D’après l’ONU, Israël va ratifier le traité d’interdiction des essais nucléaires d’ici 5 ans
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Interview

D’après l’ONU, Israël va ratifier le traité d’interdiction des essais nucléaires d’ici 5 ans

Lassina Zerbo a rencontré le Premier ministre Netanyahu et exposé ses arguments pour que l'Etat juif saisisse "le fruit à portée de main" que constitue l'accord

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse au Dr. Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, à Jérusalem, le 20 juin 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adresse au Dr. Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, à Jérusalem, le 20 juin 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Année après année, Dr Lassina Zerbo retourne en Israël avec l’espoir de convaincre l’Etat juif de ratifier un traité international qui bannit les essais nucléaires.

Cette décision, d’après le « roi » du bannissement des essais nucléaires, n’aurait que peu d’effets négatifs sur la sécurité d’Israël mais constituerait « un sérieux pas en avant dans la démonstration d’une bonne volonté en matière de contrôle des armes ».

Bien que cette tâche puisse apparaître comparable à celle de Sisyphe avec son rocher et de façon occasionnelle « frustrante », le chef de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) des Nations unies observe que des progrès sont faits, comme le fait qu’il ait rencontré personnellement cette année le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au lieu d’une réunion avec un ministre du cabinet comme c’était le cas dans le passé.

« C’est une étape. Le problème a été élevé au niveau de [Netanyahu] », a affirmé Zerbo au Times of Israel dans le hall de l’hôtel David InterContinental de Tel Aviv mardi.

Netanyahu était, pour sa part, apparemment convaincu de l’argumentaire, disant cette semaine qu’Israël ratifierait le traité à un moment dans le futur, ceci dépendant « du contexte régional et d’un timing approprié ».

Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, connu sous l’acronyme TICE, a été adopté par les Nations unies en 1996. Bien qu’Israël ait signé le traité, comme sept autres pays, l’Etat hébreu ne l’a pas encore ratifié, empêchant le TICE d’être pleinement mis en oeuvre.

Pour que le Traité entre en action, il doit encore être ratifié par la Chine, les Etats-Unis, l’Egypte, Israël et l’Iran, et a besoin d’être à la fois signé et ratifié par la Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan.

Pendant ce temps, utilisant 337 installations à travers le monde, l’organisation de Zerbo surveille l’activité sismique et les ondes sonores sur terre et sous-marines, ainsi que les particules radioactives, afin de détecter des détonations nucléaires partout sur la planète.

Des ouvriers mettent en place une installation de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires pour surveiller l'acoustique aquatique sur l'Île Socorro, au Mexique, le 13 août 2009 (Crédit : CTBTO/Flickr)
Des ouvriers mettent en place une installation de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires pour surveiller l’acoustique aquatique sur l’Île Socorro, au Mexique, le 13 août 2009 (Crédit : CTBTO/Flickr)

Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires est différent du Traité de non-prolifération nucléaire, qui essaie d’empêcher que se répandent des armes atomiques. En effet, le TICE surveille uniquement les essais de détonations nucléaires – pensez à l’Atoll de Bikini – essais auxquels Israël n’aurait pas procédé depuis les années 1970.

En réalité, l’unique pays dont on pense qu’il a effectué un tel test au cours de la dernière décennie est la Corée du Nord, d’après l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires.

L’armée américaine a détecté le dernier test du régime dictatorial plus tôt ce mois-ci, mais le TICE a détecté le dernier test nucléaire du pays en janvier.

« Aucun pays respectable dans le monde ne procéderait à un essai d’explosion nucléaire – cette [pratique] est révolue », a affirmé Zerbo.

Pour cette raison, le Secrétaire exécutif du TICE se réfère régulièrement au Traité comme étant « un fruit à portée de main », une mesure à laquelle une vaste majorité de pays a déjà donné son accord.

Beaucoup à gagner, peu à perdre

Durant leur rencontre de 40 minutes, lui et Netanyahu ont eu une « discussion franche et ouverte » à propos du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, et le Premier ministre est « très informé sur la question, » a affirmé Zerbo.

Zerbo était apparemment surpris que la conversation se passe si bien, compte tenu de la relation parfois publiquement aigre d’Israël avec les Nations unies.

« Je pense que cela s’est mieux passé que quiconque aurait pu espérer – bien que je ne devrais probablement pas le dire », a-t-il dit.

Toutefois, la conversation a constitué « une étape et un pas en avant » dans l’entreprise qui vise à pousser Israël à ratifier le Traité, a affirmé Zerbo.

