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Constat d’échec du gouvernement pour Saar qui espère la stabilité dans la transition

Evoquant les propos d'Abraham Lincoln sur le fait de gouverner en position de faiblesse, le ministre de la Justice a parlé des "graves conséquences" des votes manqués

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le ministre de la Justice et le chef du parti Tikva Hadasha Gideon Saar lors d'un débat à la Knesset, le 6 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre de la Justice et le chef du parti Tikva Hadasha Gideon Saar lors d'un débat à la Knesset, le 6 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de la Justice Gideon Saar a dénoncé les dysfonctionnements du gouvernement et appelé à la stabilité, jeudi, après la série d’échecs parlementaires subis par une coalition déjà affaiblie et proche du chaos.

Il a averti que l’effondrement de la coalition entraînerait de « graves conséquences », évoquant le vote, contre leurs alliés politiques, de députés de la coalition et l’échec de la coalition à faire voter des lois importantes, cette semaine.

Le plus cuisant de ces échecs concerne sans nul doute le texte de loi prorogeant l’application de la loi israélienne aux Israéliens de Cisjordanie.

Saar a porté avec conviction cette loi, qui assure l’application du droit pénal et de certains droits civils aux résidents d’implantations. Avant qu’elle ne soit soumise au vote, il avait déclaré que son vote était crucial pour la survie du gouvernement. Deux députés de la coalition ont voté contre le projet de loi, plusieurs autres n’ont pas pris part au vote, ce qui a débouché sur une défaite (58 votes contre-52 pour).

Saar a déclaré jeudi, lors d’une cérémonie d’assermentation des juges de la Cour suprême à la résidence du président, que l’incapacité à voter la prorogation marquait « l’échec du gouvernement à remplir ses engagements fondamentaux ».

« Au-delà des différends politiques, nos organes directeurs, tous, devraient et doivent renforcer l’état de droit », a-t-il déclaré, ajoutant que la loi sur les résidents de Cisjordanie était prorogée sans problèmes depuis 55 ans. Avant le vote, il avait averti que l’échec du projet de loi serait synonyme de « chaos » en Cisjordanie.

« Le travail législatif implique toujours des intérêts différents, et notamment politiques », a déclaré Saar, chef du parti de droite Tikva Hadasha, membre de la coalition.

« Mais le fait de fouler aux pieds avec tant de brutalité l’intérêt général au nom des intérêts politiques emporte de graves conséquences, qui vont bien bien au-delà de la non-adoption de cette loi », a-t-il précisé.

Discussion parlementaire avant un vote pour augmenter le salaire minimum, à la Knesset à Jérusalem, le 8 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a ajouté que les dissensions au sein de la coalition étaient imputables à des « revirements de la part de certains membres ».

« J’espère qu’une solution sera bientôt trouvée », a-t-il déclaré.

Il a cité un discours prononcé en 1864 par le président américain Abraham Lincoln, qui promettait de soutenir le gouvernement pendant une période difficile, même dans l’éventualité d’une défaite aux élections suivantes.

« Je lutte pour maintenir le gouvernement, pas pour le renverser. Je lutte surtout pour empêcher les autres de le renverser », a lu Saar, citant Lincoln. « Je ferai de mon mieux pour que celui qui doit tenir la barre pour le prochain voyage commence avec les meilleures chances de sauver le navire. »

Il est probable que le choix de cette citation renvoie à la [situation israélienne] et à la possibilité que la coalition disparaisse.

Le ministre de la Justice s’est exprimé à l’occasion de la nomination de quatre nouveaux juges de la Cour suprême, élus en février, parmi lesquels la première musulmane d’Israël et la première femme Mizrahi. Saar s’est réjoui de la diversité de la Cour, dans son allocution de bienvenue.

Il a déclaré mardi, après l’échec du projet de loi sur les implantations, qu’il le soumettrait à nouveau au vote, mais a reconnu que le gouvernement pourrait être sur la fin.

