Comment un survivant d’Auschwitz a combattu pour survivre à l’antisémitisme à Skokie
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Comment un survivant d’Auschwitz a combattu pour survivre à l’antisémitisme à Skokie

Dans un documentaire, un fils explore les épreuves de son père et la lutte de sa communauté contre les néo-nazis

Un survivant de l'Holocauste Jack Adler (à gauche) avec son fils, Eli, à Auschwitz, où Jack était détenu pendant la Seconde Guerre mondiale (Crédit : Monise Neumann)
Un survivant de l'Holocauste Jack Adler (à gauche) avec son fils, Eli, à Auschwitz, où Jack était détenu pendant la Seconde Guerre mondiale (Crédit : Monise Neumann)

En 1945, depuis une forêt allemande, Jack Adler, 16 ans et complètement gelé, regardait d’innombrables compatriotes détenus à Dachau s’effondrer et mourir pendant l’infâme mois de « mars de la mort ».

Tandis que les troupes américaines s’approchaient, mettant fin à la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont forcé leurs prisonniers en pyjama rayé à marcher pendant des jours, sans nourriture, sans eau ou sans un abri, et ont tiré sur tous ceux qui sortaient de la ligne.

Adler, 87 ans, qui a perdu ses parents, trois frères et sœurs et la plupart de sa famille élargie pendant l’Holocauste, reste déterminé à aider à mettre fin à l’intolérance et à la bigoterie en racontant à la fois son calvaire et sa survie miraculeuse aussi longtemps qu’il sera capable de la faire.

La morale de son histoire, comme Adler le dit simplement, est : « je vis sur une règle d’or ».

« Peu importe votre religion, votre origine ethnique ou votre race, nous faisons tous partie de la même race – la race humaine », a expliqué Adler au Times of Israel. « Chaque vie est précieuse. Peu importe votre religion, votre origine ethnique ou votre couleur. Respectons ces vies. Aidons-nous les uns des autres, pas à nous haïr les uns les autres ».

Jack Adler (à droite) emmène son fils dans sa maison d'enfance à Pabianice en Pologne (Crédit : Michal Stainiak)
Jack Adler (à droite) emmène son fils dans sa maison d’enfance à Pabianice en Pologne (Crédit : Michal Stainiak)

Après la guerre, Adler, originaire de Pabianice en Pologne, a immigré aux États-Unis en 1946 à l’âge de 17 ans où il a passé des décennies à travailler dans l’immobilier et, avec le ministère de la Justice, à analyser la criminalité en col blanc de la fraude bancaire et dans l’immobilier à travers le pays.

Depuis qu’il est à la retraite, Adler a partagé son histoire avec plus d’1,5 million de personnes, y compris dans des bases militaires et dans les universités, les lycées et collèges. Il a également raconté ses déboires à Auschwitz et à Dachau à des adolescents participant à la marche de la vie en Pologne. Il prévoit d’y participer à nouveau ce printemps, peut-être, dit-il, pour la dernière fois.

Mais cela n’empêchera pas Adler de témoigner. Il partage maintenant son histoire encore plus largement, jusqu’à toucher les téléspectateurs en étant la star du documentaire ‘Surviving Skokie’.

« Je parle au nom de ceux dont les voix ont été réduites au silence et ils voudraient que le monde sache ce que la haine incontrôlée peut faire et a fait », a expliqué Adler, qui éprouve toujours profondément le poids émotionnel lorsqu’il révèle son expérience.

« C’est toujours difficile mais je surmonte la difficulté en me disant qu’il est très important de faire ce que je fais, sermonner les jeunes et les vieux. Espérons que nous allons l’empêcher », a-t-il admis.

« Je dis aux étudiants, ‘certains d’entre vous sont nos futurs dirigeants, il est donc important que vous ne tolériez aucun type de racisme ou de sectarisme’ ».

Jack Adler lors d'une marche de la vie à Dachau (Crédit : Autorisation)
Jack Adler lors d’une marche de la vie à Dachau (Crédit : Autorisation)

Le nouveau documentaire explore les tensions qui se sont installées lorsque les néo-nazis ont cherché à défiler à la fin des années 1970 à Skokie dans l’Illinois, où Adler a vécu.

