COVID : deux experts israéliens donnent des conseils à d’autres pays
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COVID : deux experts israéliens donnent des conseils à d’autres pays

Des épidémiologistes de haut niveau songent à ce que le monde peut apprendre des succès et des échecs d'Israël en matière d'enfants, de frontières, de planification à long terme

Le personnel médical israélien applaudit une équipe acrobatique de Tsahal qui survole l'hôpital Ichilov à Tel-Aviv lors du 72e jour de l'indépendance d'Israël, le 29 avril 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90).
Le personnel médical israélien applaudit une équipe acrobatique de Tsahal qui survole l'hôpital Ichilov à Tel-Aviv lors du 72e jour de l'indépendance d'Israël, le 29 avril 2020 (Crédit : Miriam Alster/Flash90).

Israël a annulé mardi les restrictions imposées à cause du coronavirus aux rassemblements et aboli les règles qui limitaient l’accès de certains lieux ouverts aux seules personnes vaccinées.

Les systèmes dits de « badge violet » et de « passeport vert » ont été supprimés, ce qui signifie que les Israéliens n’ont plus besoin d’une preuve de vaccination ou de guérison pour entrer dans divers sites, et les limites de capacité dans les magasins, les restaurants et d’autres sites ont été levées.

Les rassemblements, à l’intérieur ou à l’extérieur, ne sont plus limités. Les concerts et les festivals, qui ont déjà repris avec des restrictions d’audience, peuvent maintenant revenir aux normes pré-pandémiques.

L’obligation de porter un masque à l’intérieur reste en vigueur, mais les autorités sanitaires ont indiqué qu’elle serait bientôt levée.

« C’est comme l’histoire de Cendrillon, où tout change à minuit », a plaisanté le professeur Nadav Davidovitch, épidémiologiste de renom de l’université Ben Gourion, dans les dernières heures de la réglementation relative au coronavirus.

Le musicien Aviv Geffen se produit à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv pour marquer la fin de la majorité des restrictions liées au virus, le 1er juin 2021 (Crédit : Courtoisie).

« Je suis très fier qu’Israël ait servi de pays modèle », a déclaré M. Davidovitch, souvent critique à l’égard de la politique de santé du gouvernement, mais plein d’éloges pour la campagne de vaccination qui a amené le pays à cet instant.

Lors d’une réunion d’information à l’intention des journalistes, M. Davidovitch et une autre épidémiologiste de haut niveau, Ronit Calderon-Margalit, de l’Université hébraïque de Jérusalem, ont souligné que si Israël est sorti du mode pandémique, la crise du COVID est toujours bien réelle pour une grande partie du monde, et ont présenté cinq leçons clés qui, selon eux, peuvent être tirées de l’expérience de leur pays.

1. Les enfants

Israël a « puni » les enfants comme s’ils étaient des vecteurs d’infection, alors que la situation dans le pays aujourd’hui, prouve qu’ils ne l’ont jamais été, a déclaré Mme Calderon-Margalit.

Il n’y a pratiquement aucun cas de COVID-19 signalé chez les enfants aujourd’hui, même si la vaccination des moins de 16 ans n’a pas encore commencé, et même si les salles de classe sont l’environnement idéal pour la propagation des virus.

« Nous voyons des enfants se rassembler dans des classes bondées, et en Israël, cela signifie un grand nombre de personnes dans un petit espace physique, ce qui constitue un environnement idéal pour la transmission virale », a déclaré Mme Calderon-Margalit.

Une étudiante israélienne, portant un masque de protection alors qu’elle retourne à l’école, après le premier confinement, le 3 mai 2020 à Jérusalem. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Si les jeunes représentaient le risque viral que les autorités ont supposé en imposant de longues fermetures d’écoles; pourtant, malgré la vaccination des adultes, il y aurait maintenant des épidémies majeures chez les jeunes, a-t-elle dit.

Les schémas d’infection lors de l’ouverture des écoles après les fermetures indiquent également que les enfants ne sont pas les principales sources d’infection, a ajouté Mme Calderon-Margalit.