Le Dr. Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (à droite) marche avec le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon le 6 novembre 2014 (Crédit : CTBTO/Flickr)
Le Dr. Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (à droite) marche avec le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon le 6 novembre 2014 (Crédit : CTBTO/Flickr)

Pour Zerbo, qui est originaire du Burkina Faso mais qui travaille à présent depuis Vienne, ratifier le Traité donnerait à Israël plus d’informations concernant ceux qui procèdent à des essais nucléaires, et rendrait Israël « moins isolé » au sein de la communauté internationale.

Et le prix à payer, a-t-il avancé, serait minimal. Le TICE n’empêcherait pas Israël de procéder à des essais en laboratoire ou d’employer ses capacités présumées de tir de riposte en cas d’attaque.

Zerbo n’a pas souhaité s’aventurer à donner une estimation précise de la date à laquelle Israël pourrait ratifier le Traité, mais il a dit qu’il s’attendait à ce que cela se produise « au cours des cinq prochaines années ».

Il a ajouté, « cela peut signifier demain ou dans cinq ans ».

L’un des blocages dans le passé résidait dans le fait qu’il n’y avait pas de stations de surveillance dans la région, ce qui empêcherait le Traité d’être pleinement mis en oeuvre dans la région, d’après la représentante d’Israël auprès du TICE, Merav Zafary-Ordiz. Une installation qui serait située en Egypte est prévue, mais elle n’a pas encore été construite, et le site existant de détection se trouvant en Iran n’est pas connecté au reste du réseau.

Mais dans le passé une station de surveillance a été construite au Turkménistan, juste au nord de l’Iran, a expliqué Zerbo, station qui va fournir une couverture supplémentaire pour le Moyen-Orient.

En outre, a-t-il ajouté, la construction de l’installation égyptienne n’est « qu’une question de temps ».

Cependant, les principales préoccupations d’Israël concernant le TICE ont moins à voir avec le traité lui-même qu’avec le « contexte régional », a déclaré Netanyahu, sans doute en référence à l’Iran, qui n’a pas non plus ratifié le traité pour le moment.

Israël serait réticent à prendre les potentiels premiers pas vers la non-prolifération nucléaire si ses voisins ne faisaient pas la même chose.

Au cours de l’année qui s’est écoulée depuis la dernière visite de Zerbo en Israël, l’accord nucléaire avec l’Iran a été signé, mettant fin au programme nucléaire de la République islamique, au moins temporairement.

Bien qu’il pense que c’était une « erreur » que la ratification du TICE ne fasse pas partie du plan global d’action conjoint (JCPOA) – ce qui aurait dû être une « évidence » – il a affirmé qu’il comprenait qu’imposer trop de choses dans l’accord aurait potentiellement pu le saborder.

Bien que cela n’ait pas été requis par le JCPOA, Zerbo a déclaré à l’Associated Press que l’Iran devait encore ratifier le traité comme un signe de « bonne foi ou de bonne volonté ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion avec le Premier ministre libanais Tammam Salam le 11 août 2015 au Palais du gouvernement dans la capitale Beyrouth (Crédit : AFP PHOTO / ANWAR AMRO)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif lors d’une conférence de presse à l’issue d’une réunion avec le Premier ministre libanais Tammam Salam le 11 août 2015 au Palais du gouvernement dans la capitale Beyrouth (Crédit : AFP PHOTO / ANWAR AMRO)

Depuis la signature du JCPOA l’an dernier, Zerbo a rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif pour convaincre l’Iran de signer.

Zarif semblait y être favorable et avait l’air « sincère » dans ses déclarations, mais Zerbo ne paraissait pas convaincu que cela arriverait dans un futur proche.

Au contraire, a-t-il déclaré, il est important de se concentrer sur la jeune génération d’Iraniens « qui souhaitent se connecter avec le monde ».

Le travail de Zerbo, voyager autour du monde pour convaincre les huit autres pays de ratifier le traité d’interdiction des essais nucléaires, peut être « frustrant » et lent à se mettre en place.

« Mais il faut aimer le processus », a-t-il dit.

Bien qu’il aime son travail et croie dans le TICE, Zerbo a dit qu’il n’aimerait rien de plus que d’en avoir fini.

En regardant par la fenêtre de l’hôtel en direction de la mer Méditerranée, il a affirmé que le jour où le dernier pays ratifierait l’interdiction des essais nucléaires : « J’irai m’allonger sous un palmier, je lèverai les yeux vers le ciel et je profiterai de la vie ».

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