Covid-19 en Israël : la levée des restrictions, un processus long et progressif
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Covid-19 en Israël : la levée des restrictions, un processus long et progressif

Pour les experts, les industries essentielles et la high-tech reprendront d'abord ; des confinements localisés pourront être décrétés ; les écoles ouvriront en dernier

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

L'autoroute d'Ayalon vide à Tel Aviv, le 4 avril 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
L'autoroute d'Ayalon vide à Tel Aviv, le 4 avril 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Des experts de la santé ont estimé que la sortie du confinement – qui, pour le moment et sans certitude, pourrait commencer après Pessah – s’effectuerait très progressivement et que le processus s’étendrait sur plusieurs mois.

Les écoles et les jardins d’enfants, qui sont fermés depuis plus d’un mois, seront probablement parmi les derniers à rouvrir leurs portes.

Le cabinet a approuvé, mardi, une fermeture et un couvre-feu sur le pays au cours des fêtes de Pessah – des mesures qui viennent s’additionner à un confinement partiel qui a forcé de nombreuses entreprises et commerces à baisser le rideau, sauf ceux considérés comme essentiels pour répondre aux besoins de la population du pays.

Les écoles, les parcs, les centres commerciaux, les cinémas ont ainsi, entre autres, été fermés tout le mois dernier.

Toutefois, au cours d’une conférence de presse annonçant les nouvelles mesures, lundi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait allusion au fait que certaines restrictions pourraient être allégées à l’avenir, clamant que si les tendances récentes qui montrent une stabilisation du taux d’infection et du nombre de personnes grièvement touchées par le coronavirus devait s’affirmer, « nous commencerons à sortir petit à petit du confinement après Pessah ».

Aucune date n’a encore été fixée pour la levée des restrictions.

Le ministère de la Santé a annoncé, mardi, qu’il y avait eu 395 nouveaux cas de Covid-19 enregistrés en vingt-quatre heures, continuant une tendance à la baisse dans le nombre de nouveaux malades – même si une partie de cette baisse pourrait être également attribuée à un taux de dépistage plus faible.

En Europe, l’Autriche et le Danemark ont annoncé leur intention de commencer à sortir de leur confinement ce mois-ci tout en avertissant que les restrictions seraient remises en place si la tendance à la baisse dans le nombre de contaminations à la maladie devait s’inverser.

Gabi Barbash, directeur général du centre médical Sourasky à Tel Aviv et l’un des plus éminents experts médicaux du pays, présume que le pays devra probablement sortir du confinement en sept phases distinctes.

Les magasins fermés sur la rue Jaffa, à Jérusalem, le 26 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Initialement – sur plusieurs jours – ce sont les usines qui rouvriront leurs portes à la condition que les employés soient d’abord soumis à un test de dépistage, a indiqué Gabi Barbash. Seuls 50 % des ouvriers auront probablement le droit de reprendre le travail dans un premier temps, les autres revenant par phases, a-t-il dit lundi à la Douzième chaîne.

Ensuite, les entreprises et start-ups de la high-tech seront autorisées à reprendre leurs activités, avec l’espoir qu’elles puissent redynamiser l’économie et contribuer à panser les plaies de cette dernière, a-t-il continué.

Après, ce sont les services nécessaires qui reprendront leurs activités – comptables, avocats, bureaux de service public – dans la mesure où ils pourront maintenir des mesures de distance sociale et d’hygiène.

Capture d’écran de Gabi Barbash, directeur-général de l’hôpital Sourasky de Tel Aviv, le 7 avril 2020 (Douzième chaîne)

La quatrième étape qui, selon Gabi Barbash, réclamera beaucoup de temps, sera marquée par la réouverture des magasins et des restaurants. Il a toutefois averti que les activités de ces établissements pourraient être différentes de ce qu’elles étaient avant la crise, avec des conditions plus strictes de fonctionnement.

Les restaurants devront probablement maintenir des distances entre les clients. Le retour à la normale ne s’effectuera que plus tard pour les centres commerciaux et les magasins, a-t-il estimé.

