Comment un soldat amputé s’est battu pour être réincorporé dans Tsahal
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Comment un soldat amputé s’est battu pour être réincorporé dans Tsahal

Izzy Ezagui, né en Floride, gravement blessé à Gaza en 2008, n’a pas laissé la perte de son bras gauche l’empêcher de retourner au combat

Izzy Ezagui, au centre, et ses compagnons de réserve en 2014 (Crédit : autorisation Izzy Ezagui)
Izzy Ezagui, au centre, et ses compagnons de réserve en 2014 (Crédit : autorisation Izzy Ezagui)

JERUSALEM (JTA) – La partie la plus dure était de charger le fusil d’assaut.

Ce n’est pas parce qu’il était débutant, ou non habitué au fonctionnement d’un fusil Tavor. Non, le premier sergent Izzy Ezagui a perdu un bras au combat.

Il a dépassé des obstacles bureaucratiques qui semblaient insurmontables et a été posté sur une base du Néguev. Et son prochain défi a commencé : il a dû prouver qu’il pouvait toujours combattre.

Ezagui est le seul soldat combattant amputé à servir comme officier de réserve de l’armée israélienne. Pour lui, retourner à l’armée signifie se prouver à lui-même que sa vie pouvait rester la même – même avec un seul bras.

« C’est une chose étrange d’envoyer un gars avec un seul bras au combat, a-t-il dit à JTA. J’étais tellement excité de revenir et d’effacer les dommages qui ont été faits. »

Aujourd’hui, sept ans après sa blessure, Ezagui voyage dans tous les Etats-Unis, défendant la position morale d’Israël et donnant des discours de motivation sur comment surmonter une blessure.

Mais l’élément le plus compliqué de sa convalescence n’était pas physique. C’était convaincre l’armée de laisser un soldat avec un seul bras retourner faire la guerre.

« Quand je me suis réveillé, tout était compliqué, a expliqué Ezagui. Que ce soit par la force ou l’innovation, il y avait toujours une solution qui m’attendait. J’ai imaginé que cela s’appliquerait aussi bien au combat. »

Ezagui, maintenant 27 ans, a grandi dans une communauté Habad dans le centre de la Floride. Il a emménagé en Israël avec sa famille en 2007 et a été incorporé dans l’armée israélienne en 2008. Il était posté sur la frontière sud, ce mois de décembre, sur le point de prendre part à l’invasion de la bande de Gaza par Israël, quand un obus de mortier l’a touché, l’assommant et arrachant son bras gauche (il était gaucher).

Izzy Ezagui. (Crédit : autorisation Izzy Ezagui)
Izzy Ezagui. (Crédit : autorisation Izzy Ezagui)

Peu de temps après son arrivée au centre médical Soroka de Beer-Sheva, Ezagui a dit qu’il voulait combattre à nouveau dans l’armée. Ezagui est un sioniste et ressent le devoir de servir. Mais il a dit que sa motivation principale pour retournée à l’armée était le désir de retrouver son ancienne vie autant que possible.

« Je me suis senti entier quand je suis revenu, a-t-il expliqué. Je ne me suis pas senti retenu par ce qui était arrivé, mais je prenais pour acquis que je ne combattrais pas à nouveau. »

Les officiels de l’armée israélienne aussi étaient certains qu’Ezagui ne pourrait jamais être réincorporé. Après sa blessure, une série d’officiers est venue lui rendre visite à l’hôpital. Il a demandé à chacun d’entre eux de l’aider à revêtir l’uniforme, mais ils ont tous dit que ce serait impossible.

Puis il a rencontré le commandant général (de réserve) Yoav Galant, alors directeur du commandement du sud pour l’armée israélienne. Galant a pris au sérieux les aspirations d’Ezagui, et a fait avancer sa demande dans la bureaucratie militaire. Il a aussi accueilli Ezagui chez lui, l’invitant pour un seder de Pessah au printemps suivant sa blessure.

