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Opinion

Comment Naftali Bennett a condamné sa propre coalition

L'échec du Premier ministre de Yamina a été de choisir une liste à la Knesset qui, contrairement à celles de ses sept partenaires de coalition, n'a pas voulu suivre son leader

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Naftali Bennett, chef de Yamina et les autres membres et députés de la formation à la fête organisée au siège du parti à Petah Tikva, lors de la nuit des élections, le 23 mars 2021. (Crédit :    Avi Dishi/Flash90)
Naftali Bennett, chef de Yamina et les autres membres et députés de la formation à la fête organisée au siège du parti à Petah Tikva, lors de la nuit des élections, le 23 mars 2021. (Crédit : Avi Dishi/Flash90)

La coalition de huit partis de Naftali Bennett est en train de s’effondrer. Sa mince majorité a été perdue – parce que le leader de la formation Yamina a été dans l’incapacité de faire en sorte que ses députés fassent preuve de loyauté à son égard.

Alors que les sept partenaires de Yamina, d’une grande diversité, sont restés fidèles à la coalition dans les épreuves traversées par cette dernière – citons comme exemples notables sa motion de censure initiale au mois de juin dernier et l’adoption du budget, au mois de novembre – ce sont les membres du parti de Bennett qui auront été à l’origine des problèmes les plus importants au sein de l’alliance et qui ont lancé aujourd’hui le compte à rebours du possible effondrement du gouvernement.

Bennett avait perdu le soutien de l’un de ses collègues du parti, Alon Davidi, avant même que la Knesset ne procède à la prestation de serment des députés : le maire de Sderot avait décidé de renoncer d’emblée à son siège au parlement en raison de son opposition à une éventuelle alliance avec des partis de centre-gauche. Il était à peine parvenu à dégoter le soutien du député Nir Orbach, qui avait presque tué le projet de coalition dans l’œuf. Et il avait rapidement perdu l’appui d’un autre législateur, Amichai Chikli, qui s’était opposé à l’alliance dans son vote d’investiture et qui était devenu de facto un membre de l’opposition.

Et mercredi, Bennett a perdu le soutien crucial de sa cheffe de la coalition, Idit Silman. Avec la démission de la législatrice et la détermination déclarée de cette dernière à soutenir la formation d’une coalition de droite dans la Knesset actuelle, il a perdu la majorité qui lui permettait de gouverner – et d’autres députés Yamina encore fidèles à l’alliance au pouvoir pourraient suivre l’exemple donné par la parlementaire rebelle.

La coalition n’est pas encore tombée. La formation d’une majorité d’alternance qui serait placée sous la direction de Benjamin Netanyahu est complexe. Comme le sont également les perspectives d’une dissolution de la Knesset et de l’organisation de nouvelles élections. Les jours du gouvernement sont néanmoins comptés.

L’explosion, tôt ou tard, du gouvernement a toujours été une probabilité : plus il se rapprochait du moment où le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, devait succéder à Bennett au poste de Premier ministre, plus importante était la possibilité qu’il s’écroule, avec des membres de Yamina qui étaient particulièrement troublés à l’idée de se placer sous les ordres de Lapid, centriste et laïc. Mais le départ de Silman vient donner un coup d’accélérateur radical à sa fin.

Le premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu, à gauche, serre la main de son successeur, le nouveau premier ministre Naftali Bennett, après une session spéciale pour voter sur un nouveau gouvernement à la Knesset à Jérusalem, le 13 juin 2021. (Emmanuel Dunand / AFP)

La goutte d’eau idéologique qui a fait déborder le vase, a expliqué Silman, a été le souhait de la coalition de se conformer à une décision de la Haute-cour de Justice qui avait évalué que les hôpitaux n’étaient pas en droit d’interdire aux patients et aux visiteurs d’introduire du hametz – du pain « levé » non-casher – dans les établissements hospitaliers à Pessah. La fête, qui dure une semaine, commencera à la fin de la semaine prochaine.

