De hauts-responsables réclament l’annexion d’une vaste implantation en Cisjordanie
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De hauts-responsables réclament l’annexion d’une vaste implantation en Cisjordanie

Pour la première fois depuis qu’elle est à son poste, la vice-ministre des Affaires étrangères appelle de ses voeux une “décision historique” concernant Maale Adumim. Réponse des Palestiniens : Israël n’est pas sérieux quand le pays parle de 2 états

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

De gauche à droite : Bezalel Smotrich (HaBayit HaYehudi), la ministre adjointe des Affaires étrangères Tzipi Hotovely et le chef du Conseil de Yesha Avi Roe (Crédit : autorisation)
De gauche à droite : Bezalel Smotrich (HaBayit HaYehudi), la ministre adjointe des Affaires étrangères Tzipi Hotovely et le chef du Conseil de Yesha Avi Roe (Crédit : autorisation)

De hauts-responsables gouvernementaux israéliens ont appelé lundi à l’annexion d’une vaste implantation de Cisjordanie située à l’est de Jérusalem, poussant Israël à ignorer les réactions virulentes qui émaneraient de ses alliés et de ses adversaires si une telle initiative venait à voir le jour.

A la tête de ces officiels qui réclament l’annexion, le vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely, membre de la ligne dure du parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu. C’est la première fois qu’elle prône publiquement cette mesure depuis qu’elle a pris son poste en mai 2015.

“La réponse à un combat international sur Jérusalem, c’est d’appliquer la souveraineté sur Ma’ale Adumim, ce qui garantira que Jérusalem restera toujours unie et que la ville se développera”, a déclaré Hotovely lors d’un rassemblement organisé dans la capitale par le Conseil de Yesha pro-implantations.

Ses propos surviennent alors que le gouvernement vient de réfléchir à un plan visant à relocaliser l’avant-poste d’Amona dans le centre de la Cisjordanie sur des terres vides situées à proximité, une démarche que le ministère des Affaires étrangères a signalé comme pouvant susciter un dur contrecoup international.

Israël n’a jamais pris l’initiative d’annexer des terres en Cisjordanie mais Hotovely indique que 50 ans après que le pays a capturé la Cisjordanie lors de la Guerre des Six jours de 1967, il est temps que le gouvernement “prenne une décision historique”.

Les implantations israéliennes ne sont pas “une belle-fille mais un premier-né, et elles sont très importantes pour le peuple d’Israël”, a-t-elle affirmé. « Ni les conseillers juridiques, ni la pression internationale décideront pour nous ce qui relève d’une question fondamentale ».

L’implantation suburbaine tentaculaire, qui accueille 37 000 Israéliens répandus sur plusieurs collines surplombant le désert de Judée, à dix minutes de voiture de Jérusalem, fait partie, aux yeux de la plupart des gens, des terres qu’Israël retiendra lors d’un potentiel accord de paix passé avec les Palestiniens.

Toutefois, les programmes israéliens de constructions sur le site ou sur la parcelle voisine E1 reliant l’implantation à la capitale suscitent régulièrement une condamnation internationale véhémente ainsi que des critiques internes.

L'implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L’implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des personnes comme Hotovely considèrent que l’implantation de Ma’ale Adumim est essentielle dans la liaison entre Jérusalem et la stratégique vallée du Jourdain, mais les critiques disent que sa localisation rendra impossible l’établissement d’un état palestinien contigu en Cisjordanie.

Les propos tenus par Hotovely, qui dans le passé appelait à l’annexion de la Cisjordanie toute entière, ont suscité une réponse furieuse de la part du secrétaire-général de l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP), Saeb Erekat.

“Ce qui a été dit n’est pas surprenant”, a-t-il indiqué concernant les paroles de Hotovely, ajoutant que le gouvernement israélien “soutient les implantations plutôt qu’une solution à deux états », comme en témoignent les démolitions menées lundi dans la vallée du Jourdain.

“Ce que fait cette déclaration donc”, a déclaré Erekat au Times of Israel, “c’est renforcer le peu de respect qu’a Israël pour la loi internationale et les résolutions de l’ONU, le fait que des ‘déclarations fortes’ émises par la communauté internationale ont eu peu d’effet sur le comportement d’Israël, et qu’il est plus que temps que la communauté internationale entreprenne des démarches pratiques afin de mettre un terme à la colonisation israélienne, dont une interdiction sur tous les produits issus des implantations, qu’on désinvestisse toutes les entreprises qui profitent de l’occupation israélienne et qu’on reconnaisse l’Etat de Palestine sur la base des frontières de 1967.”

Haim Katz (Likud) à la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé de la Knesset, en février 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Haim Katz (Likud) à la commission du Travail, des Affaires sociales et de la Santé de la Knesset, en février 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministre des Affaires sociales Haim Katz (Likud), qui a également participé au rassemblement du Conseil de Yesha, a soutenu l’appel à l’annexion formulé par Hotovely.

“Il y a ceux qui parlent et ceux qui agissent. Nous sommes du côté de ceux qui agissent”, a indiqué Katz, selon le site d’information Walla.

Le chef de la coalition au pouvoir, le parlementaire du Likud David Bitan, a pour sa part expliqué qu’il n’y avait aucune contre-indication à étendre davantage Ma’ale Adumin via de nouvelles unités de logement supplémentaires. « Nous le ferons malgré les problèmes internationaux et malgré la pression américaine. Nous ne devons rien craindre », a-t-il dit.

Au mois de juillet, le département d’Etat américain avait critiqué la programmation de la construction de 531 unités de logement à Ma’ale Adumim, s’attirant une réponse irritée de Netanyahu.

“Avec tout le respect qui est dû, ce n’est ni une construction à Jérusalem ni une construction à Ma’ale Adumim qui rendront plus éloignée la perspective de paix”, avait-il déclaré. « Ce qui empêche la paix, en premier lieu, ce sont les incitations constantes contre l’existence de l’Etat d’Israël entre n’importe quelle frontières et le temps est venu pour toutes les nations du monde de reconnaître cette vérité simple ».

La seule façon de résoudre le conflit israélo-palestinien est de conduire des négociations directes, avait ajouté Netanyahu.

“Nous sommes prêts quel que soit le moment à mener des négociations directes sans conditions préalables avec nos voisins, toutefois, ils ne sont pas prêts à les mener avec nous”, a-t-il dit. Ce sont les deux choses qui empêchent la paix, pas quelques appartements à proximité de la ville de Ma’ale Adumim, ou plusieurs quartiers à Jérusalem”.

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