Contrairement aux États-Unis, le Hamas ne reconnaîtra jamais une Jérusalem juive
Rechercher
Opinion

Contrairement aux États-Unis, le Hamas ne reconnaîtra jamais une Jérusalem juive

Inauguration de l'ambassade des Etats-Unis : un après-midi festif et sanglant en 6 points

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

CNN montre l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem sur un écran partagé avec des scènes de violence à la frontière de Gaza, le 14 mai 2018 (Capture d'écran).
CNN montre l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem sur un écran partagé avec des scènes de violence à la frontière de Gaza, le 14 mai 2018 (Capture d'écran).

Les États-Unis ont officiellement inauguré leur ambassade à Jérusalem lundi – le point culminant concrétisé de la reconnaissance par le président Donald Trump de la ville en tant que capitale d’Israël.

Simultanément, le Hamas a intensifié ses émeutes à la frontière entre Israël et Gaza – la manifestation violente de son opposition au fait même de l’existence d’Israël.

Voici six éléments d’un après-midi historique, sanglant et tumultueux.

1. Aucun consensus américain apparent

Du point de vue israélien, cette inauguration festive de l’ambassade lundi était un événement relativement multi-partisan et politiquement consensuel.

Non seulement le président Reuven Rivlin et le Premier ministre Benjamin Netanyahu ont pris la parole lors de la cérémonie, mais le dirigeant centriste Yair Lapid de Yesh Atid a chaleureusement salué la relocalisation, et le chef de l’opposition, Isaac Herzog, du parti travailliste, étaient présents.

Du point de vue américain, en revanche, il n’y avait pas de quasi-consensus comparable.

Naturellement, les débats ont été dominés par les membres de l’administration Trump, sous la présidence de l’ambassadeur David Friedman. Le président Trump – l’homme qui a rompu avec ses prédécesseurs et ordonné le déménagement de l’ambassade de Tel-Aviv – a envoyé un message vidéo, son gendre Jared Kushner a parlé, son secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a dévoilé la plaque, et sa fille Ivanka a été la première à lui souhaiter la bienvenue dans la nouvelle enceinte.

Mais alors que les dignitaires américains comprenaient de nombreux parlementaires et sympathisants républicains, aucun parlementaire démocrate de premier plan n’était présent. L’ambassadeur de l’ancien président Barack Obama en Israël, Dan Shapiro, qui est resté en Israël avec sa famille jusqu’à la fin de l’année scolaire après la fin de son mandat en janvier, commentait les nouvelles sur la chaîne de télévision Hadashot. Bien qu’il ait été invité à l’événement pré-inauguration du dimanche soir au ministère des Affaires étrangères, il n’a pas été invité à la cérémonie principale.

Dan Shapiro, ancien ambassadeur américain, lors d’un évènement organisé par le Times of Israël, à Jérusalem, le 2 juillet 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Lors des interviews de lundi, Shapiro a souligné son soutien au déménagement de l’ambassade, mais il a dit qu’il aurait préféré que celui-ci se déroule dans le cadre d’un effort visant à faire avancer les négociations sur une solution à deux états.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi les démocrates s’étaient tenus à l’écart de l’événement, il a répondu qu’ils s’inquiétaient eux aussi de l’absence de priorité stratégique accordée à une solution à deux états.

Le député de Liste arabe unie Masud Ganaim face à la police israélienne devant la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem alors que la cérémonie d’inauguration du bâtiment a eu lieu le 14 mai 2018. (Liste commune/courtoisie)

A l’extérieur du nouveau complexe de l’ambassade, tout ce qui est israélien n’est pas vraiment consensuel, il faut le noter. Une manifestation des opposants israéliens à ce déménagement, avec la présence de plusieurs membres arabes de la Knesset, qui avait été autorisée par la police, a dégénéré lorsque certains manifestants ont brandi des drapeaux palestiniens et, selon Hadashot, ont crié des slogans pour la libération de la Palestine et des Allah ouakbar (dieu est grand en arabe). À ce moment-là, la police est intervenue pour disperser le rassemblement.

2. Partage d’écran : la « victoire » du Hamas

Depuis des semaines, les dirigeants terroristes du Hamas à Gaza font tout leur possible pour encourager la population de la bande de Gaza – hommes, femmes et enfants – à marcher sur la frontière.

Lundi, lors de la plus grande manifestation de ce type, le Hamas a mobilisé environ 50 000 personnes. Selon ses chiffres, une cinquantaine de Gazaouis ont été tués lors des affrontements violents qui ont suivi ; Tsahal a déclaré qu’au moins 24 des morts avaient été identifiées comme membres du Hamas lundi soir. Cyniquement, un tel bilan est considéré par le mouvement terroriste islamiste comme une sorte de victoire, puisqu’il concentre l’attention médiatique mondiale sur les Palestiniens.