Il décrit aussi le récit de survie en temps de guerre d’Adler, les pertes dévastatrices de ses frères et sœurs et ses parents, et l’exploration de son fils unique de l’histoire de son père. Alors que la grande population de réfugiés de Skokie se sont réunis pour affronter les semeurs de haine il y a des décennies, certains d’entre eux, y compris Adler, ont révélé leurs cicatrices à leurs familles pour la première fois.

Le documentaire a été co-produit et filmé, en partie, par le fils de Jack, Eli Adler, un cinéaste accompli, qui a été mis au courant du passé sombre de son père pendant les bouleversements à Skokie. Parmi de nombreux autres projets, le jeune Adler a tourné des images archivées à la Fondation pour la Shoah de Steven Spielberg.

Depuis sa première à l’automne dernier dans le nord de la Californie, « Surviving Skokie », est devenue un film populaire sur le circuit des festivals. Au Mill Valley Film Festival – un festival de plus en plus important – il a gagné le prix tant convoité, l’Audience Favorite Gold Award dans la « Vallée des Docs ».

Alors que le film continue à parcourir le pays, il sera diffusé pour la première fois dans la région de Chicago plus tard ce mois-ci. Jack Adler et l’équipe de cinéma étaient présents au Festival du film juif de Chicago.

« Choisir le Musée de l’Holocauste de l’Illinois et le Centre de formation à Skokie pour la première du documentaire ‘Surviving Skokie’ dans la région de Chicago était extrêmement important pour moi », a expliqué Eli Adler, qui a co-produit et co-dirigé le film avec Blair Gershkow.

« Les événements des années 1970 à Skokie ont été le catalyseur pour la création du musée et la création d’un lien plus profond avec mon père ».

Alors que le tournage avançait, le projet a mené l’équipe sur un terrain inattendu.

« ‘Surviving Skokie’ est un récit à plusieurs niveaux complexes englobant les grands événements historiques qui s’étend sur trois générations », a expliqué Gershkow. « Il était très difficile de relier ces éléments disparates en une histoire cohérente, mais extrêmement personnelle. Le voyage de Jack et Eli en Pologne les a placés dans un tourbillon émotionnel et a eu un effet symbiotique sur leur relation. Cela les a changé tous les deux et le film est un témoignage détaillé de leurs transformations ».

Jack Adler explique comment les autres détenus à Auschwitz l’ont aidé à faire face aux menaces quotidiennes. « Même dans le camp, quand nous vivions au jour le jour, ne sachant pas ce que demain allait nous apporter, quelques-unes des personnes âgées qui étaient avec moi avaient un sens de l’humour qui a déteint sur moi », s’est-il remémoré. « Nous avions des surnoms pour certains des gardes. Je ne pense pas que vous vouliez les entendre ».

Mais avec un peu d’insistance, Adler fléchit. Ils avaient surnommé le garde en surpoids le chazer, porc en yiddish. Ils ont appelé la garde maigre, « musselman », un terme souvent utilisé pour désigner les détenus décharnés.

Même avec sa bonne humeur, Adler reste conscient de la menace de la haine.

« Le peuple juif a été victime d’intimidation depuis environ 2 000 ans », a-t-il estimé.

« Et les intimidateurs les plus dangereux sont ceux qui ont des disciples, des suiveurs religieux ou politiques parce que les disciples ne distinguent pas la vérité ou la fiction. Ils suivent aveuglément ce qu’on leur dit ».

Il ajoute : « l’humanité continuera à se détruire jusqu’à ce que nous embrassions et vivions en respectant totalement la règle d’or ».

Jack Adler et son fils Eli qui se tiennent devant une affiche de film pour leur documentaire « Surviving  Skokie » (Crédit : Autorisation)
Jack Adler et son fils Eli qui se tiennent devant une affiche de film pour leur documentaire « Surviving Skokie » (Crédit : Autorisation)
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