Son groupe de recherche a fourni des études soutenant qu’il existait des preuves que la transmission du virus se faisait principalement des adultes aux enfants et non l’inverse, et demandant fermement la réduction des fermetures du COVID dans les écoles. Ces études ont été ignorées.

« Le tribut payé par les enfants a été totalement disproportionné par rapport au risque qu’ils représentaient », a-t-elle déclaré, qualifiant les longues fermetures d’écoles de « non éthiques. »

Elle a fait valoir : « C’était une énorme injustice envers les enfants. C’est très triste, et je ne suis pas sûre que nous saurons jamais l’étendue des dommages que nous leur avons causés sur le long-terme. »

Leçon pour le monde : Les enfants ne sont pas un gros vecteur de virus, limitez au maximum les fermetures d’écoles.

Des ouvriers désinfectent une salle de classe au lycée Gymnasia Rehavia à Jérusalem, le 3 juin 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

2. Les vaccins

Les vaccins ont transformé Israël et l’ont rapproché de l’immunité collective, même si le pays n’a pas formellement atteint ce statut, selon les deux experts.

« Dans la pratique, il semble bien que nous y soyons arrivés », a déclaré Mme Calderon-Margalit.

Même la responsable de la santé publique du ministère de la Santé, la Dr Sharon Elroy-Preis, n’a pas de réponse définitive quant à savoir si Israël l’a atteint ou non, définissant l’immunité collective comme « une situation où les gens agissent normalement et ne se transmettent pas l’agent pathogène », a-t-elle déclaré à Ynet dimanche.

Elle a ajouté : « Il est vrai que nous avons levé de plus en plus de restrictions et que nous finirons par revenir à la normalité, et sans masques de protection, mais ce n’est qu’à ce moment-là que nous saurons si le virus est vraiment incapable de se transmettre d’une personne à l’autre. »

Un Israélien reçoit une injection du vaccin COVID-19 dans un centre de vaccination Leumit à Tel Aviv, le 8 mars 2021. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Davidovitch commente : « On peut se demander si nous sommes vraiment dans une situation d’immunité collective, mais même si nous n’y sommes pas, nous en sommes probablement très proches. »

Il a ajouté : « Ce n’est pas parce que vous vaccinez une personne de plus que vous avez soudainement une immunité collective. Cela peut être progressif. Je suis très fier qu’Israël ait servi de pays modèle, et nous récoltons aujourd’hui les fruits d’une campagne de vaccination vraiment extraordinaire. »

Leçon d’Israël au monde entier : Les vaccins fonctionnent bien, même dans les pays où les cas de COVID atteignent des pics, comme c’était le cas en Israël.

3. Frontières

Les cas en Israël ont atteint un pic au début de 2021, lorsque la variante britannique extra-contagieuse a balayé le pays, devenant rapidement responsable de presque tous les cas de COVID.

Prof. Ronit Calderon-Margalit (Crédit : avec l’aimable autorisation de l’Université hébraïque)

Elle est arrivée en Israël depuis l’étranger, ce qui, selon Mme Calderon-Margalit, ne se serait pas produit si une quarantaine stricte avait été appliquée à toutes les destinations.

« En n’exigeant pas de tests et d’isolement dans tous les cas, nous avons probablement introduit la variante britannique, qui a provoqué la plus forte vague que nous avons connue, en janvier et février », a-t-elle déclaré.

La recherche a mis en évidence le rôle des supers-contaminateurs qui sont arrivés en Israël depuis l’étranger dans l’apparition des cas de coronavirus.

Une étude menée au début de la pandémie a révélé que les Etats-Unis étaient la principale source du SRAS-CoV-2 en Israël et qu’un petit nombre de « super-propagateur » était responsable de la grande majorité des premières infections.

Mme Calderon-Margalit estime que même si le nombre de cas de COVID-19 en Israël est aujourd’hui faible, les règles actuelles de quarantaine strictes devraient être maintenues pour les personnes arrivant en Israël, étant donné le danger potentiel d’une variante défiant le vaccin et provenant de l’extérieur du pays.

Leçon d’Israël au monde entier : Surveiller strictement les frontières, exiger des tests et la mise en quarantaine, même dans les endroits où le virus est en déclin.

