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Conférence multiconfessionnelle au Liban: Appel à la reprise des contacts avec Israël

Les orateurs de la conférence organisée par le chef religieux des Chrétiens maronites privilégient la neutralité à une alliance étroite avec l’Iran

Une table ronde lors de la Conférence du Comité international des résolutions des Nations Unies pour le Liban à Harissa, au Liban, le 23 avril 2022. (Crédit : Autorisation)
Une table ronde lors de la Conférence du Comité international des résolutions des Nations Unies pour le Liban à Harissa, au Liban, le 23 avril 2022. (Crédit : Autorisation)

À l’occasion d’une conférence multiconfessionnelle au Liban la semaine passée, soutenue par le patriarche chrétien maronite, les orateurs ont plaidé en faveur d’une politique étrangère libanaise neutre, abordant même le sujet tabou de la normalisation avec Israël.

La conférence, intitulée « À la reconquête de la neutralité au Liban », s’est tenue samedi dans la ville de Harissa, dans le centre du Liban, sous les auspices du patriarche maronite Bechara Al-Rai. Le représentant du haut dignitaire religieux, à l’instar d’autres participants, a invité le Liban à quitter l’axe régional dominé par l’Iran et adopter une politique étrangère plus neutre, selon eux essentielle à l’expression de l’identité libanaise.

« Ce qu’il nous faut maintenant, ce n’est pas introduire l’idée de neutralité dans le système libanais, mais restaurer la neutralité que les Libanais ont perdue en raison d’affiliations étrangères toujours plus fortes », a déclaré Samir Mazloum, représentant du patriarche lors de la réunion.

Bien que le Liban compte d’importantes communautés musulmanes et chrétiennes sunnites, la politique du pays est largement sous l’influence de l’Iran à majorité chiite. Le Hezbollah, groupe terroriste musulman chiite favorable à la destruction d’Israël, domine la politique libanaise.

« Nous sommes aujourd’hui partie prenante des guerres des autres, alors que nous souhaitons la paix. Nous sommes devenus un foyer pour les prédicateurs de haine, alors que nous aspirons à propager l’amour », a déclaré Toni Nissi, orateur chrétien qui a ouvert la conférence.

Les politiciens chrétiens maronites, comme le président Michel Aoun, ont maintenu des alliances avec le Hezbollah. Le patriarche maronite Al-Rai a, en revanche, eu une attitude différente ces dernières années, critiquant l’implication du groupe terroriste dans la guerre civile syrienne.

Après que le Hezbollah a lancé des missiles sur Israël depuis le sud du Liban l’an dernier, immédiatement suivi de frappes aériennes israéliennes, Al-Rai avait exigé que les Forces armées libanaises reprennent le contrôle de l’armée dans le sud pour empêcher d’autres tirs de missiles.

Le cardinal Bechara Rai, patriarche maronite libanais, arrive pour le dîner du Conseil des patriarches orientaux à l’Église latine, à Amman, en Jordanie, le vendredi 23 mai 2014. (Crédit : AP/Mohammad Hannon)

« Pas pour le bien d’Israël, pour celui du Liban », avait souligné Al-Rai lors d’un sermon à l’époque, selon les médias d’État libanais.

Le sujet le plus tabou abordé lors de la conférence est celui des lois strictes qui sanctionnent la quasi-totalité des contacts avec les Israéliens, présentés comme des actes de « normalisation » passibles de peines de prison et de travaux forcés. La définition de ce qui constitue la normalisation est extrêmement vague. Il est interdit aux Libanais d’avoir le moindre contact avec des Israéliens, Arabes israéliens compris.

La journaliste Kinda al-Khatib, critique envers le Hezbollah, a été condamnée à trois ans de travaux forcés en 2020 pour des contacts présumés avec des Israéliens sur Twitter, bien qu’elle ait ensuite été relaxée en appel.

« L’interdiction des contacts humains avec nos voisins, quelles que soient leur foi et leur croyance, nous a-t-elle permis de soutenir véritablement le peuple palestinien dans son aspiration légitime à un État, ou a-t-elle contribué à rétablir la paix quelque part ? », a demandé Sirouj Apikian, avocat et militant libanais.

Yousef Salameh, ex-ministre du gouvernement libanais, a relevé que les récents accords de paix entre Israël et ses voisins arabes incluaient l’État juif dans l’architecture de sécurité de la région. Salameh a déclaré qu’Israël « faisait effectivement partie d’une alliance plus grande d’États arabes ».

Apikian a précisé qu’il ne plaidait pas en faveur de la normalisation
« dans le sens de relation de gouvernement à gouvernement », une position manifestement impopulaire au Liban, dont l’histoire avec Israël est douloureuse et complexe.

Lors de la première guerre du Liban, Israël avait envahi le Liban dans le but d’en déloger les terroristes qui opéraient depuis l’intérieur du pays. Entre 1985 et 2000, Israël a occupé une partie du sud du Liban, perdue comme une « ceinture de sécurité » entre civils israéliens et groupes armés basés au Liban.

Illustration : Un système de défense aérienne du « Dôme de Fer » près de la frontière israélienne avec le Liban, le 18 février 2022. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Dans des déclarations préenregistrées diffusées le jour de l’événement, plusieurs responsables américains, actuels et passés, ont salué l’intention de la conférence de promouvoir une politique étrangère plus neutre. Ils ont assuré les participants de leur soutien.

« Je veux que vous ne doutiez pas que vous pouvez compter sur moi et mon soutien dans cette entreprise pour conduire le Liban sur le meilleur chemin, pour aider la population et les générations futures », a déclaré le membre du Congrès Mike Waltz, représentant Républicain de Floride. « Merci beaucoup et, s’il vous plaît, faites appel à moi à tout moment. »

John Kuri, éminent scénariste et membre de la diaspora libanaise, a également salué l’événement dans une déclaration vidéo diffusée au public. « Ceux d’entre vous qui se sont rassemblés aujourd’hui… montrent la voie. Vous avez ouvert la voie en vous opposant à la tyrannie du terrorisme, de la corruption et du chaos. Vous êtes une source d’inspiration pour un nouveau chemin vers la paix, le développement et l’engagement humain », s’est réjoui Kuri.

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