Royaume-Uni : Des rabbins progressistes soutiennent les sanctions anti-implantations
Saluant ces mesures, plusieurs chefs religieux dénoncent une violence "répugnante", contraire aux valeurs juives, contrairement au grand rabbin, qui parle d’un "jour sombre"
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Plusieurs rabbins britanniques progressistes ont exprimé mercredi leur soutien aux sanctions visant les implantations de Cisjordanie annoncées cette semaine par le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband.
Alors que le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, a qualifié cette annonce de « jour sombre pour les Juifs », d’autres rabbins de premier plan ont insisté sur la nécessité d’agir contre les résidents d’implantations extrémistes qui commettent quotidiennement des violences contre les Palestiniens en Cisjordanie.
Miliband a annoncé mardi que le Royaume-Uni, la France et le Canada mettraient fin à toutes leurs relations commerciales avec les implantations israéliennes. Il a dénoncé « l’occupation illégale » de la Cisjordanie et accusé des « terroristes issus des implantations » de se livrer à un « nettoyage ethnique » toléré ou soutenu par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Ce nouveau « régime complet de sanctions » devrait entrer en vigueur dans un délai de six à neuf mois, avec ce que Miliband a qualifié « d’exemptions religieuses appropriées ».
Le rabbin Jonathan Wittenberg, rabbin de premier plan de Masorti Judaism UK et rabbin de la New North London Synagogue, a écrit dans une publication sur son compte Substack qu’au moment du discours de Miliband, il se trouvait dans le village palestinien d’Umm al-Khair, où il avait constaté « de ses propres yeux les conséquences de la violence des résidents d’implantations ».
Wittenberg a souligné qu’il partageait « les préoccupations de nombreux dirigeants juifs britanniques » concernant l’antisémitisme et souhaitait s’assurer que le gouvernement prendrait des mesures contre les slogans et les comportements extrémistes visant les Juifs et Israël.
Il a toutefois ajouté que le village était « assiégé ».
« À quelques mètres de la maison où je me trouve, l’armée a déclaré une ‘zone militaire’. Des familles qui vivent ici depuis des dizaines d’années n’ont plus accès à certaines parties de leurs terres. Elles ne peuvent approcher leur bétail que cinq minutes par jour pour le nourrir et ne peuvent même pas se rendre aux toilettes. »
« Les résidents d’implantations, en revanche, rôdent en toute impunité sur ces mêmes terres et se moquent de nous. »
« C’est ici qu’ils ont enlevé un militant britannique, que la police a dû libérer avant de l’expulser sans délai. (Ça pourrait être mon tour la prochaine fois) », a-t-il écrit, faisant référence à un incident survenu le mois dernier, au cours duquel des résidents d’implantations armés ont arrêté le militant Finn Joughlin avant de le remettre à la police, l’accusant d’avoir agressé un mineur.
« Ce qui se passe aujourd’hui en Cisjordanie est un Hillul HaShem [profanation du nom de Dieu], une profanation du nom de Dieu de la pire espèce. Nous ne pouvons pas garder le silence. C’est terrible pour les Palestiniens qui souhaitent vivre en paix. C’est terrible pour Israël », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité pour les Juifs de prendre la parole.
Le rabbin Jeremy Gordon, de la New London Synagogue, a lui aussi exprimé son soutien aux sanctions dans une publication sur Substack, affirmant qu’il jugeait la violence des résidents d’implantations « répugnante et contraire à tout ce que je comprends de ce que signifie être juif et être une personne éthique ».
« Je condamne, bien évidemment, la violence palestinienne contre les Israéliens, mais je n’accepte pas que l’ampleur et la nature de la violence des colons israéliens puissent être justifiées de quelque manière que ce soit par ces violences », a-t-il déclaré.
« Parmi ceux qui dénoncent les agissements manifestement inacceptables des colons extrémistes figurent des responsables politiques de premier plan au sein du gouvernement israélien, ainsi que des membres influents de la communauté juive britannique. Mais une divergence apparaît, en Israël comme dans ce pays, sur l’étendue de la responsabilité à attribuer à ces actes extrémistes et sur la réponse à y apporter. »
« Il est erroné de prôner le silence, l’inaction ou ‘la carotte’, autrement dit une politique d’apaisement, face au mouvement des résidents d’implantations et à ceux qui le soutiennent. Leur stratégie repose sur l’idée qu’on cherchera à les ménager ou qu’on les ignorera, et que les Juifs bien intentionnés du monde entier fermeront les yeux sur leurs actes illégaux et criminels », a-t-il écrit.
Dans une déclaration citée par The Guardian, la femme rabbin Alexandra Wright, de la Liberal Jewish Synagogue de Londres et vice-présidente de l’association British Friends of Rabbis for Human Rights, a indiqué s’être récemment rendue à Umm al-Khair et soutenir les sanctions.
« Ces sanctions témoignent de l’engagement du Royaume-Uni en faveur d’une solution à deux États. La communauté juive britannique est attachée à un État juif fondé non pas sur l’oppression et la violence, mais, selon les termes de la Déclaration d’indépendance d’Israël, ‘sur la liberté, la justice et la paix conformément à la vision des prophètes d’Israël’ », a-t-elle déclaré.
Wright a insisté sur la nécessité d’agir, estimant que « l’occupation et l’escalade de la violence nuisent tant aux Palestiniens qu’aux Israéliens ».
Le rabbin Lev Taylor, de la Kingston Liberal Synagogue à Londres, a déclaré que « le gouvernement allait dans la bonne direction » dans sa lutte contre la violence des résidents d’implantations, dans une déclaration citée par The Guardian.
« Certains de mes fidèles israéliens militent en faveur de sanctions exactement comme celles-ci… Le judaïsme auquel je crois rejette cette occupation brutale », a-t-il déclaré. Il a également cité le député Gilad Kariv, du parti Les Démocrates, qui a imputé les sanctions à la politique du gouvernement.
Le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, a pour sa part estimé que ces mesures « ne relevaient guère que du signal politique ».
Il a estimé qu’il s’agissait « véritablement d’un jour sombre pour les Juifs britanniques », prédisant que ces mesures « ne feront que renforcer l’extrémisme même qu’elles visent à combattre ».
Ces derniers mois, la Cisjordanie a été le théâtre d’incidents quasi quotidiens de violence et de harcèlement de la part de résidents d’implantations. Les arrestations restent rares et les détracteurs du gouvernement l’accusent de tolérer, voire d’encourager ces attaques.
En réponse aux sanctions, Israël a informé le consulat britannique à Jérusalem-Est, accrédité auprès de l’Autorité palestinienne (AP), qu’il devait fermer ses portes et que les diplomates qui y sont affectés perdraient leur accréditation dans un délai de 30 jours, ont indiqué mercredi à Reuters un responsable israélien et deux sources proches du dossier.
Les représentants britanniques affectés à une mission de coordination sur Gaza dirigée par les États-Unis en Israël, ainsi que les diplomates britanniques basés à Ramallah, doivent quitter le pays dans un délai de sept jours, ont précisé les deux sources.
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.
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