Un technicien prélève des échantillons d’écouvillons nasaux pour le COVID-19 au laboratoire coronavirus, à l’aéroport international Ben-Gourion, le 28 février 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

4. Les passeports verts

Les passeports verts, certificats remis aux personnes vaccinées ou ayant récupéré du COVID-19, se sont avérés très efficaces pour ouvrir l’économie israélienne, a déclaré Davidovitch.

Il les a qualifiés d' »outil très important », suggérant qu’ils étaient bien déployés, comme condition d’entrée pour les événements sportifs, les lieux culturels, les restaurants et autres, permettant une réouverture accélérée de ces lieux, mais pas pour les services essentiels quotidiens, comme les supermarchés et les transports publics.

Une participante montre son passeport vert lors d’un concert à Tel Aviv le 5 mars 2021, qui était exclusivement réservé aux personnes le possédant. (Crédit : Photo de JACK GUEZ / AFP)

Il a déclaré que même en Israël, où le gouvernement n’a pas mené de campagnes publicitaires pour tenter d’utiliser le passeport vert comme encouragement à la vaccination, les anti-vaccin ont affirmé que les passeports verts étaient utilisés pour exercer une pression indue sur les gens pour qu’ils se fassent vacciner.

Étant donné que les anti-vaccin sont peu nombreux en Israël, cela devrait servir d’avertissement aux autres pays, où le lobby anti-vaccination est plus fort, afin d’éviter la tentation d’utiliser les passeports verts pour propulser les campagnes de vaccination.

« Je pense que le passeport vert est un outil très important, mais je ne pense pas qu’il doive servir de levier pour inciter les gens à se faire vacciner », a déclaré M. Davidovitch.

La leçon d’Israël au monde entier : Donner des passeports verts lorsque la vaccination est en cours, mais ne pas les utiliser comme levier dans les campagnes de vaccination.

5. Penser à long-terme

Lorsque les cas de COVID diminuent, il ne faut pas y voir le signe que les effets de la pandémie sont terminés, a souligné M. Davidovitch.

L’expérience israélienne montre que, même lorsque le coronavirus est rare, le système de santé subit une pression importante en raison de ce qu’on appelle le « long COVID », c’est-à-dire les séquelles de la maladie sur les patients guéris.

Prof. Nadav Davidovitch. (Crédit : Courtoisie)

« Nous savons que la COVID est quelque chose que beaucoup d’entre nous étudient actuellement », a déclaré Davidovitch.

« Je pense que cela va être un défi majeur en termes de services et de cliniques que nous devons mettre en place. C’est une approche très multidisciplinaire qui est nécessaire pour le long COVID. »

Selon lui, alors que la pression sur le système de santé s’est relâchée, le stress, que de nombreux travailleurs ont traîné, est devenu évident.

« Parmi les travailleurs de la santé, beaucoup ont été traumatisés, et nous devons maintenant réfléchir à la manière d’avancer avec eux, et plus largement, sur les questions de santé mentale. Il y a des listes d’attente pour les services de santé mentale, y compris pour les enfants. »

M. Davidovitch, président du syndicat des médecins de la santé publique, a déclaré qu’il craignait que les politiciens israéliens n’aient pas compris l’importance de bien financer les services de santé.

On craint que 600 médecins employés pendant la pandémie ne perdent leur emploi dans un peu moins de deux mois parce que le financement ne sera pas renouvelé.

Au début du mois, les médecins se sont mis en grève parce que le gouvernement n’a pas confirmé qu’ils conserveraient leur emploi à la fin de leur contrat à durée déterminée, le 30 juin.

« Je suis très frustré et même stressé par ce à quoi nous sommes confrontés actuellement », a déclaré M. Davidovitch.

« Il est clair, surtout après le (récent) conflit avec Gaza, que personne participant à la construction de la nouvelle coalition, ne fait la course pour être ministre de la Santé, et nous entendons dire que les budgets pourraient bien être réduits. »

Leçon d’Israël au monde entier : La fin de la pandémie ne signifie pas un répit pour les services de santé, attendez-vous à ce que les plaintes, récupérées des patients et des travailleurs de la santé, augmentent.

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