Covid: l’Afghanistan, une escale improbable pour les travailleurs pakistanais
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Covid: l’Afghanistan, une escale improbable pour les travailleurs pakistanais

De nombreux travailleurs espèrent entrer en Arabie saoudite en passant par Kaboul, après avoir attendu dans la capitale afghane, malgré le danger des explosions et autres attaques

Des ressortissants pakistanais, portant des masques, font la queue pour demander un visa à l'ambassade d'Afghanistan à Islamabad, le 19 mai 2021. L'Afghanistan connaît un afflux improbable de visiteurs en raison de la pandémie de coronavirus. Des milliers de travailleurs pakistanais désespérés transitent par la capitale déchirée par la guerre pour tenter de rejoindre l'Arabie saoudite. (Crédit : Aamir QURESHI / AFP)
Des ressortissants pakistanais, portant des masques, font la queue pour demander un visa à l'ambassade d'Afghanistan à Islamabad, le 19 mai 2021. L'Afghanistan connaît un afflux improbable de visiteurs en raison de la pandémie de coronavirus. Des milliers de travailleurs pakistanais désespérés transitent par la capitale déchirée par la guerre pour tenter de rejoindre l'Arabie saoudite. (Crédit : Aamir QURESHI / AFP)

Kaboul, drôle d’endroit pour une escale: en raison de la pandémie du Covid-19, des milliers de travailleurs pakistanais passent par l’Afghanistan, pourtant ravagé par la guerre, afin d’atteindre l’Arabie saoudite.

Les pays du Golfe ont longtemps été une destination vitale pour les Pakistanais à la recherche d’un emploi, qui envoient à leur pays d’origine des milliards de dollars chaque année, soutenant ainsi son économie.

Mais avec la pandémie de coronavirus, la plupart des vols en direction de ces Etats sont annulés, car le Pakistan est ajouté aux listes noires de voyage.

Alors, de nombreux travailleurs espèrent entrer en Arabie saoudite en passant par Kaboul, après avoir attendu deux semaines dans la capitale afghane –  malgré le danger des explosions et autres attaques.

« Je suis un peu inquiet », admet Sohaib Siddiqui, 31 ans, en faisant la queue à l’ambassade d’Afghanistan à Islamabad.

« Je suis prêt à prendre des risques », déclare cet ingénieur originaire de Lahore, qui explique être à la recherche d’un emploi en Arabie saoudite, ce qui lui permettrait d’envoyer entre 50 000 (265 euros) et 100 000 roupies chaque mois à sa famille.

En un mois seulement, des dizaines de milliers de Pakistanais ont déposé leurs demandes de visas de transit à l’ambassade afghane d’Islamabad, selon un responsable de la structure.

La semaine dernière, des centaines d’entre eux ont passé la nuit aux portes de l’ambassade en attendant leur tour.

La technique n’est cependant pas garantie, alors que les vols directs entre l’Afghanistan et l’Arabie saoudite ont été annulés ces derniers jours, selon un agent de voyage à Kaboul.

Des vols spéciaux coutant environ 1 300 dollars étaient cependant disponibles pour les travailleurs pakistanais déjà résidents saoudiens.

Des ressortissants pakistanais, portant des masques, font la queue pour demander un visa à l’ambassade d’Afghanistan à Islamabad, le 19 mai 2021. L’Afghanistan connaît un afflux improbable de visiteurs en raison de la pandémie de coronavirus. Des milliers de travailleurs pakistanais désespérés transitent par la capitale déchirée par la guerre pour tenter de rejoindre l’Arabie saoudite. (Crédit : Aamir QURESHI / AFP)

Un voyage risqué

L’afflux de voyageurs vers Kaboul intervient alors que les troupes américaines ont entamé la dernière phase de leur retrait du pays, après près de 20 ans de guerre.

Depuis, les violences à travers l’Afghanistan n’ont fait qu’augmenter.

De nombreux habitants de Kaboul n’apprécient pas le gouvernement pakistanais, à qui ils reprochent son soutien aux talibans.

« Nous n’avons pas le choix, que pouvons-nous faire ? », interroge Tanweer Ahmad alors qu’il attend son tour dans la file à Islamabad pour candidater pour un visa.

A Kaboul, dans un centre de dépistage du Covid-19, les médecins ont été assaillis par des Pakistanais en quête de tests demandés pour entrer en Arabie saoudite, doublant ainsi le travail des laboratoires ces dernières semaines.

« Les Saoudiens et les Pakistanais font confiance aux laboratoires afghans », explique Sediqqullah Safi, médecin du centre de dépistage. Il espère que les nouveaux visiteurs aideront de cette manière l’économie de son pays.

Des ressortissants pakistanais, portant des masques, font la queue pour demander un visa à l’ambassade d’Afghanistan à Islamabad, le 19 mai 2021. L’Afghanistan connaît un afflux improbable de visiteurs en raison de la pandémie de coronavirus. Des milliers de travailleurs pakistanais désespérés transitent par la capitale déchirée par la guerre pour tenter de rejoindre l’Arabie saoudite. (Crédit : Aamir QURESHI / AFP)

« Leur venue a des bénéfices – ils dépensent de l’argent dans les magasins, les transports, et évidemment pour les tests de Covid-19 », détaille-t-il.

Pour Anwar Khan, qui a passé deux semaines à Kaboul et espère s’envoler bientôt vers l’Arabie saoudite, le voyage, malgré ses inquiétudes, en valait la peine.

« On ne devrait pas s’inquiéter au sujet de la sécurité », avance M. Khan. « Grâce à Dieu il n’y a eu aucun problème pour (nous) pour l’instant »

Pour ceux qui espèrent toujours arriver en Afghanistan –  où les cas de Covid-19 augmentent à la suite des fêtes de l’Aïd el-Fitr  – une possible modification des règles pourrait rendre le voyage impossible, voire les laisser coincés à Kaboul.

« J’ai des enfants en bas âge chez moi et aucune autre source de revenu », déplore Liaquat Ali. « Nous prenons de gros risques en partant en Afghanistan. Rien n’est garanti »

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