Cela ne sera qu’à ce moment-là que les écoles et les jardins d’enfants ouvriront leurs portes, a prédit le directeur de l’hôpital Sourasky. Il a expliqué que cela était dû au fait que les établissements scolaires sont des « réservoirs à infection », comme cela a pu être constaté dans tous les pays du monde. De surcroît, les salles de cours israéliennes sont particulièrement surpeuplées, et il est difficile de mettre en place un retour à l’école qui ne serait que partiel, a-t-il indiqué.

Sixième étape, la réouverture des cinémas, des théâtres, des musées et autres centres culturels – probablement seulement après une période prolongée.

La police des frontières israélienne, le visage masqué, lors d’une patrouille dans le centre de Jérusalem, vérifie que la population ne désobéit pas aux ordres du gouvernement sur un confinement partiel dans la crise du coronavirus, le 3 avril 2020 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Et, dernière étape, la reprise du transport aérien. Lundi, un responsable de l’aéroport Ben-Gurion a déclaré aux propriétaires de magasins que l’aéroport reprendrait probablement ses opérations habituelles au mois de juillet seulement et que, même à cette période, il y aurait moins de vols quotidiens qu’avant la crise, selon la Treizième chaîne.

Gabi Barbash a précisé qu’il pensait que ce processus durerait plusieurs mois au moins.

Ses propos ont fait écho à l’évaluation faite par Nadav Davidovitch, chef de la faculté de santé publique à l’université Ben Gurion et qui, parmi d’autres, travaille à un plan qui sera présenté au Conseil de sécurité national.

Nadav Davidovitch a indiqué dimanche à la chaîne Kan que dans la mesure où le taux d’infection se stabilisait en Israël, « nous pouvons réfléchir à une stratégie de sortie ».

Le professeur Nadav Davidovitch. (Crédit : Université Ben-Gurion)

Comme Gabi Barbash, il envisage un retour au travail progressif pour l’économie et révèle que différentes stratégies sont actuellement à l’étude.

Il y a un certain nombre d’équipes d’experts qui travaillent en parallèle pour préparer des stratégies de sortie de crise pour le conseil national, précise-t-il, et il ajoute qu’il est impliqué dans l’une d’elles.

Parmi les options prises en compte, un retour au travail pour quatre jours suivis de dix jours de télétravail. Comme Gabi Barbash, il dit que les écoles ne reprendront pas leurs activités habituelles tout de suite, même s’il est actuellement envisagé de permettre aux lycéens de reprendre les cours de sorte qu’ils puissent passer leurs examens à temps.

Il explique que ces idées ne sont que des suggestions soumises au Conseil national de Sécurité et qu’elles ne représentent pas une stratégie officielle.

Un changement marqué à l’avenir sera qu’Israël ne sera plus considéré comme une seule unité face aux problèmes de santé publique, prédit-il encore, avec des confinements qui s’adapteront aux secteurs spécifiquement touchés par une épidémie.

« Nous pouvons nous attendre à des confinements dans des secteurs particuliers », souligne Nadav Davidovitch.

Les épicentres de maladie seront identifiés de la même manière que l’ont été Bnei Brak, certains quartiers de Jérusalem et d’autres zones lors de la pandémie de coronavirus.

La ville de Bnei Brak, qui présente l’un des taux d’infection les plus élevés du pays, a été déclarée « zone restreinte », et les entrées et les sorties de cette localité ultra-orthodoxe de 200 000 personnes sont contrôlées par la police.

« Bnei Brak est un cas d’étude » pour les confinements futurs de certains secteurs, estime-t-il.

Un ultra-orthodoxe traverse une rue principale déserte à Bnei Brak, le 2 avril 2020 (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

« La division du pays en sous-unités, même au niveau d’un quartier… ce sont des outils qui doivent être mis à notre disposition », indique Nadav Davidovitch.

