Une ex-otage veuve revient sur sa captivité à Gaza
Rimon Buchshtav-Kirsht, qui avait lancé un regard noir devenu viral à un terroriste lors de sa libération, en novembre 2023, pleure son mari assassiné et se souvient de ses échanges avec Yahya Sinwar et Yarden Bibas
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Plus de deux ans après sa libération, l’ancienne otage Rimon Buchshtav-Kirsht a rompu le silence en début de semaine lors de sa première longue interview accordée à Ynet News.
Elle a révélé ce qu’elle avait dit à son geôlier du groupe terroriste palestinien du Hamas alors qu’elle était remise au personnel de la Croix-Rouge à Gaza.
Rimon avait 36 ans lorsqu’elle a été enlevée par le Hamas lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste le 7 octobre 2023, puis renvoyée en Israël en novembre de cette même année, dans le cadre d’un échange d’otages contre des prisonniers et d’un accord de cessez-le-feu.
Une vidéo montrant Rimon répondant avec véhémence au terroriste qui l’accompagnait est devenue virale.
« Pendant tout le trajet [jusqu’au lieu de la remise à la Croix-Rouge], il s’est moqué de moi à propos de Yagev », a-t-elle raconté à Ynet, dans une interview diffusée dimanche.
Son mari, Yagev Buchshtav, avait été enlevé en même temps qu’elle à leur domicile, au kibboutz Nirim, avant d’être tué en captivité.
« ‘Yagev sera là dans deux jours' », se souvient-elle avoir entendu ce terroriste prénommé Mustafa lui dire.
« ‘Yagev sera là dans quatre jours.’ Et quand il a commencé à parler de Yagev, il a atteint mon point sensible, et cela m’a profondément déplu. »
Et d’ajouter : « Et puis les terroristes qui se trouvaient dans la voiture m’ont fait un discours sur le fait de sortir. » Elle a raconté qu’ils lui avaient ordonné, en anglais : « Souris et fais un signe de la main. »
Elle a poursuivi : « Et quand on se retrouve face à ce public qui vous insulte, qui rage et qui vous hurle dessus, ils vous disent : ‘N’aie pas peur.' »
« À ce stade, on est déjà tellement affamé et épuisé que plus rien ne nous impressionne ni ne nous fait peur. Alors je me suis mise à l’insulter en arabe, pour que tout le monde comprenne. Cette confrontation n’avait rien d’exceptionnel. »
« Je lui ai simplement tenu le discours qu’il méritait, comme l’ordure qu’il est », a-t-elle déclaré.
« Je lui ai crié : ‘Ce n’est pas parce que tu es masqué que je ne te vois pas, et ce n’est pas parce que tes yeux sont cachés que je ne reconnais pas ta voix, ou que j’ai oublié ce que tu m’as fait, et kul kalb biji yomo' », a-t-elle poursuivi – cette expression arabe signifie que « chaque chien finit par recevoir ce qu’il mérite ».
Elle a épousé son ami de toujours en 2021
Dans cette interview, cette femme désormais âgée de 39 ans, originaire du kibboutz Magen, a relaté son amitié de longue date, puis son idylle, avec Yagev. Tous deux s’étaient rencontrés à l’école primaire, dans la région frontalière de Gaza.
Leur relation amoureuse avait débuté en 2020, et c’est en 2021 qu’ils se sont mariés. Ils avaient emménagé ensemble à Nirim, non loin de l’endroit où ils avaient grandi, avec leurs cinq chiens et quatre chats.
Alors qu’ils se trouvaient en captivité, a-t-elle confié à Ynet, le couple avait évoqué son projet d’avoir un enfant ensemble. Lorsqu’elle a brusquement cessé d’avoir ses règles à la suite d’une perte de poids importante, ils ont préféré croire qu’elle était tombée enceinte avant leur enlèvement.
Rimon se souvient qu’à 6 h 29 du matin, le 7-Octobre, son mari et elle avaient été réveillés par les sirènes annonçant les tirs de roquettes, marquant le début de l’invasion du Hamas.