Il est facile de considérer cette objection comme un prétexte – le jugement ne date pas d’hier et il est peu probable que la coalition cherche à le contourner. Et pourtant, Silman s’est sentie, de toute évidence, de plus en plus déroutée, non seulement par le fait de siéger dans le gouvernement actuel, le plus diversifié idéologiquement d’Israël, mais aussi face aux contorsions nécessaires pour faire adopter ses législations en tant que cheffe de la coalition.

Un malaise qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des membres de la Knesset de droite qui ont exercé sur elle des pressions croissantes, la prenant de haut et la qualifiant avec condescendance de « petite fille », reconnaissant en elle le maillon le plus faible. Il se peut aussi qu’elle ait ressenti ces pressions provenant de plus en plus fortes de la droite et qu’elle se soit inquiétée davantage de la légitimité de la coalition alors que le terrorisme se renforçait, ces dernières semaines.

A l’évidence, et ce n’est pas à négliger, Silman aimerait continuer sa carrière politique et elle pourrait être la dernière d’un grand nombre de députés à avoir placé sa confiance dans la promesse d’un avenir étincelant que lui aura fait miroiter l’ex-Premier ministre Netanyahu.

La présidente de la coalition, Idit Silman, prend la parole à la Knesset à Jérusalem le 28 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La coalition de Bennett pourrait encore se traîner un peu. Le simple fait que la Knesset soit encore en congé jusqu’au début du mois prochain complique les procédures potentielles qui pourraient hâter sa sortie.

Mais la dynamique anti-Netanyahu – les animosités personnelles à l’égard du leader du Likud et l’inquiétude face au danger qu’il pourrait poser pour la démocratie israélienne – qui avait permis à Lapid d’assembler cette alliance hétéroclite de partis de droite, de gauche et arabe, est dans l’impasse. Les accomplissements réalisés par la coalition, des réussites simples et importantes – l’adoption d’un budget, l’action via le consensus, la tentative à plusieurs reprises de rendre moins toxique le climat du débat politique – sont éclipsés. La majorité solide de la droite, à la Knesset, se fait nettement sentir. C’est l’opposition qui a l’avantage aujourd’hui. Netanyahu appelle d’autres députés à se rebeller.

Les partis de la Liste arabe unie d’opposition ne voudront pas aider Netanyahu à reprendre le pouvoir. Mais même si quelques députés de la Liste arabe unie avaient dans l’esprit de soutenir Bennett, les législateurs de plusieurs formations de la coalition ne sont pas prêtes à s’appuyer sur la Liste arabe unie pour obtenir la majorité.

Ce gouvernement était sur le fil du rasoir dès le départ. Après la défection de Chikli, du parti de Bennett, la majorité au pouvoir était tombée à 61 députés au sein de la Knesset, forte de 120 membres, et chaque législateur avait eu potentiellement la faculté d’entraîner son effondrement. La coalition avait avancé cahin-caha mais Silman, mercredi, lui a asséné le coup fatal.

Certains analystes ont affirmé mercredi que Bennett aurait pu maintenir son équipe en passant plus de temps à écouter les inquiétudes et les besoins de Silman et des autres démissionnaires potentiels plutôt que de consacrer son énergie à se construire une stature internationale dans le style de Netanyahu en offrant, par exemple, ses compétences en matière de médiation dans la guerre qui oppose aujourd’hui l’Ukraine et la Russie.

Mais comme le soulignent le départ de Davidi, la défection instantanée de Chikli et la nouvelle démission de Silman, son échec est plus profond et il remonte à beaucoup plus tôt – à la veille des élections 2021 et des négociations conséquentes qui avaient permis la mise en place de sa coalition. L’erreur politique fatale de Bennett a été d’avoir composé une liste de députés pour Yamina à la Knesset qui, contrairement à ce qu’il s’est passé pour les sept autres formations de la coalition, se sont avérés être réticents à l’idée de suivre leur leader.

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