Coronavirus : Marine Le Pen à rebours de l’union nationale
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Coronavirus : Marine Le Pen à rebours de l’union nationale

On nous ment sur "absolument tout", a estimé la présidente du RN, fustigeant une "stratégie du gouvernement" qui consiste "à cacher le niveau de faiblesse de l'État

Marine Le Pen (Crédit : AFP)
Marine Le Pen (Crédit : AFP)

Rejetant toute idée d’union nationale, Marine Le Pen attaque frontalement le gouvernement sur sa gestion de la crise du coronavirus en l’accusant de « mensonges » répétés, qui ont selon elle alimenté la « méfiance » des Français.

On nous ment sur « absolument tout, sans aucune exception », a estimé lundi la présidente du Rassemblement national (RN) sur France Info, fustigeant une « stratégie du gouvernement » qui consiste « à cacher le niveau de faiblesse de l’État, de nos stocks, d’impréparation de notre pays, plutôt que de dire la vérité ».

Dans une interview à Valeurs actuelles la semaine dernière, elle accusait déjà le gouvernement d’être « le plus gros pourvoyeur de fake news depuis le début de cette crise ».

« Tout cela a créé une situation de méfiance de la part de la population à l’égard de ses dirigeants », affirme Mme Le Pen, pour qui « l’unité nationale ne peut pas se faire autour du mensonge ».

Une défiance à tous crins qui contraste avec les critiques plus mesurées des autres partis, qui cherchent à équilibrer vigilance et exigence de concorde face à la pandémie responsable de plus de 2 600 morts en France.

Mais le FN (devenu RN) a toujours été « dans la critique vindicative du système », explique Sylvain Crépon, sociologue spécialiste du RN. Il va « rendre le système responsable de cette crise, et donc il ne peut pas s’associer à cette concorde nationale », ajoute-t-il, en rappelant que pendant la première Guerre du golfe, le FN était le seul parti à s’opposer à la coalition alliée qui allait libérer le Koweït.

Avec ses propos très critiques, Mme Le Pen veut « expliquer à son électorat non seulement que le gouvernement est en faute, mais aussi qu’il nous précipite, c’est l’un des moteurs de la stratégie frontiste, vers le désastre », ajoute le politologue spécialiste du RN Jean-Yves Camus.

« Bon sens »

Car Mme Le Pen fait aussi le procès en incompétence du gouvernement: « la stratégie choisie n’est pas la bonne », a-t-elle affirmé la semaine dernière au Figaro, en fustigeant « un incroyable retard à l’allumage ».

Elle appuie sur le manque de masques, qui cristallise les craintes dans les professions au contact du public, en estimant qu’il aurait fallu en livrer « à tous ceux qui en avaient urgemment besoin ». Plus généralement, cette crise du coronavirus doit selon elle pousser à « redécouvrir que ‘ceux qui ne sont rien’, comme le disait le président de la République, en réalité sont tout ».

Une victime du virus Covid-19 est évacuée de l’hôpital civil de Mulhouse, dans l’est de la France, le lundi 23 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Jean-Francois Badias)

Et la finaliste de la présidentielle de 2017, qui a d’ores et déjà annoncé sa candidature en 2022, l’affirme: « mon rôle comme responsable politique de premier plan c’est de dire la vérité aux Français ».

La question de la transparence est sensible alors que, selon une étude de l’Ifop, 40% des sympathisants du RN pensent que le coronavirus a été fabriqué « intentionnellement » en laboratoire (et 15% « accidentellement »), 29% pensant qu’il est « apparu de manière naturelle ».

« Le taux de croyance dans une possible thèse complotiste chez les sympathisants du RN est anormalement élevé. C’est quelque chose que Marine Le Pen ne peut pas ignorer », souligne M. Camus.

Tout en disant ses doutes sur le résultat du sondage, Mme Le Pen a jugé qu’il y avait du « bon sens » à s’interroger sur l’origine du virus. « Je n’ai aucune opinion sur ce sujet », a-t-elle affirmé lundi, en assurant qu' »un certain nombre de maladies ont échappé des laboratoires, comme la myxomatose ».

Pour Rudy Reichstadt, l’un des auteurs de l’étude Ifop, cette position revient à faire « le choix de l’ignorance ». C’est « de la mauvaise foi qui se fait passer pour de l’humilité, un déni de réel déguisé en profession de foi socratique (plus trivialement : du foutage de gueule) », a-t-il affirmé sur Twitter.

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