Covid : Ce que des experts israéliens disent du variant britannique
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Analyse

Covid : Ce que des experts israéliens disent du variant britannique

La fermeture des écoles permet de freiner la propagation de la souche ultra contagieuse, qui ira des enfants aux adultes, mais rien ne prouve qu'il soit plus dangereux pour eux

Des habitants de Jérusalem portant un masque facial font leurs courses au marché Mahane Yehuda de Jérusalem le 22 novembre 2020, alors qu'Israël sort de la quarantaine relative au coronavirus et revient sur ses restrictions. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Des habitants de Jérusalem portant un masque facial font leurs courses au marché Mahane Yehuda de Jérusalem le 22 novembre 2020, alors qu'Israël sort de la quarantaine relative au coronavirus et revient sur ses restrictions. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Avant même que le gouvernement ne décide de renforcer le confinement national, certains secteurs du pays avaient déjà choisi de fermer les écoles de leur propre chef, craignant la rapide propagation de la mutation du virus.

Si les enfants sont effectivement plus susceptibles de contracter ce variant que le virus d’origine SARS-VoV-2, les médecins insistent sur le fait que rien ne prouve qu’il soit plus dangereux pour eux ou pour quiconque le contracterait.

Ce qui a été appelé le variant britannique a déjà paralysé la vie anglaise et un confinement national a été imposé. Le Premier ministre Boris Johnson a déclaré que cette mesure a été décidée parce que le variant, confirmé le 19 décembre et au taux de contagion estimé à 50 % à 70 % plus transmissible que la Covid dite classique, se propage de façon « frustrante et alarmante ».

En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait déclaré que cette nouvelle souche était à l’origine de la hausse du nombre de cas qui a conduit son gouvernement a déclaré un renforcement du troisième confinement, à fermer les écoles et la majeure partie des commerces.

« La mutation est hors de contrôle, et ici aussi, nous observons une augmentation », a déclaré Netanyahu selon les médias israéliens. « Les hôpitaux avertissent que nous entrons dans la vague la plus dangereuse depuis le début de la pandémie et que si nous n’agissons pas immédiatement, nous perdrons de nombreuses personnes. » Le ministre de la Défense Benny Gantz aurait également tenu le variant pour responsable de ce nouveau confinement.

Une équipe désinfecte une salle de classe au lycée Gymnasia Rehavia à Jérusalem le 3 juin 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Un groupe de travail militaire a confirmé dimanche que la nouvelle souche se propage en Israël, ce qui nécessite des restrictions plus sévères et une interruption totale du système éducatif.

Nachman Ash, chargé de la lutte contre le coronavirus, aurait déclaré au ministère que 30 personnes ayant contracté le variant auraient contaminé 189 personnes.

Nombre d’entre elles sont des enfants, qui semblent attraper et propager davantage la version mutée du virus que la souche originale, selon des chercheurs britanniques.

« Nous savons que le SARS-CoV-2, quand ce virus a émergé, ne contaminait pas autant les enfants que les adultes », a déclaré la virologue Wendy Barclay, professeure au Collège impérial, le mois dernier. Elle a suggéré que le variant pourrait « mettre les enfants sur un pied d’égalité ».

Des enfants dans une maternelle de Tel Aviv, le 10 mai 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni / Flash90)

La plupart des enfants qui contractent le coronavirus sont asymptomatiques ou ne développent que des symptômes légers de la Covid-19. Les médecins estiment que cela est également vrai pour le variant mais les responsables israéliens craignent que les enfants qui le contractent le diffuseront encore plus facilement à la maison, aux adultes non-vaccinés, ce qui pourrait potentiellement aggraver la troisième vague du virus.

« Chez les enfants, le coronavirus ne cause que des maladies mineures, ou passe sans symptômes », affirme la professeure Galia Grisaru-Soen, directrice du département des maladies infectieuses en pédiatrie à l’hôpital Sourasky de Tel Aviv. « Et de ce que nous savons pour le moment, le variant britannique n’est pas plus sévère. »

Rien ne prouve non plus que les effets sont plus graves chez les adultes, dit-elle.