« La dernière chose qu’il a pu faire avant que [les terroristes] ne réussissent à entrer, c’était de me regarder dans les yeux et de me dire : ‘Je suis désolé’. J’ai immédiatement répondu : ‘Ne t’avise pas de t’excuser, ce n’est pas ta faute, tout va bien, l’important c’est de rester ensemble.' »
« À 8 h 40, ils ont fait irruption dans la maison. Ils ont essayé de nous séparer. Nos tee-shirts étaient déchirés, mais nous étions accrochés l’un à l’autre et ils n’arrivaient pas à nous soulever ; alors ils nous ont traînés sur le trottoir et nous ont frappés. »
« Ils nous ont fait monter dans une voiturette de golf. J’étais assise sur le cadavre d’un terroriste. Nous sommes passés devant le kibboutz, puis ils nous ont dit : ‘Maintenant, marchez.’ Nous avons marché longtemps dans les champs, en pyjama et pieds nus. »
Finalement, une Toyota blanche s’est arrêtée. Les terroristes les ont poussés à bord, avant de leur faire ce que Rimon a appelé « une visite de Gaza ».
« J’ai couvert les yeux de Yagev pour qu’il ne voie pas le carnage qui se déroulait dehors », a-t-elle raconté. « J’ai notamment vu une jeune fille sur une moto, attachée par le haut de son corps nu, tandis que le bas de son corps était traîné sur le sol. »
Les terroristes ont emmené le couple à Khan Younès, dans le sud de Gaza, chez un terroriste du Hamas nommé Oussama, qui, d’après Rimon, avait environ 60 ans. Il avait deux fils, l’un au collège et l’autre au lycée, qui ont offert deux chatons à la jeune femme et lui ont également donné du paracétamol pour soigner ses blessures, a-t-elle indiqué. Elle s’est également souvenue de la visite de deux autres terroristes du Hamas, qui lui ont arraché une de ses dents cassées.
« Sinwar s’est adressé à moi en anglais et m’a dit : ‘Parlons' »
Rimon a évoqué le moment où un « haut dignitaire » du Hamas avait été conduit dans la zone où elle était détenue avec cinq autres otages. Elle a appris par la suite qu’il s’agissait du chef terroriste Yahya Sinwar, l’instigateur du 7-Octobre.
« À ce moment-là, je savais simplement qu’il s’agissait d’une personnalité de très haut rang. Il est arrivé avec un cahier sur lequel il voulait que j’écrive les informations concernant les otages en lettres hébraïques majuscules [plutôt qu’en cursive], parce que c’était la seule forme d’écriture qu’il savait lire, ainsi qu’en anglais. »
« Il a dit que nous allions tous être filmés en train de donner notre nom, notre âge, notre provenance et nos numéros d’identité. Sinwar s’est adressé à moi en anglais, et il m’a dit que j’avais la tête sur les épaules, puis : ‘Parlons' », s’est-elle rappelée.
« Il voulait savoir dans quelles conditions nous vivions, comment [nos geôliers] se comportaient avec nous, alors je lui ai dit : ‘C’est très bien que vous posiez ces questions, il y a beaucoup à dire. Mais d’abord, j’aimerais vous demander quelque chose. Promettez-moi qu’une fois que j’aurai fini, vous nous emmènerez, Yagev et moi, dans les tunnels, avec les autres otages, parce que ces [geôliers] sont très cruels avec nous.' »
« Il a pris ma main et il a vraiment tenu parole. Ensuite, après nous avoir donné une tasse de thé chaud et avoir procuré un inhalateur à Yagev, il nous a emmenés dans les tunnels », a-t-elle expliqué, ajoutant qu’elle avait caché l’inhalateur dans son soutien-gorge, où elle conservait également les dessins que lui avaient offerts les enfants otages.
Mais dans les tunnels, les mauvais traitements se sont poursuivis. Son mari et elle étaient enfermés dans une cage, séparés des autres otages.
Implorant ses geôliers de ne pas la séparer de son mari
Lorsque les libérations d’otages ont commencé, à la fin du mois de novembre, au cours d’un cessez-le-feu d’une semaine entre Israël et le Hamas, les geôliers ont annoncé au couple que Rimon serait libérée, mais pas Yagev.
