? Dis aux filles que je veux du sexe aux toilettes. » Dans une autre publication, elle s’en prend aux influenceurs pro-Israël acoquinés avec lui : « Ceux qui font la promotion de ce type de comportement se sont, de mon point de vue, tiré une balle dans le pied. »
Eden Sisson, une autre influenceuse engagée dans la hasbara (la diplomatie publique israélienne), a elle aussi invité les femmes israéliennes à ne pas apparaître dans les vidéos de Peters.
« Ne lui donnez pas l’attention qu’il recherche. S’il s’approche de vous avec une caméra, réfléchissez à deux fois avant de participer », a-t-elle écrit. Revenant sur son utilisation, par le passé, de slogans et symboles nazis, elle a ajouté : « Quelqu’un qui utilise des slogans et des symboles nazis ne mérite pas votre confiance. »
Dans les colonnes du Jerusalem Post, l’influenceuse Hallel Abramowitz-Silverman a dénoncé ce qu’elle qualifie de « phénomène montant, au sein d’une partie de la communauté des créateurs et défenseurs d’Israël, qui confond influence et intégrité », avant d’ajouter « Nous en sommes venus à croire que lorsque quelqu’un a beaucoup d’abonnés, nous devons lui être reconnaissants de daigner nous parler — même s’il a passé des années à véhiculer la haine, l’extrémisme ou la misogynie. »
Peters n’a pu être joint malgré les multiples tentatives de la JTA par différents canaux. Il a déclaré à The Free Press être venu en Israël car c’était, de son point de vue, un « territoire inexploré » pour les grands influenceurs, peu d’entre eux ayant diffusé depuis ce pays qu’il qualifie de « viral ».
Live on Kick !
With special guest… pic.twitter.com/3zcOzZztNB— Clavicular (@Clavicular0) July 10, 2026
Certaines personnes ont accepté de parler avec Peters, à commencer par le rabbin Yossi Farro, qui s’est constitué une large communauté sur les réseaux sociaux en mettant les tefilines à des célébrités et à ce qu’il appelle des « Juifs puissants ».
Farro a déjeuné avec Peters au Royal Beach Hotel de Tel-Aviv et publié une vidéo dans laquelle on le voit lui offrir un collier avec un pendentif en forme de logo d’OpenAI et une étoile de David, tout en plaisantant sur le fait que cela fait penser à « ChatGPT qui mogge David » (en utilisant l’argot d’internet signifiant surclasser ou dominer quelqu’un).
Farro a écrit plus tard que Peters « adorait Israël et qu’Israël le lui rendait bien ».
Farro n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
https://www.instagram.com/reel/Dam-E0ksCVV/?utm_source=ig_embed&ig_rid=AVInn5Y6nSxiXbj3LRcyy5B
De son côté, Shira Braun, une influenceuse dont la biographie indique qu’elle « représente les femmes juives et israéliennes », est apparue dans des vidéos aux côtés de Clavicular, présentée comme sa petite amie.
Elle a déclaré avoir ensuite reçu des menaces de mort.
Le fait, pour ces personnes, d’être apparues aux côtés de Peters leur a valu de vives critiques de la part d’autres créateurs pro-Israël, lesquels estiment que le fait de travailler avec une personne associée à l’antisémitisme décrédibilise celui ou celle qui le fait et expose les Israéliens à de la manipulation.
« S’il s’approche de vous avec une caméra, réfléchissez à deux fois avant de participer », a écrit sur Instagram Hagar Amgar, une personnalité de la Chaîne N12. « Quelques secondes d’images peuvent être montées, sorties de leur contexte et partagées avec des millions de personnes. »
Clavicular chilling in a store in Israel minding his business when he suddenly spots a whole crowd of fans waiting outside for him???? pic.twitter.com/4KDxS8SgNz
— CLIPUR NEWS DAILY (@ClipurNewsDaily) July 12, 2026
Des militants de tout premier plan sont même allés plus loin, à l’instar de Yoseph Haddad, activiste et influenceur arabo-israélien, qui a demandé l’expulsion de Peters.
Dans la boîte de nuit Shlavata de Tel-Aviv, Peters a également croisé brièvement la route de Topaz Luk, longtemps conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Peters a déclaré espérer faire une
« collab » avec Netanyahu lui-même, qu’il surnomme « The Big Yahu ».
Dans un entretien pour le média Walla, Luk a qualifié cette rencontre de purement fortuite, affirmant que Peters « avait fait part de ses regrets au sujet de ses propos antisémites » et disait être venu en Israël pour montrer la vérité sur le pays, prévoyant de rencontrer des survivants de la Shoah et de présenter officiellement ses excuses.
Luk s’est montré sceptique : « Attendons de voir », a-t-il déclaré au média.
