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Confusion après l’annonce par l’Iran de l’arrestation de diplomates

Cette cacophonie coïncide avec les tensions persistantes entre l'Iran et les puissances mondiales à propos des efforts visant à relancer un accord de 2015

Le drapeau national de l'Iran à l'ambassade de la république islamique à Londres, au mois de février 2014. (Crédit :AP Photo/ Alastair Grant/ File)
Le drapeau national de l'Iran à l'ambassade de la république islamique à Londres, au mois de février 2014. (Crédit :AP Photo/ Alastair Grant/ File)

L’annonce mercredi par les médias iraniens de l’arrestation à une date non précisée de diplomates étrangers soulève des questions après que des pays concernés ont nié que leurs ressortissants soient actuellement détenus en Iran.

Jeudi, la Pologne a confirmé qu’un de ses scientifiques était en détention en Iran depuis septembre, mais l’Autriche et la Grande-Bretagne ont affirmé qu’aucun de leurs diplomates n’y étaient détenus pour le moment.

Ces développements coïncident avec les tensions persistantes entre l’Iran et les puissances mondiales à propos des efforts visant à relancer un accord de 2015 restreignant le programme nucléaire iranien et l’annonce de détentions ces dernières semaines de ressortissants occidentaux dans le pays.

Mercredi, la télévision d’Etat et l’agence de presse Fars iraniennes ont fait état de l’arrestation de trois diplomates par les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran, sous l’accusation d’espionnage.

Mais elles ne fournissent aucune date pour ces arrestations.

Parmi les diplomates mentionnés, la télévision cite Giles Whitaker, l’adjoint à l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Téhéran.

Mais selon l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Téhéran Simon Shercliff, M. Whitaker a quitté l’Iran en décembre 2021.

« Les informations sur la détention du numéro deux de l’ambassade sont très intéressantes », a dit avec ironie l’ambassadeur de Grande-Bretagne sur Twitter. « Il a en fait quitté l’Iran en décembre à la fin de sa mission. »

Avant lui, le ministère des Affaires étrangères à Londres a rejeté comme « complètement fausses » les informations sur « la détention actuelle » d’un de ses diplomates en Iran.

Le vice-ambassadeur de l’ambassade du Royaume-Uni en Iran, Giles Whitaker. (Autorisation)

« Photos, échantillons »

Selon l’agence Fars, le diplomate britannique a été « expulsé du pays » après son arrestation.

La télévision a diffusé une vidéo non datée montrant un homme présenté comme Giles Whitaker qui selon elle a été arrêté alors qu’il prenait « des photos dans une zone interdite où se déroulait un exercice militaire », dans le désert de Shahdad dans la province de Kerman (sud-est).

« Les diplomates d’ambassades étrangères arrêtés espionnaient en Iran », a affirmé Fars.

La télévision d’Etat a en outre montré des images d’un autre homme arrêté, présenté comme « Maciej Walczak, chef du département de microbiologie de l’Université Nicolas-Copernic » dans le centre de la Pologne. « Cette université est liée au régime sioniste », a-t-elle dit en allusion à Israël.

Selon Marcin Czyzniewski, porte-parole de l’Université Nicolas-Copernic à Torun, « il s’agit d’une vieille affaire ». Maciej Walczak, un chercheur biologiste polonais, a été arrêté en Iran « en septembre », a-t-il dit.

D’après la télévision d’Etat iranienne, il « s’est rendu dans la région désertique de Shahdad en tant que touriste au moment où se déroulaient des tests de missiles. Il y a prélevé des échantillons de roche ».

Une image publiée le 7 juillet 2022 par les médias iraniens montrant des « suspects visitant des zones restreintes » dans le désert du centre de l’Iran, le 7 juillet 2022. (Capture d’écran)

« Zone militaire »

La télévision a fait « également état de l’arrestation d’un autre homme présenté comme « Ronald Geschirr, l’époux de la conseillère culturelle de l’ambassade d’Autriche ». Il est accusé d’avoir notamment « filmé une zone militaire à Téhéran ».

A Vienne, le ministère des Affaires étrangères a assuré à l’AFP que « tous les employés et leurs familles à Téhéran vont bien et personne n’a été arrêté ».

Selon des experts, la principale question qui se pose est celle de la date d’arrestation, qui ne semble pas avoir eu lieu récemment.

Plus d’une douzaine d’Occidentaux, majoritairement binationaux, sont détenus en Iran qui est soupçonné de vouloir les monnayer en échange de concessions de l’Occident.

En mars dernier, deux Irano-Britanniques Nazanin Zaghari-Ratcliffe et Anoosheh Ashoori, condamnés à la prison pour des accusations qu’ils ont toujours niées, ont été libérés.

Nazanin Zaghari-Ratcliffe (à gauche) et Anoosheh Ashoori, qui ont été libérés d’Iran, font un geste après avoir atterri à Brize Norton, en Angleterre, le 17 mars 2022. (Crédit : Leon Neal/Pool/AFP)

« En parallèle » de cette libération, Londres avait annoncé avoir soldé avec Téhéran une vieille dette de 394 millions de livres (470 millions d’euros), sans établir de lien entre les deux affaires.

Des négociations avaient été lancées il y plus d’un an entre Téhéran et les Occidentaux pour tenter de relancer l’accord international de 2015, avec à la clé pour l’Iran une levée des sanctions. Ces discussions sont bloquées depuis mars.

Le retrait des Etats-Unis de l’accord de 2015 et le rétablissement des sanctions américaines ont incité l’Iran à revenir sur ses propres engagements.

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