L’objectif principal du Hamas, comme ses dirigeants l’ont dit à plusieurs reprises aux Gazaouis ces dernières semaines, est de « libérer toute la Palestine » – et donc de détruire Israël. Récemment, ils ont diffusé une vidéo en hébreu montrant de jeunes enfants de Gaza jurant qu’ils retourneraient dans leur patrie.

Le Hamas est en train de perdre ses tunnels d’attaque – des passages terroristes souterrains vers Israël que Tsahal parvient progressivement à localiser. Le système de défense Dôme de fer détruit généralement ses roquettes. D’où la nouvelle tactique – manifestations de masse, comme couverture pour des attaques violentes à la frontière, et comme diversion de la misère que sa domination impose à Gaza.

Vendredi, les dirigeants du Hamas auraient encouragé les habitants de Gaza à détruire leurs propres conduites d’approvisionnement en carburant et autres infrastructures au principal point d’entrée de l’aide humanitaire de Kerem Shalom, ce qui aggraverait les souffrances de la population.

Des Palestiniens crient des slogans lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël, à l’est de la ville de Gaza, le 14 mai 2018. (MAHMUD HAMS/AFP)

Lundi, le Hamas a tenté, comme il le fait depuis des semaines, de franchir la frontière et d’entrer en Israël, ce qui est une étape symbolique vers cet objectif de « libération ». Son espoir, selon des sources palestiniennes citées dans les médias israéliens, était de franchir la barrière au moment où les États-Unis déclaraient officiellement ouverte leur nouvelle ambassade.

En effet, entre 15h30 et 16h00, alors que les cérémonies à Jérusalem étaient sur le point de commencer, les correspondants militaires israéliens ont fait état de plusieurs tentatives d’attaques le long de la frontière.

Un reportage de Hadashot montrant l’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem à gauche et de violentes manifestations à Gaza à droite, le 14 mai 2018. (Capture d’écran : Hadashot news)

De nombreuses chaînes de télévision – dont Al-Jazeera, les diffuseurs régionaux arabes, la télévision israélienne, la BBC, CNN et SKY – ont partagé leurs écrans durant une partie de la cérémonie de l’ambassade, montrant les discours d’un côté et les affrontements à la frontière de Gaza de l’autre. Comme l’a noté Alon Ben-David de la Dixième chaîne, le « partage d’écran » a constitué une sorte de victoire pour le Hamas.

Lorsque la nuit a commencé à tomber, le Hamas n’avait pas réussi à franchir la frontière. Ceci, a précisé Tsahal, malgré l’envoi de 12 cellules séparées pour essayer de passer au travers à différents endroits. Et l’armée israélienne, qui a déclaré avoir été confrontée à des tentatives de placer des explosifs à la frontière et de tirer sur les soldats, a commencé à cibler les bases d’entraînement du Hamas et d’autres installations du Hamas, dans le but de dissuader d’autres attaques.

Evidemment inébranlable, le Hamas a annoncé que les manifestations de lundi, et d’autres prévues pour mardi – le jour de la Nakba, quand les Palestiniens pleurent ce qu’ils appellent la « catastrophe » qui leur est arrivée avec la renaissance de la souveraineté juive en 1948 – ne marqueraient pas la fin de sa campagne.

3. Raison pour laquelle les tireurs palestiniens restent en retrait

Peu de temps avant l’inauguration de l’ambassade, et alors que la violence s’intensifiait à la frontière de Gaza, l’agence de sécurité israélienne Shin Bet a publié des détails sur les informations qu’elle avait obtenues des terroristes du Hamas arrêtés qui, selon elle, ont fait la lumière sur les tactiques frontalières du Hamas.

Selon ces informations, le Hamas a dit à ses hommes armés de ne pas s’aventurer trop près de la frontière, où ils peuvent être identifiés et pris pour cible par les soldats israéliens ; le premier vendredi de manifestations en mars, le Hamas a confirmé que cinq de ses membres avaient été tués, et l’armée israélienne en a identifié plusieurs autres. Depuis lors, le Hamas a cessé de faire état de tels décès.

Les victimes des violences du 30 mars sur la frontière entre Israël et Gaza identifiées par Israël comme des membres des groupes terroristes (Crédit : armée israélienne)

Au lieu de cela, selon les informations du Shin Bet, le Hamas encourage les civils de Gaza à s’approcher de la clôture et garde ses forces armées prêtes à passer la frontière pour entrer en Israël si l’occasion se présente.