La proximité de Peters avec les milieux antisémites en ligne n’a pas cessé lors de son séjour, au cours duquel il a en effet partagé une publication de Fuentes. Le chat de ses diffusions était saturé de commentaires antisémites et anti-israéliens, ses spectateurs le traitant de vendu et l’insultant.
Son ex-ami, le streameur Sneako, qui a depuis épousé des positions islamistes, a publiquement déploré ce voyage, tandis qu’une image générée par l’IA a circulé sur X, donnant à voir Peters en train d’embrasser le mur Occidental.
Peters s’est également exprimé à plusieurs reprises en direct au sujet des femmes israéliennes, les qualifiant de « Stacy », un terme du jargon looksmaxxing pour parler des femmes attirantes.
Face aux réactions hostiles de ses fans concernant ce séjour, Peters a déclaré à The Free Press qu’il n’était « pas un homme politique » et que ce voyage ne visait pas à s’immiscer dans le débat israélo-palestinien.
Clavicular just went LIVE in Tel Aviv and was amazed to see how vibrant and full of life the city was????????????
"Nice.."
"What the fawk.. Holy shi-t. This is gonna be fun" pic.twitter.com/gmRylAb0ni
— speedybrute ???? (@speedybrute) July 10, 2026
La présence de Peters en Israël a dérouté un grand nombre de ses détracteurs.
Le ministère de la Diaspora a récemment demandé à l’Autorité de la population et de l’immigration, qui a le pouvoir d’autoriser ou refuser le séjour à des ressortissants étrangers, d’interdire de séjour les principales figures de droite ou de gauche accusées d’antisémitisme ou d’activités anti-Israël.
En mai dernier, Israël a ainsi refusé le droit de séjour au streameur Tyler Oliveira, qui s’en était pris à la communauté hassidique de Kiryas Joel (New York) et à la communauté orthodoxe de Lakewood (New Jersey) dans ses contenus.
A son arrivée à l’aéroport Ben Gurion, il a été expulsé et remis à bord d’un vol à destination des États-Unis. Le ministre de la Diaspora, Amichai Chikli, a confirmé la décision sur X, reprenant une publication du mois passé dans laquelle Oliveira demandait si Israël le laisserait entrer, pour y répondre par un seul mot : « Non ».
Peters a par ailleurs un lourd casier judiciaire aux États-Unis, l’un des critères parfois retenus pour refuser le droit de séjour à des ressortissants étrangers. En Floride, il a été inculpé d’usage illégal d’une arme à feu après avoir été vu en train de tirer sur un alligator mort dans les Everglades lors d’un direct. L’affaire s’est soldée en mai dernier par une négociation de peine assortie de six mois de mise à l’épreuve et de 20 heures de travaux d’intérêt général.
Il a par ailleurs été arrêté en début d’année, cette fois en Arizona, pour suspicion de détention de drogue et usage de faux papiers d’identité. Les procureurs du comté de Maricopa ont par la suite abandonné les charges, jugeant insuffisantes les chances de condamnation.
Il fait par ailleurs l’objet d’une plainte civile déposée par une influenceuse qui l’accuse d’agression sexuelle lorsqu’elle avait 16 ans. Son avocat a démenti ces accusations, qu’il a qualifiées d’infondées.
https://www.instagram.com/aaronmorali/?utm_source=ig_embed&ig_rid=AuXyifCyJ5wtLQiKaHXdtqz
Devenu célèbre grâce à sa participation à l’émission « Love Island Israël », Morali s’est joint à la cohorte de celles et ceux qui se demandent pour quelle raison on a laissé Peters entrer en Israël.
« Naturellement que tout le monde est le bienvenu en Israël, mais en ce qui concerne ceux qui publient des contenus contre nous ou font des choses polémiques, c’est un peu plus délicat », a-t-il confié à la JTA.
Morali a raconté qu’il passait la soirée au club avec ses amis lorsqu’il a aperçu Peters, dehors. La vidéo qu’il a prise de Peters, devant la boîte de nuit, assortie de la légende « Nous n’avons pas besoin d’antisémites ici. Am Israël Chaï », est rapidement devenue virale.
Selon Morali, lorsque Peters a pénétré dans le club de plage, accompagné de ses gardes du corps, pour aborder les clients et tenter de filmer, la sécurité a réagi. Le Loullie n’a pas répondu aux demandes de commentaires de la JTA, mais a confirmé cette version des faits aux médias israéliens.
« Nous avons décidé d’en informer les bonnes personnes pour que quelque chose soit fait, car nous ne nous sentions pas à l’aise avec quelqu’un qui braquait sa caméra au visage de tout le monde, filmant des images qui pourraient potentiellement nuire à notre pays », a expliqué Morali.
« Ils l’ont immédiatement expulsé. Je dois dire que je suis fier qu’ils l’aient fait. »
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