Les autorités sanitaires israéliennes surveillent de près la situation au Royaume-Uni, ou la nouvelle souche se répand depuis des semaines, pour savoir à quoi s’attendre.

Même avec le variant, « l’écrasante majorité des enfants et des jeunes ne présentent que peu ou pas de symptômes », assure le professeur Russell Viner, président de Collège royale de pédiatrie et de santé infantile, selon la BBC.

« Le nouveau variant semble concerner tous les âges et pour le moment, nous n’observons pas de gravité chez les enfants et les jeunes », a-t-il dit.

Johnson a également souligné, en annonçant la fermeture des écoles, que « les enfants restent peu susceptibles d’être affectés par le nouveau variant de Covid. »

« Le problème, c’est que les écoles pourraient servir de vecteur de transmission, qui causerait la propagation du virus entre les foyers », a-t-il dit.

Grisaru Soen estime que la crainte d’une plus grande transmissibilité entre les enfants est une question d’ordre environnementale et non pas biologique : c’est très contagieux pour les adultes comme pour les enfants mais le fait de les entasser dans des salles de classes favorise la contamination.

« Les enfants sont souvent plus regroupés que les adultes, ce qui signifie que lorsque nous parlons d’une souche plus transmissible, elle pourrait bien se répandre bien plus rapidement chez les enfants que la souche classique », a expliqué Grisary-Soen au Times of Israël. « Cela ne veut pas dire que c’est plus contagieux chez les enfants, simplement que c’est plus contagieux de manière générale et que les enfants sont davantage regroupés dans les écoles maternelles et les salles de classes. »

David Greenberg, chef du service de pédiatrie et de l’unité des maladies infectieuses pédiatriques au centre médical universitaire Soroka à Beer Sheva. (Autorisation)

David Greenberg, chef de l’unité de pédiatrie et des maladies infectieuses pédiatriques à la faculté de médecine de Soroka, à Beer Sheva, a exprimé une opinion minoritaire selon laquelle le variant britannique pourrait frapper plus durement les enfants.

« Le fait que c’est plus contagieux indique qu’il est mieux adapté à l’humain », dit-il. « Il pénètre mieux dans le corps, et de la même manière, il peut causer davantage de problèmes. »

Bien qu’aucune recherche spécifique n’étaye ses craintes, il a souligné que la pandémie a été caractérisée par son aspect imprévisible et a appelé les docteurs à se préparer à cette éventualité.

Aucun vaccin n’a été approuvé pour les enfants et une augmentation du nombre de cas grave pourrait rapidement saturer les unités pédiatriques, a-t-il averti.

Il s’est également dit favorable à la fermeture des écoles et des maternelles, affirmant que c’est le seul moyen responsable d’agir au vu de la hausse du nombre de cas et face aux craintes suscitées par le variant britannique.

Des étudiants israéliens à Ashdod, le 29 novembre 2020. (Crédit : Flash90)

Les deux experts, qui se sont entretenus avec le Times of Israël peu avant l’annonce du confinement, divergeaient sur la fermeture du système scolaire.

Cependant, Grisaru-Soen, qui est favorable à l’ouverture du système scolaire, prône certaines précautions. « Je ne dirais pas de fermer les écoles, vraiment pas », dit-elle.

Les lycéens qui préparent leur baccalauréat, devraient être prioritaires pour le vaccin contre le coronavirus, qui n’a été autorisé que pour les plus de 16 ans, tout comme le corps enseignant, a suggéré Grisaru-Soen.

« Pour ce groupe, les études et l’école sont importants pour leur avenir, leur vie, leur santé mentale », dit-elle. « Ils devraient être prioritaires pour le vaccin. »

Les deux experts se sont entretenus avec le Times of Israël peu de temps avant que le gouvernement ne prenne de nouvelles mesures de confinement, dont la fermeture des écoles.

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