« Ne pas juste revenir dans l’armée, mais revenir dans l’armée en tant que soldat combattant serait illogique, a déclaré Galant, qui est maintenant ministre du Logement d’Israël. Mais il était déterminé, avec beaucoup de volonté. »

Le ministre du Logement et le député Koulanou Yoav Galant (Crédit : Capture d'écran Ynet)
Le ministre du Logement et le député Koulanou Yoav Galant (Crédit : Capture d’écran Ynet)

Environ un an après sa blessure, en décembre 2009, l’armée israélienne a accepté de réintégrer Ezagui à une condition : qu’il réussisse tous les tests que les soldats combattants passent pendant leur entraînement. Les soldats ordinaires ont huit mois pour réussir ces tests, Ezagui en a eu un.

« J’ai fait en sorte d’être confiant dans le fait que ça marcherait, et je suis assez certain que j’ai berné tout le monde, a-t-il dit. Je me suis probablement berné moi-même aussi. »

Ezagui a dû accomplir des tâches allant de grimper à une corde à jeter une grenade. Il a vécu sur une base militaire pendant son entrainement, et grimpait une corde devant la cafétéria avant chaque repas. Pour dégoupiller sa grenade avec une seule main, Ezagui a enroulé du scotch autour de la goupille de sécurité et l’a arraché avec ses dents.

Puis est venu le chargement du fusil. C’est un geste que les soldats apprennent pendant leur entraînement de base – et avec deux mains, ce n’est pas si dur. Tenir le fusil, mettre le chargeur dedans, le mettre en place.

Mais sans une main pour stabiliser le fusil, le chargeur ressortait aussitôt qu’il était dedans. Encore et encore, il a essayé de charger le Tavor avec une seule main, il a tenté l’exercice tant de fois qu’à un moment il a du reposer son bras restant dans une écharpe.

Après une semaine d’échec, Ezagui a réalisé qu’il n’y avait qu’un seul moyen de réussir cette tâche : appuyer le fusil sur le sol, se préparer et presser le moignon de son bras gauche amputé dans l’arme, pour le maintenir en place.

Cela a fait mal, la douleur fantôme l’a touchée comme si le bord irrégulier du fusil lui coupait le moignon. Il a lutté pour parer à l’évanouissement. Mais après quelques secondes, un shoot d’adrénaline a parcouru son corps. Avec cette énergie supplémentaire, Ezagui a chargé le fusil, l’a posé sur son épaule et a atteint sa cible.

« Si je continuais d’appuyer, la noirceur se dissipait, et j’étais boosté avec l’adrénaline, a expliqué Ezagui. Je tirais mieux à cause de la blessure. Je voyais plus clairement la cible. Le temps ralentissait. Ce qui était un défaut est devenu une arme potentielle pour moi. »

Ezagui a réussi tous les tests sans un accroc. Il a servi jusqu’en décembre 2011, passant la plupart de son temps à Hébron.

Quand il a été rappelé pour son devoir de réserve en 2012 pour la prochaine série de combats dans Gaza, il s’est retrouvé à nouveau posté à la frontière. Les troupes n’ont finalement pas envahi Gaza, mais les conditions ont ramené Ezagui à sa blessure de 2008.

« Nous étions allongés sur le ciment dans des sacs de couchage, prêts à y aller dès que l’on nous le dirait, a-t-il dit. J’entendais les ronflements de tous les réservistes, et je pensais juste ‘merde, il y a tellement de choses que je n’ai pas faites dans ma vie, et je ne serais peut-être pas capable de les faire’. »

Après son service, Ezagui a voyagé en Thaïlande, où il a travaillé dans un bar. Il a commencé à donner des discours aux Etats-Unis en 2012. Il vit maintenant à Brooklyn, New York, et écrit ses mémoires.

Ezagui revient toujours en Israël pour son devoir de réserve chaque année – quelque chose que la plupart des vétérans masculins israéliens font jusqu’à 40 ou 45 ans – complétant les exercices et traînant les pieds dans la boue avec le reste de son unité.

« Cela fait partie de qui je suis aujourd’hui, a-t-il ajouté. J’ai fait tellement, c’était une telle lutte pour revenir. Cela aurait été du gâchis de ne pas continuer. »

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