Rimon a rapporté à Ynet avoir imploré ses geôliers de libérer un autre otage à sa place, en suppliant : « ‘Je ne demande pas grand-chose. Ni de médicaments, ni de papier toilette. Je suis prête à rester ici, malgré les puces, malgré ma dent cassée et mon visage meurtri.’ Mais ils ont insisté : je devais partir. »
Elle a raconté comment Yarden Bibas l’avait réconfortée. Otage comme elle, il avait été séparé le 7-Octobre de sa femme Shiri et de ses deux fils, Ariel, âgé de 4 ans, et Kfir, encore bébé ; tous trois, comme on l’a appris par la suite, ont été assassinés pendant leur captivité. C’est en 2025 que Yarden a été libéré et que les corps sans vie de sa femme et de ses enfants ont été restitués.
Rimon s’est souvenue que, lorsque leurs geôliers ont autorisé Yarden à lui parler, « il m’a dit : ‘Rimon, s’il y a une personne qui sait ce que c’est que d’être arraché à ceux que l’on aime dans cet enfer qu’est Gaza, c’est bien moi.' »
En juillet 2024, Israël a confirmé la mort de Yagev Buchshtav en captivité. Son corps sans vie a ensuite été retrouvé par des soldats lors d’une opération menée en août 2024 à Khan Younès, aux côtés des corps d’Avraham Munder, de Nadav Popplewell, d’Alex Dancyg, de Chaim Peri et de Yoram Metzger, eux aussi enlevés vivants et assassinés en captivité.
Yagev a été enterré au kibboutz Nirim le 21 août 2024.
« Mais où étiez-vous ? »
L’ancienne otage a raconté que lorsqu’elle a été remise entre les mains de la Croix-Rouge, à sa libération, « la femme de la Croix-Rouge s’est précipitée vers moi, sourire aux lèvres, et je lui ai dit : ‘Mais où étiez-vous, tous ?! On vous a attendus les 7, 8 et 9 octobre.' »
« Plus tard, pendant une réunion à la résidence présidentielle, cette même femme a essayé de me parler des civils innocents. Et là, je lui ai montré une cicatrice. Je lui ai expliqué qu’elle venait d’un enfant de quatre ans qui m’avait lancé une brique alors que je sortais, parce que les parents emmènent leurs enfants de quatre ans pour qu’ils jettent des objets sur les otages. »
Se remémorant les paroles qu’elle avait adressées à Meirav Tal, une autre otage qui avait été libérée en même temps qu’elle, Rimon a déclaré : « Je lui ai dit : ‘Tous ces cris et ces huées, c’est parce que nous sommes superbes, magnifiques.' »
Et d’ajouter à Tal : « Garde la tête haute. Nous allons traverser cette épreuve ensemble, comme deux femmes fortes. »
Lors d’une interview accordée lundi à la chaîne N12 News, Rimon a révélé qu’elle avait poignardé ses geôliers à plusieurs reprises pendant son enlèvement et sa captivité.
Elle a expliqué qu’elle s’était sentie obligée de le protéger par tous les moyens, « même si cela impliquait d’attaquer un terroriste » ou d’encaisser des coups à sa place.
« Si tu dois poignarder un terroriste, tu poignardes un terroriste », a-t-elle déclaré.
Elle s’est souvenue avoir poignardé le premier terroriste qui était entré chez elle le 7-Octobre avec un couteau de cuisine.
À une autre occasion, elle a raconté avoir poignardé l’un de ses geôliers avec une fourchette qu’elle avait cachée après qu’il eut pénétré dans la pièce où elle et son mari étaient retenus, dans l’intention de frapper Yagev.
Après l’avoir poignardé, le terroriste lui a demandé en anglais : « T’es folle ? » Rimon lui a répondu en arabe : « Non, je suis folle. »
Elle a également raconté qu’elle avait refusé de lire un texte remis par des terroristes du Hamas lors de l’enregistrement d’une vidéo de propagande sur les otages, aux côtés de ses compagnes d’infortune, Danielle Aloni et Yelena Trufanov. Elle a raconté que ce refus lui avait valu une violente agression qui lui avait cassé des dents.
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