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Comment les Juifs ont préservé le calendrier hébraïque malgré les persécutions nazies

Une nouvelle exposition à Yad Vashem retrace les moyens employés, parfois au péril de la vie, pour maintenir le calendrier et célébrer les fêtes juives pendant la Shoah

  • Un groupe d’enfants portant des uniformes de camp de concentration derrière des clôtures barbelées dans le camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau, photographié juste après la libération par l’armée soviétique, en janvier 1945. (Crédit : AP Photo/Fichier)
    Un groupe d’enfants portant des uniformes de camp de concentration derrière des clôtures barbelées dans le camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau, photographié juste après la libération par l’armée soviétique, en janvier 1945. (Crédit : AP Photo/Fichier)
  • Le « Rouleau d’Hitler », document retraçant l’ascension au pouvoir d’Adolf Hitler dans le style du rouleau biblique d’Esther, présenté dans une exposition sur la Shoah, Yad Vashem, Jérusalem, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
    Le « Rouleau d’Hitler », document retraçant l’ascension au pouvoir d’Adolf Hitler dans le style du rouleau biblique d’Esther, présenté dans une exposition sur la Shoah, Yad Vashem, Jérusalem, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
  • Vue d’une exposition consacrée à la manière dont les Juifs ont préservé le calendrier religieux malgré les persécutions nazies, musée mémorial de Yad Vashem, Jérusalem, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
    Vue d’une exposition consacrée à la manière dont les Juifs ont préservé le calendrier religieux malgré les persécutions nazies, musée mémorial de Yad Vashem, Jérusalem, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
  • Un machzor de Rosh Hashana rédigé de mémoire par Naftali Stern pendant la Shoah. (Crédit : Yad Vashem)
    Un machzor de Rosh Hashana rédigé de mémoire par Naftali Stern pendant la Shoah. (Crédit : Yad Vashem)
  • Un calendrier rédigé de mémoire par Shlomo Joseph Sheiner en Pologne pendant la Shoah (Crédit : Yad Vashem)
    Un calendrier rédigé de mémoire par Shlomo Joseph Sheiner en Pologne pendant la Shoah (Crédit : Yad Vashem)
  • Un grogger de Pourim fabriqué par Kalmen Micenmacher pour son fils Marcel alors qu’il se trouvait dans un camp de transit français, avant que lui et son épouse ne soient assassinés à Auschwitz, France, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
    Un grogger de Pourim fabriqué par Kalmen Micenmacher pour son fils Marcel alors qu’il se trouvait dans un camp de transit français, avant que lui et son épouse ne soient assassinés à Auschwitz, France, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
  • Un livre de prières pour les fêtes du Nouvel An juif, intitulé Le cri de la captivité, rédigé de mémoire par des prisonniers juifs à partir de carton récupéré sur des paquets de tabac de soldats, dans un camp de prisonniers de guerre pendant la Shoah, Sibérie, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)
    Un livre de prières pour les fêtes du Nouvel An juif, intitulé Le cri de la captivité, rédigé de mémoire par des prisonniers juifs à partir de carton récupéré sur des paquets de tabac de soldats, dans un camp de prisonniers de guerre pendant la Shoah, Sibérie, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)

Pendant plus de deux ans, alors qu’il se cachait des nazis, Israel Sheiner a trouvé une solution ingénieuse pour permettre à sa famille d’observer correctement le Shabbat et les fêtes juives : il a calculé les dates de mémoire et a rédigé un calendrier hébraïque improvisé.

Réfugié chez Matjas Franciszek, un fermier polonais qui avait accepté de le cacher avec son épouse et leurs quatre enfants, Sheiner a utilisé le papier et l’encre fournis par Franciszek pour concevoir un calendrier raffiné qui les guiderait tout au long des années hébraïques 5703-5704 (1942-1944).

La famille priait et récitait des psaumes à l’aide de livres que Sheiner avait lui aussi rédigés à la main, de mémoire.

En octobre 1944, Sheiner a eu un doute sur l’exactitude de son calcul concernant le jour du jeûne de Yom Kippour, craignant de s’être trompé d’un jour. Après réflexion, il a pris une décision : ses enfants jeûneraient le jour qu’il estimait être le « vrai » Yom Kippour, alors que lui-même jeûnerait pendant deux jours afin de couvrir les deux possibilités.

« Après la guerre, ils ont vérifié et il s’est avéré que le jour où sa famille avait jeûné était le bon », raconte Michael Tal, des artefacts à Yad Vashem, le mémorial national de la Shoah en Israël.

« Cachée dans la maison de ce fermier, l’un des Justes parmi les nations, la famille a survécu tout en préservant son identité pendant cette période impossible. »

Michael Tal, directeur du département des artefacts de Yad Vashem, le 11 janvier 2026. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Tal est le commissaire d’une nouvelle exposition présentée dans la synagogue de Yad Vashem et consacrée aux moyens mis en œuvre par des Juifs pour préserver le calendrier religieux et célébrer les fêtes malgré la persécution nazie.

« J’ai toujours été fasciné par les défis auxquels les Juifs des ghettos et des camps ont dû faire face pour continuer à pratiquer leur religion », explique Tal. « Le calendrier hébraïque représentait un lien avec leur famille, leur identité humaine et l’histoire plurimillénaire du peuple juif. Il leur donnait la force de tenir, ne serait-ce qu’un instant, au cœur du chaos et de la souffrance. »

La nouvelle exposition vient compléter une exposition permanente d’objets issus de synagogues de communautés européennes détruites, déjà installée dans la synagogue de Yad Vashem. Elle établit un lien entre la vie juive en Europe avant la Shoah, racontée à travers des ornements de la Torah, des fragments d’arches saintes et des vases rituels, et la manière dont la vie religieuse s’est poursuivie après l’anéantissement de ces communautés, a précisé Tal.