Le Shin Bet a également déclaré que l’Iran a octroyé des fonds pour la campagne à la frontière de Gaza, qui a été initialement présentée, et de manière risible, par certains de ses organisateurs, comme pacifique.

4. Les yeux rivés sur la Cisjordanie

Le Hamas a également tenté de promouvoir la violence en Cisjordanie. En cela, il a bénéficié du soutien de son rival/partenaire, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Hadashot a déclaré que l’AP encourageait les manifestations de lundi, notamment en retransmettant en direct à la télévision les affrontements à la frontière de Gaza.

Lundi, il y a eu une recrudescence de la violence en Cisjordanie. Au point de passage de Qalandiya, au nord de Jérusalem, des centaines de personnes ont marché et jeté des pierres sur les soldats israéliens, qui ont répondu par des tirs réels, des gaz lacrymogènes et des pastilles d’acier recouvertes de caoutchouc. Des affrontements ont également été signalés au sud de Jérusalem, près de Bethléem et à Hébron.

Un serveur palestinien regarde un manifestant palestinien tenant son drapeau national dans la ville de Hébron, en Cisjordanie, lors d’affrontements entre manifestants et forces de sécurité israéliennes à la suite d’une manifestation contre le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, le 14 mai 2018. (HAZEM BADER/AFP)

Ces manifestations n’étaient pas de l’intensité que souhaitait le Hamas. Mais il essaiera encore. L’Autorité palestinienne d’Abbas jouera un rôle clé pour influencer le déroulement des événements.

Lundi, le personnel de sécurité de l’Autorité palestinienne s’est fait remarquer par son absence dans certains points chauds. Son ancien négociateur en chef Saeb Erekat, quant à lui, condamnait la décision de l’ambassade américaine comme étant hostile, illégale et, selon un reportage de la télévision israélienne, l’équivalent de l’établissement d’un avant-poste illégal en territoire palestinien.

Jared Kushner, gendre et conseiller principal du président américain Donald Trump, prend la parole lors de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem le 14 mai 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les discours du président Trump et de Kushner insistant sur le fait que les États-Unis cherchent à négocier un traité de paix viable, et soulignant le statu quo à Jérusalem comme une indication que Jérusalem n’est pas entièrement hors de la table pour les Palestiniens, sont résolument tombés dans l’oreille d’un sourd.

5. Journées de gloire pour Netanyahu

L’inauguration de l’ambassade était un événement américain, mais le Premier ministre Benjamin Netanyahu en a été un élément central – saluant le courage de Trump qui a pris la décision, déclarant que « nous sommes ici à Jérusalem, et nous sommes ici pour y rester ».

Ce sont des jours de gloire pour le Premier ministre israélien, surtout en raison de son alliance avec Trump. Les Américains ont reconnu Jérusalem. Des alliés dans l’UE ont empêché une dénonciation européenne du transfert de l’ambassade. Un petit nombre d’autres pays déplacent leurs délégations vers la capitale. Plus de 30 pays ont envoyé des représentants à l’événement du ministère des Affaires étrangères ce dimanche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adresse au public lors de l’inauguration du nouveau bâtiment de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, le 14 mai 2018 (Capture d’écran : Hadashot).

Dans le même temps, l’Iran est sous pression – ses secrets sur les armes nucléaires révélés de manière irréfutable par le raid extraordinaire du Mossad sur ses archives de Téhéran. Trump a quitté l’accord de 2015 avec l’Iran. Israël a fait reculer l’infrastructure militaire de l’Iran en Syrie. L’Arabie saoudite semble un peu plus disposée à l’égard d’Israël. Netanyahu discute avec les ambassadeurs du Golfe. Les opposants tels que Yesh Atid et le Parti travailliste sont tout simplement marginalisés. Personne ne parle des accusations de corruption contre lui. Il est en hausse dans les sondages.

Cependant, il n’y a pas grand-chose de définitif dans cette partie du monde.

L’Iran est un ennemi patient et pernicieux. Il n’a pas abandonné son objectif nucléaire. Il dispose d’un outil militaire lourdement armé en la personne du Hezbollah, avec d’immenses moyens en missiles et une expérience de combat en Syrie.

Le Hamas est pervers, cynique et ingénieux. La Cisjordanie est tout à fait imprévisible ; Abbas, 82 ans, est à bout de souffle et, aussi insupportable qu’il soit devenu, tout successeur sera encore moins confortable pour Israël.

6. Conclusion

Il n’y a pas grand-chose de définitif dans cette partie du monde. Mais le lien indéfectible entre les Juifs et Jérusalem, souligné dans le transfert de l’ambassade lundi et la résistance des Palestiniens, l’est assez.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...