Conflit Israël-Hamas : Biden pris par surprise, sans envoyé en Israël
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Conflit Israël-Hamas : Biden pris par surprise, sans envoyé en Israël

Washington doit encore nommer un nouvel ambassadeur et d'autres postes essentiels n'ont pas été pourvus ; les événements précipitent pourtant le travail diplomatique sur le terrain

Le président Joe Biden s'exprime dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche, à Washington, le 13 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)
Le président Joe Biden s'exprime dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche, à Washington, le 13 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

Les combats entre Israël et les chefs terroristes du Hamas, à Gaza, suite aux affrontements violents sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, et dans un contexte d’affrontements ethniques meurtriers entre Juifs et Arabes dans les localités mixtes de tout le pays ont pris par surprise les États-Unis – qui n’ont pas d’ambassadeur au sein de l’État juif et avec une vacance dans de nombreux rôles déterminants au niveau du Moyen-Orient.

Quatre mois après le début de son mandat, le président américain Joe Biden n’a pas encore annoncé le nom de son nouvel ambassadeur en Israël. Même si une décision était prise à ce sujet, le futur envoyé devrait encore suivre un processus d’audience au Sénat susceptible de prendre des semaines, voire des mois.

En comparaison, l’ancien président Donald Trump avait annoncé la nomination de David Friedman à la fonction d’envoyé en Israël avant sa propre investiture, au mois de janvier 2017.

Un certain nombre de rôles clés en lien avec le Moyen-Orient restent également vacants. Au département d’État, le poste de vice-secrétaire d’État aux affaires du Proche-Orient n’a pas été pourvu. L’ancien occupant de la fonction sous l’administration Trump, David Schenker, a mené les négociations en cours entre Israël et le Liban dans le cadre de la querelle opposant les pays sur la question des frontières maritimes, et sur les droits concernant les champs gaziers potentiellement lucratifs. Il a été aussi au centre de la prise en charge, par l’administration Trump, des investissements chinois dans les infrastructures israéliennes et il a travaillé sur les restrictions que les Américains avaient cherché à imposer dans ce dossier.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, au centre, parle avec le chargé d’affaires de l’ambassade américaine à Bagdad, Joey Hood, à gauche, à Bagdad, le 7 mai 2019. (Crédit : Mandel Ngan/Pool Photo via AP)

Le plus haut diplomate américain au sein de l’État juif est le chargé d’affaires Jonathan Schreier, et il a la responsabilité de l’ambassade américaine à Jérusalem, dont les contacts diplomatiques établis entre les États-Unis et Israël.

Depuis l’investiture de Biden, Joey Hoof est devenu vice-secrétaire par intérim du Bureau des affaires du Proche-Orient. La semaine dernière, Hood devait organiser un point-presse par visioconférence. Toutefois, mardi, à l’issue d’une journée de tensions dans la région, ce point-presse a été annulé par le département d’État.

Hady Amr (Département d’État américain)

Le vice-secrétaire d’État aux Affaires israélo-palestiniennes, Hady Amr, a été envoyé précipitamment en Israël, la semaine dernière, et il s’est entretenu dimanche avec les responsables de l’État juif.

L’administration Biden n’a pas non plus choisi un envoyé spécial dans la région, ou un consul-général à Jérusalem-Est. Le poste de consul-général dans la partie orientale de la ville avait été supprimé quand Trump avait dissous le bureau et transféré toutes ses activités à l’ambassade de Jérusalem. Réinstituer un consul nécessite une procédure au sein même du département d’État ainsi qu’une coordination proche avec le gouvernement israélien : Un consulat à Jérusalem-Est – qui tient le rôle d’ambassade pour les Palestiniens – ne pourra pas se réinstaller sans services de sécurité, une décision qui dépend de la coopération du gouvernement israélien.

Des discussions au sommet

Et pourtant, les leaders échangent entre eux. Biden s’est entretenu à quatre reprises avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu depuis son entrée dans le Bureau ovale.

La première conversation a eu lieu un mois après son investiture, dans le sillage de critiques exprimées dans les médias, en Israël et aux États-Unis, qui déploraient l’absence de communication entre les deux hommes. Biden s’est manifesté une deuxième fois après la mort de 45 personnes au sein de l’État juif pendant une fête religieuse sur le mont Meron, le mois dernier. Biden a alors présenté ses condoléances.

Mais ils se sont entretenus à deux occasions, au cours des quatre derniers jours, pour évoquer l’escalade des violences à Gaza – mercredi et samedi. Les ministres israéliens des Affaires étrangères et de la Défense sont également en lien avec leurs homologues à Washington.

Le Conseiller américain à la Sécurité nationale, Jack Sullivan, aurait réprimandé, la semaine dernière, le Conseiller israélien à la sécurité nationale, Meir Ben Shabbat – et mardi, après des heures d’attaques massives à la roquette et un lourd bombardement de Gaza, Sullivan a rappelé Ben Shabbat une fois encore. La question de la médiation assurée par les Égyptiens entre les deux parties a été évoquée dans la dernière discussion.

D’anciens diplomates israéliens ont expliqué au Times of Israel que l’administration américaine était déjà très avancée dans son choix d’un ambassadeur, mais que l’absence factuelle d’un envoyé avait actuellement un effet négatif.

Danny Danon, ex-ambassadeur israélien aux Nations unies, a déclaré : « Il est important pour les deux parties qu’un nouvel ambassadeur arrive bientôt ici, en particulier compte-tenu de la situation sensible et des discussions sur le nucléaire [avec l’Iran]. Je pense qu’un ambassadeur permanent correspond à l’officiel le plus important. La Maison Blanche a bien des contacts avec le conseiller national à la sécurité Meir Ben Shabbat, mais ce n’est pas la même chose ».

