Comprendre la circulation des infox : Le CSA passe Facebook et Twitter au crible
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Comprendre la circulation des infox : Le CSA passe Facebook et Twitter au crible

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel s'est intéressé à ces plateformes dans le cadre de ses nouvelles missions liées à la lutte contre la manipulation de l'information

Le logo de l'Observatoire de la haine en ligne, placé sous l'égide du CSA.
Le logo de l'Observatoire de la haine en ligne, placé sous l'égide du CSA.

Qui est exposé à la publicité politique sur Facebook ? Comment les fausses informations se propagent sur Twitter ? Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’est intéressé à ces plateformes avec deux études menées dans le cadre de ses nouvelles missions liées à la lutte contre la manipulation de l’information.

Pour le CSA, qui travaille aussi avec des chercheurs, il s’agit de mieux comprendre les mécanismes de viralité des informations sur les réseaux sociaux.

Parue mercredi, l’étude sur Twitter France s’appuie sur des données issues de la programmation d’application (API) et sur l’outil Decodex du Monde, qui évalue la fiabilité des sources d’information.

Une information y est considérée comme fausse « si elle a été désignée comme telle par des journalistes spécialisés dans la vérification de l’information ».

Premier constat, sur Twitter, si la majorité des comptes d’information fiables ont beaucoup plus d’abonnés que les moins fiables, ces derniers ont des abonnés beaucoup plus actifs. « Et donc une capacité à propager et viraliser les fausses informations plus importante », indique à l’AFP Christophe Cousin, directeur des études, des affaires économiques et de la prospective du CSA.

« On note une proximité entre les abonnés des comptes non fiables, notamment complotistes, et ceux des comptes qui diffusent des infox. Ils forment un réseau dense qui contribue à la viralité des fausses informations », poursuit-il.

Plus large que le complotisme

Si bien que le travail des fact-checkeurs n’est jamais aussi viral que la fausse info qu’ils détricotent : « les ‘vraies’ informations ne chassent pas les fausses ». Pour autant, « il y a un sens à contrer les fausses informations, un enjeu sociétal et démocratique qui justifie le fact-checking », estime Christophe Cousin.

L’étude, qui s’appuie sur des données collectées avant janvier 2020, se penche aussi sur les thématiques les plus véhiculées par les fausses informations : les termes liés à la délinquance, l’immigration, Israël et la Palestine, la pédophilie, l’islam ou encore la franc-maçonnerie sont surreprésentés.

« Le spectre de l’infox est beaucoup plus large que le complotisme », abonde Christophe Cousin.

Autre constat : « 80 % des abonnés à des comptes non fiables suivent aussi des comptes fiables, ce qui n’est pas si surprenant car ils sont sans doute intéressés par l’actualité. Ce qui est notable, c’est que ça n’empêche pas ces utilisateurs de relayer des fausses informations », souligne un autre responsable de l’étude, Sébastien Lécou, chef du département concurrence et prospective au CSA.

Ce dernier s’est également penché sur les contenus « sociaux, électoraux et politiques » sponsorisés sur Facebook, dans une étude diffusée en fin de semaine dernière.

« Notre objectif était de comprendre le ciblage publicitaire politique. Cette étude n’a pas mis en évidence une place particulière des annonceurs politiques du point de vue des investissements. Pour autant, en nombre de vues, les publicités politiques ont bien une certaine importance sur le réseau social », souligne-t-il.

Femmes et jeunes ciblées

Ces publicités ont ainsi été affichées « plus d’un milliard de fois par les utilisateurs de la plateforme, qui sont plus de 39 millions en France », souligne cette étude qui s’appuie sur une base d’annonces de Facebook mises en ligne à partir de 2019.

Cette analyse montre que les messages publicitaires touchent plus fréquemment les femmes que les hommes, ainsi que les jeunes adultes (18 à 34 ans).

Elle se penche aussi sur les contenus sponsorisés liés au Covid (entre janvier et mars 2020) et constate qu’“un investissement particulièrement large semble provenir de sources chinoises pour faire la promotion de l’action du gouvernement chinois en matière de lutte contre le coronavirus”.

« On a vu plusieurs messages relayés par des médias rattachés à des gouvernements étrangers qui ont depuis été supprimés par Facebook. Ces messages restent très minoritaires et ne se traduisent pas par des dépenses importantes de la part de leur annonceurs », nuance toutefois Sébastien Lécou.

Le CSA compte publier d’autres études de ce type. « Mais ce ne sera pas nécessairement avec Twitter et Facebook car nous avons une approche agnostique. Notre but, c’est d’observer pour mieux réguler ensuite », indique Christophe Cousin.

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