Cette exposition s’ajoute à plusieurs autres installations inaugurées par Yad Vashem ces derniers mois, dont un nouveau spectacle audiovisuel en plein air et une exposition d’objets personnels ayant appartenu à des survivants de la Shoah. Les pièces présentées ont été sélectionnées parmi les vastes collections de l’institution, qui comprennent des millions de pages d’archives et des dizaines de milliers d’artefacts, allant d’œuvres d’art à des photographies et des objets familiaux.

« Il y a une nouvelle dynamique ici ces derniers temps, après des années durant lesquelles relativement peu de nouvelles expositions ont été lancées », observe Tal.

Des artefacts intemporels

L’exposition s’ouvre sur plusieurs calendriers provenant de ghettos et de camps à travers l’Europe. L’un d’eux a été rédigé dans le ghetto de Theresienstadt par Avraham Hellmann, un hazan ayant consacré d’importants efforts à l’inhumation des morts conformément à la loi juive. Un autre, écrit par Mordechai Weiss en Sibérie, retrace les événements marquants de l’histoire juive au cours de l’année 5705 (1944–1945). Un troisième panneau présente le dernier calendrier rédigé de mémoire par le rabbin Yaakov Avigdor dans le camp de concentration de Buchenwald, après que les gardes SS ont confisqué et détruit à plusieurs reprises ses versions précédentes.

Le fils d’Avigdor expliquera plus tard l’importance que son père accordait à la tenue du calendrier.

« Même les Muselmann, ceux qui étaient à l’article de la mort trouvaient la force de continuer lorsqu’on leur murmurait qu’une fête approchait, comme Pourim ou Yom Kippour », raconte le rabbin Isaac Avigdor, reprenant un terme utilisé par les prisonniers pour désigner leurs codétenus.

« Seuls les survivants de la Shoah peuvent comprendre cela. »

Un calendrier rédigé de mémoire par Shlomo Joseph Sheiner en Pologne pendant la Shoah (Crédit : Yad Vashem)

L’exposition se poursuit avec une série d’objets liés aux fêtes juives. Pour Rosh HaShana, Naftali Stern a rédigé de mémoire un machzor, livre de prières du Nouvel An juif, sur des morceaux de sacs de ciment obtenus en échange de précieuses rations de pain dans le camp de travail de Wolfsberg. Après sa libération, il a continué à l’utiliser chaque année jusqu’à ce que les pages s’effritent, avant d’en faire don à Yad Vashem, explique Tal.

Parmi les autres objets liés à Rosh HaShana figurent un shofar utilisé au péril de la vie dans le ghetto de Theresienstadt, ainsi qu’un livre de prières soigneusement conçu, intitulé Le cri de la captivité, rédigé de mémoire par Mordecai Glick et Shlomo Ullman dans un camp de prisonniers de guerre en Sibérie, à partir de carton récupéré sur des paquets de tabac de soldats.

Pour Souccot, l’exposition rassemble des témoignages issus des archives de Yad Vashem relatant comment des Juifs ont risqué leur vie pour accomplir le commandement de s’asseoir dans une soucca. Dans un cas, l’interdiction talmudique d’utiliser une soucca volée a conduit un rabbin du ghetto de Kovno à s’interroger sur la possibilité d’utiliser du bois récupéré auprès de constructeurs nazis. Le rabbin Ephraim Oshry, autorité halakhique reconnue du ghetto, a répondu par l’affirmative.

Hanoukka, qui célèbre la victoire des Maccabées et le symbolisme de la lumière triomphant des ténèbres, revêtait une signification particulière pendant la guerre, souligne Tal. À côté de plusieurs hanoukkiot allumées dans les ghettos, une citation murale relate un épisode survenu dans un camp lorsque les gardes nazis interdirent aux Juifs d’allumer des feux le soir de la fête.

« Le deuxième jour, un miracle s’est produit : une coupure de courant soudaine. Nous avons donc dû allumer des bougies. »

Le « Rouleau d’Hitler », document retraçant l’ascension au pouvoir d’Adolf Hitler dans le style du rouleau biblique d’Esther, présenté dans une exposition sur la Shoah, Yad Vashem, Jérusalem, date non précisée. (Crédit : Yad Vashem)

Pour Pourim, un « Rouleau d’Hitler » en sept chapitres, rédigé par un enseignant de Casablanca en 1944, raconte l’ascension d’Hitler et la Solution finale dans le style du Rouleau d’Esther.

La section consacrée à Pessah s’ouvre sur une citation de Rachel Auerbach décrivant comment des Juifs du ghetto de Varsovie se sont réunis pour le Seder peu avant de lancer leur célèbre soulèvement contre les nazis, en avril 1943.

« Elle raconte comment, à l’image des sages de la Haggadah réunis à Bnei Brak pour discuter de l’Exode d’Égypte, ils se sont rassemblés pour évoquer leur rébellion, établissant un parallèle entre leur histoire et celle des anciens Hébreux », explique Tal.

Cette exposition permanente à Yad Vashem offre un aperçu de la vie pendant la Shoah, à une époque où les semaines et les mois avaient perdu leur sens au milieu de la mort et de la faim, a déclaré Tal.

« Ces efforts pour conserver la notion du temps pendant la guerre étaient, en eux-mêmes, des actes de préservation de l’humanité », a déclaré Tal. « Ces histoires montrent comment la vie et la tradition juives ont survécu même pendant ces moments terribles. »

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