Danny Dayan, qui a servi au poste de consul israélien à New York au mois d’août 2020, a souligné qu’après deux ambassadeurs qui s’étaient montrés très engagés – Dan Shapiro de David Friedman – « l’absence d’un ambassadeur américain est, au sens propre du terme, remarquable ».

Et pourtant, Dayan a noté que Biden devait encore désigner un grand nombre d’envoyés dans le monde.

Danny Dayan (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce n’est pas une discrimination à l’encontre d’Israël. Seulement une poignée d’ambassadeurs ont été nommés jusqu’à présent », a-t-il continué, notant que la communication via les ambassadeurs n’est pas le seul moyen de mener un travail diplomatique.

« Ils n’ont pas le même rôle exclusif que dans le passé », a-t-il continué. « Toutefois, l’absence d’ambassadeur, ici, doit assurément avoir eu un effet : la présence d’un envoyé en Israël est vitale pour les deux pays ».

Danny Carmon, ancien vice-ambassadeur aux Nations unies, ancien attaché à l’ambassade israélienne à Washington et ex-envoyé en Inde, a indiqué que laisser une mission sans représentant officiel est moins notable que cela a pu être le cas dans le passé.

« Dans le passé, dans le monde diplomatique, c’était considéré comme un mauvais signe mais aujourd’hui, avec toutes les technologies et tous les moyens de discussions directes dont disposent les chefs des Conseils de la sécurité nationale pour échanger avec leurs homologues, c’est moins important », a expliqué Carmon.

Et cela fonctionne dans les deux deux sens, a-t-il ajouté, faisant remarquer les attitudes des envoyés israéliens vis-à-vis des États-Unis.

L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis Gilad Erdan (deuxième à partir de la gauche) au pont Edmund Pettus à Selma, Alabama, en compagnie de dirigeants de la communauté afro-américaine, le 22 février 2021. (Ambassade d’Israël à Washington)

« Dans l’ancien monde diplomatique, le fait qu’Israël ait dorénavant une seule personnalité, l’ambassadeur Gilad Erdan, dans deux rôles – il est à la fois envoyé aux Nations unies et à Washington – aurait pu être considéré comme irrespectueux. Mais nous avons pu constater que cette double nomination a été facilement acceptée là-bas, pour autant qu’on le sache. »

Thomas Nides, vice-secrétaire d’État, témoigne devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, sur le Capitole, à Washington, le 20 décembre 2012. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Le retard dans la nomination d’un envoyé américain pourrait aussi refléter les priorités en termes de politique étrangère de Biden, a continué Dayan, au mois jusqu’à l’éclatement des violences, la semaine dernière.

« A l’exception du portefeuille de l’Iran, le Moyen-Orient n’est pas une priorité de la politique étrangère de l’administration – contrairement à l’Est asiatique et à la Chine en particulier, et également aux relations avec la Russie. Restaurer les liens avec l’Europe et l’Amérique latine, c’est aujourd’hui plus important que la question du Moyen-Orient. »

Mark Dubowitz, directeur-général de la Fondation pour la défense des démocraties, un think-tank non-partisan, déclare qu’en général, Biden a tardé à nommer des ambassadeurs et des envoyés – mais que cela pourrait être un mauvais signal pour Israël.

« Si cela reflète ses priorités en politique étrangère, les Israéliens comprendront qu’ils devront prendre leurs propres décisions face aux ennemis tels que l’Iran », a-t-il commenté. « Avec une administration de plus en plus invisible, il n’y aura que peu de raison de se plaindre, quand il y aura lieu de le faire. C’est avec l’Iran qu’il y aura le plus grand affrontement. Et sans un ambassadeur comme Dan Shapiro – proche du président, qui connaît tous les principaux acteurs israéliens, qui connaît la société et la politique israéliennes – qui tienne la barre pour gérer les relations, les choses pourraient rapidement à nouveau mal tourner ».

Qui sera le prochain ambassadeur ?

L’ancien responsable du département d’État américain, Thomas Nides, a émergé comme l’un des favoris au poste d’ambassadeur même si aucune annonce officielle n’a encore été faite. Nides est un homme qui avait fait carrière dans le secteur bancaire et son choix apporterait à la fois son expérience acquise auprès du gouvernement, et son expérience dans le secteur privé. Il est directeur et vice-président de Morgan Stanley et il a travaillé dans de multiples institutions financières, notamment au Crédit suisse et au sein de Burson-Marsteller. Il a été vice-secrétaire d’État à l’administration et aux ressources au sein de l’administration de Barack Obama, de 20211 à 2013, et il a occupé des postes gouvernementaux variés.

Le représentant Démocrate de Floride Robert Wexler et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent en Israël en juillet 2009. (Bureau de presse du gouvernement via JTA)

Un autre nom, murmuré par trois Démocrates juifs de la Chambre des représentants, est celui de l’ancien représentant de Floride, le Démocrate Robert Wexler. Les Démocrates pro-israéliens de la Chambre notent que l’homme entretient une relation étroite avec Israël et qu’il comprend parfaitement les sensibilités du pays et de la communauté juive des États-Unis. De plus, Wexler connaît bien les acteurs arabes de la région et notamment les acteurs Palestiniens.

Wexler a quitté le Congrès, en 2010, pour prendre la tête du Centre pour la paix au Moyen-Orient, un groupe qui œuvre en coulisses à promouvoir la solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien et qui est financé par Daniel Abraham, magnat de SlimFast.

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