COVID : Peut-on empêcher l’entrée en Israël de la nouvelle souche britannique ?
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Analyse

COVID : Peut-on empêcher l’entrée en Israël de la nouvelle souche britannique ?

"On ne va pas être capable de la stopper", dit un immunologiste de cette variante du virus qui serait jusqu'à 70 % plus contagieuse

Le personnel de l'unité Covid d'un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)
Le personnel de l'unité Covid d'un hôpital de Galilée. (Crédit : Shlomi Tova)

Un éminent immunologiste affirme que malgré les efforts livrés pour bloquer son entrée, l’arrivée en Israël d’une nouvelle variante de coronavirus hautement infectieuse qui est très présente dans certains secteurs du Royaume-Uni n’est plus qu’une question de temps.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a annoncé, samedi, que cette nouvelle souche pouvait être « jusqu’à 70 % plus contagieuse ». Johnson a ordonné aux résidents de Londres et du sud-est de l’Angleterre de ne pas quitter leurs habitations alors qu’il avait promis un allègement des restrictions pour Noël.

En Israël, les responsables s’inquiètent que la nette hausse du nombre de nouveaux cas de COVID-19 – une augmentation entraînée par la propagation de la souche habituelle – puisse être accélérée par l’arrivée d’un virus plus contagieux encore.

« Si la souche a réellement cette efficacité en termes de propagation, elle va évidemment arriver aussi ici, en Israël, à un moment », commente l’immunologiste Tomer Hertz de l’université Ben-Gurion du Negev. « Il nous sera impossible de la stopper ».

Un laborantin effectue un test de dépistage Covid à l’aéroport Ben Gurion, le 9 novembre 2020. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Chercheuse spécialiste de l’évolution des virus, Adi Stern est plus optimiste. Elle pense que l’Etat juif saura tenir la nouvelle souche en échec, évoquant toutefois son inquiétude que l’apparition de cette variante ne laisse planer le danger de voir se développer d’autres souches – et ce tant que le virus continuera à se propager.

Elle avertit que cette nouvelle souche souligne les dangers potentiels croissants que pourrait représenter la COVID-19 si la population devait refuser de se faire vacciner.

Les deux experts se sont entretenus dimanche avec le Times of Israel – alors même que les ministres prenaient la décision d’interdire l’entrée des citoyens étrangers originaires des pays où le virus présente des mutations. Mais si les politiciens réfléchissent à complètement stopper les vols internationaux, il y a en ce moment même des avions qui se posent en Israël, provenant de ces pays, et qui permettent le retour des citoyens israéliens au sein de l’Etat juif.

Les Israéliens qui sont revenus dimanche du Royaume-Uni ont directement été emmenés dans un hôtel de quarantaine, mais aucune vérification n’a été faite auprès des autres passagers qui aurait permis de s’assurer qu’ils ne s’étaient pas rendus au préalable au Royaume-Uni.

Le président Reuven Rivlin se fait vacciner contre le coronavirus au centre médical Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 20 décembre 2020. (Mark Neyman/GPO)

Hertz explique que « Israël peut avoir évité jusqu’à présent cette nouvelle souche » si, dans les faits, les personnes revenant du Royaume-Uni se sont placées à l’isolement, comme la loi l’exige. Toutefois, alors que cette variante touche actuellement de plus en plus d’individus au Royaume-Uni, il est possible qu’un cas parvienne à passer entre les mailles du filet et débarque au sein de l’Etat juif – important ainsi la nouvelle souche qui pourra ensuite se propager dans le pays.

Il y a néanmoins un point positif : Il est improbable que la nouvelle souche nuise à l’efficacité du vaccin qui cible de nombreux points sur le virus, continue Hertz, qui affirme qu’il n’y a « aucune raison de présumer que ça ne va pas fonctionner car les vaccins sont très larges ».

Dr. Tomer Hertz. (Autorisation)

Stern est plus inquiète que Hertz sur la question des vaccins, tout en étant légèrement plus optimiste sur les capacités d’Israël à maintenir à distance cette nouvelle souche, ainsi que sur les niveaux de contagion. Elle suggère que l’estimation d’une variante à 70 % plus contagieuse est exagérée.

S’exprimant auprès du Times of Israel depuis son laboratoire de l’université de Tel Aviv – qui examine des échantillons prélevés sur des patients pour déterminer comment et quand le virus est amené à changer – Stern affirme croire que la mutation s’est produite chez un seul patient atteint par la COVID-19 qui avait probablement un cancer, selon elle.

« Habituellement, nous ne voyons pas beaucoup d’évolution dans ce virus », explique-t-elle. « Toutefois, nous voyons que des personnes gravement immuno-déprimées ne parviennent pas, parfois, à se débarrasser du virus – c’est le cas typique de malades du cancer qui prennent un traitement à base d’anticorps et qui offrent au virus une opportunité d’évoluer ».

Le Premier ministre britannique Boris Johnson lors d’une conférence de presse virtuelle au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 19 décembre 2020. (Crédit : TOBY MELVILLE / POOL / AFP)

Cette hypothèse que la nouvelle souche soit apparue chez un patient immuno-déprimé a été soumise par les chercheurs britanniques et Stern ne peut pas voir « d’autre option concernant la manière dont il est apparu si rapidement ». Réaliser qu’une seule personne puisse produire une mutation dans une souche « souligne la nécessité d’une vaccination large et rapide qui aille bien au-delà des seules ‘populations vulnérables' », ajoute-t-elle.

La campagne de vaccination, en Israël, a été lancée samedi soir.

Le nouveau coronavirus a connu des milliers de mutation qui ont été observées par les chercheurs mais dont la grande majorité a eu un « effet zéro », poursuit Stern. « Mais ce qui arrive maintenant, c’est qu’un grand nombre de mutations est apparu en une seule fois, ensemble, du jour au lendemain et que malheureusement plusieurs de ces mutations touchent la protéine Spike – qui est la porte d’entrée du virus dans la cellule et aussi la cible désignée du vaccin ».

Adi Stern de l’École de biologie cellulaire et de biotechnologie de l’université de Tel Aviv. (Autorisation de l’Université de Tel Aviv)

« Ma principale inquiétude est l’impact possible sur le vaccin. Parce qu’il y a tellement de mutations qui touchent la protéine Spike – qui est, je le rappelle, la cible du vaccin – que cela pourrait – et je le souligne, cela pourrait seulement – rendre un vaccin moins efficace ».

« Légèrement » moins efficace mais sûrement pas inutile, le vaccin frappant de nombreuses cibles sur le virus, ajoute-t-elle.

Stern pense que, statistiquement parlant, il y a une grande chance que la nouvelle souche ne soit pas arrivée en Israël. Elle estime que, sous certaines circonstances, « ce sera possible de la garder à distance ».

Cela dépendra des restrictions sur les voyages ou des contrôles stricts aux frontières, ainsi que du respect total des règles de quatorzaine de la part des voyageurs qui entrent dans le pays, continue-t-elle.

« Il y a toujours un élément de hasard là-dedans – pouvoir déterminer quelles personnes violent les règles de quarantaine et quand », dit-elle.

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