Le confinement pendant la fête de Pessah va durcir encore les directives d’urgence actuellement en place, alors que les Israéliens ont d’ores et déjà l’interdiction de s’aventurer à plus de 100 mètres de leur domicile, exception faite des déplacements pour aller faire des achats de première nécessité et pour le travail.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une déclaration télévisée depuis sa résidence officielle de Jérusalem sur les restrictions dues au coronavirus qui seront mises en oeuvre à Pessah, le 6 avril 2020 (Capture d’écran : YouTube)

Netanyahu a expliqué lundi que les restrictions en cours pourraient peut-être être allégées – au plus tôt – après la fête de Mimouna, qui marque la fin de Pessah.

« Il y a une possibilité réaliste que si la tendance continue à la baisse, nous commencions à sortir petit à petit du confinement après Pessah et Mimouna », a-t-il laissé entendre. « Tout dépend de vous. Tout dépend de l’engagement que vous montrerez face à ces directives dures… Ne vous laissez pas aller à la complaisance ».

Il a indiqué que lorsque l’allègement des restrictions interviendrait, il s’effectuerait par étapes, et que les plus vulnérables devraient rester à l’isolement bien après ceux qui seraient de prime abord autorisés à sortir.

Il y avait, mardi matin, 60 décès enregistrés des suites du COVID-19, la maladie causée par le coronavirus. Plus de 9 000 personnes sont contaminées, selon les chiffres du ministère, et 153 présentent une forme grave de la maladie.

Certains pays européens prévoient de mettre en place les moyens qui permettraient d’alléger les restrictions sur la population. C’est le cas notamment du Danemark et de l’Autriche.

Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus s’exprime lors d’un point de presse sur le coronavirus au siège de l’OMS à Genève le 9 mars 2020. (Crédit : Fabrice Coffrini / AFP)

Le Danemark a fait savoir mardi que le pays lèverait petit à petit les restrictions imposées dans le pays, en commençant par la réouverture des crèches, des jardins d’enfants et des écoles primaires à partir du 15 avril. L’Autriche avait, de son côté, annoncé la veille que certaines mesures pourraient être assouplies, le chancelier Sebastian Kurz avertissant que tout dépendrait du respect par les citoyens des règles de distanciation sociale.

« L’objectif est qu’à partir du 14 avril… les petits magasins d’une surface allant jusqu’à 400 mètres-carrés ainsi que les jardineries et les quincailleries puissent ouvrir leurs portes sous réserve du respect de conditions de sécurité strictes, cela va de soi », a fait savoir Kurz lors d’une conférence de presse.

Dans l’est de l’Asie, toutefois, certains pays qui avaient revu à la baisse leurs restrictions les ont remises en place suite à une recrudescence de la maladie.

Lundi, le chef des urgences de l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré que les pays cherchant à sortir de leurs stratégies de confinement devaient adopter une « approche équilibrée et progressive », dans lesquelles les restrictions seraient graduellement supprimées.

Le docteur Mark Ryan a indiqué que les confinements mis en place dans de nombreux pays avaient impliqué la fermeture des écoles, des bureaux et l’interdiction des rassemblements, notamment dans les lieux publics et dans les parcs.

« Ce serait probablement une mauvaise idée de lever toutes les restrictions en place d’un seul coup », a estimé le haut responsable, qui a fait remarquer que les pays ne devaient pas se pencher sur une sortie du confinement sans avoir de plan qui permettra de maintenir la propagation du Covid-19 à un niveau maîtrisable.

« Le confinement limite la maladie. Une fois que ce confinement sera levé, il faudra avoir une méthode alternative pour permettre de supprimer l’infection », a-t-il ajouté, expliquant que les pays devaient mettre en place des systèmes de détection des cas, qu’il fallait pouvoir traquer les contacts, mettre en quarantaine les malades présumés et mener des campagnes de dépistage d’ampleur.

« Si les pays se hâtent en levant les restrictions trop rapidement, alors le virus pourra faire sa réapparition, et l’impact économique de la pandémie sera encore plus grave et prolongé », a averti la semaine dernière le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

L’AFP et l’équipe du Times of Israel ont contribué à cet article.

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