Le Premier ministre Naftali Bennett pendant une discussion et un vote sur le salaire minimum à la Knesset de Jérusalem, le 8 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Entre 2019 et 2021, Israël a connu une série d’élections éprouvantes et infructueuses, compliquées par une instabilité politique paralysante, avant que le gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett ne prenne le pouvoir, l’an dernier.

Des sondages récents montrent que le bloc de droite et religieux du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu gagne du terrain auprès des électeurs, sur le point de réunir une majorité à la Knesset. En revanche, il est impossible de savoir quel gouvernement serait aux commandes si les élections avaient lieu aujourd’hui.

Mercredi, des projets de loi visant à relever le salaire minimum ont par ailleurs été adoptés en première lecture à la Knesset, malgré l’opposition du gouvernement.

Ces derniers jours ont été marqués par des luttes intestines au sein de la coalition : les députés des partis Meretz et Raam ont ainsi voté contre la ligne du gouvernement. Ajoutant au chaos, des rumeurs ont circulé sur de possibles défections au sein de la coalition, et les députés membres du gouvernement se sont mutuellement accusés.

Nir Orbach de Yamina a attaqué, lundi, Mazen Ghanaim de Raam à la Knesset pour ne pas avoir respecté la ligne du gouvernement, et des députés de la coalition de gauche ont accusé, mercredi, Saar d’avoir forgé une sorte d’« alibi » en vue de l’effondrement du gouvernement, en tentant un passage en force sur un projet de loi condamné d’avance.

Ces revers parlementaires ont renforcé le bloc de droite et religieux de l’opposition, à la manœuvre pour orchestrer le retour de Netanyahu au pouvoir, soit par le biais d’une transition compliquée, soit en faisant tomber le gouvernement et en appelant à la tenue de nouvelles élections.

Le député Nir Orbach assiste à une réunion du comité des arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des rumeurs ont également circulé selon lesquelles Orbach, membre du parti de droite de Bennett, était en pourparlers pour rejoindre le Likud de Netanyahu. Orbach a nié catégoriquement.

Si Orbach quittait le navire, le gouvernement ne disposerait que de 59 sièges sur les 120 membres de la Knesset, ce qui le placerait en minorité, même si tous les députés de l’opposition ne sont pas parfaitement alignés. Idit Silman de Yamina a abandonné la coalition en avril, l’acculant à une parité de 60-60 avec l’opposition, prélude à la crise actuelle.

Le site d’information Walla a rapporté jeudi qu’Orbach avait déclaré à la députée n°2 de Yamina, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, qu’il veillerait à se coordonner avec elle. La Douzième chaîne a pour sa part évoqué une réunion, tenue de nuit entre Orbach et Shaked, et déclaré que Bennett avait rencontré les collègues d’Orbach, tous deux pressant le député de demeurer au sein de la coalition.

Certaines sources d’information croient savoir qu’Orbach souhaitait que Shaked abandonne le gouvernement dans son sillage.

Haaretz a indiqué jeudi qu’Orbach aurait annoncé aux responsables de Yamina être en pourparlers pour rejoindre le Likud, afin que ce ne soit pas une surprise pour ses ses collègues du parti. Silman n’avait informé personne au sein de son parti – ni Bennett ni d’autres membres de Yamina – avant son départ.

La Douzième chaîne indique que Silman aurait menacé de divulguer des documents préjudiciables à Orbach s’il faisait pression pour l’évincer de Yamina par une procédure de la commission de la Chambre des représentants de la Knesset, qu’il préside.

Orbach est considéré par certains comme un maillon faible de la coalition, très susceptible de faire défection depuis que Silman a lancé un ultimatum sur son maintien dans la coalition, lié à son soutien aux implantations de Cisjordanie. Le bloc d’opposition de droite et religieux de Netanyahu est à l’affût de possible transfuges des partis de droite de la coalition, dont il est idéologiquement proche.

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