Rechercher

De jeunes Israéliens et Marocains en visite les uns chez les autres

Le mouvement NOAL est à l'origine d'une initiative visant à faire connaître le Maroc aux Israéliens et vice-versa ; la Coupe du monde y a certainement contribué

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

De jeunes Israéliens et Marocains célébrant la victoire du Maroc sur le Portugal en Coupe du monde dans une Maison des jeunes de la ville d'Isfiya, dans le nord du pays, le 10 décembre 2022. (Autorisation)
De jeunes Israéliens et Marocains célébrant la victoire du Maroc sur le Portugal en Coupe du monde dans une Maison des jeunes de la ville d'Isfiya, dans le nord du pays, le 10 décembre 2022. (Autorisation)

Le groupe était censé se familiariser avec la culture druze samedi soir, mais c’était sans compter le déroulement du quart de finale de la Coupe du monde du Maroc. Les jeunes Marocains et Israéliens se sont donc réunis dans la Maison des jeunes (MJC) du mouvement des jeunes sionistes HaNoar HaOved VeHaLomed de la ville druze d’Isfiya, dans le nord du pays, pour regarder le match ensemble.

Le Maroc, bien sûr, s’est imposé 1 à 0, marquant ainsi la première fois qu’un pays arabe se qualifie pour les demi-finales de la Coupe du monde.

« Quand le but est entré dans la lucarne, tout le monde s’est mis à danser et s’enlacer. Tout le monde a oublié qui était israélien, qui était marocain, qui était musulman, qui était juif, qui était druze. Tout le monde s’est joint à la fête », a déclaré Abdou Ladino, directeur de l’organisation marocaine Mimouna, qui cherche à renforcer les liens entre Juifs et musulmans dans le pays.

Le groupe de 30 jeunes, composé pour moitié d’Israéliens et pour moitié de Marocains, a été créé par Tom Vizel, responsable du département éducatif de HaNoar HaOved VeHaLomed. Ce groupe de jeunes de gauche compte des membres issus de toute la société israélienne, Juifs et non-Juifs, et réalise depuis des années des programmes communs avec des groupes de jeunes européens et palestiniens.

Avec la signature des Accords d’Abraham en 2020, Vizel a déclaré au Times of Israel qu’il voyait l’occasion de développer davantage sa coopération internationale dans le but d’approfondir les liens « d’homme à homme » entre les pays, afin d’étoffer les accords de normalisation de gouvernement à gouvernement.

L’organisation a entamé cette initiative en collaboration avec le Maroc, mais Vizel a déclaré qu’il prévoyait de l’étendre aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et à d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord dans le cadre d’un programme-cadre appelé « Youth4MENA » (MENA signifiant Moyen-Orient et Afrique du Nord).

Au mois d’octobre, un groupe de 15 jeunes Israéliens et Israéliennes, juifs pour la plupart mais aussi arabes et druzes, s’est rendu au Maroc et a rencontré 15 Marocains musulmans. Ce mois-ci, les participants marocains sont venus en Israël, passant six jours dans le pays, principalement à Jérusalem mais aussi à Haïfa et Isfiya.

HaNoar HaOved VeHaLomed, littéralement « La jeunesse qui travaille et étudie » (souvent désignée par son acronyme NOAL), est principalement une organisation pour les adolescents, mais il était compliqué d’un point de vue logistique d’organiser ce programme pour des mineurs marocains, d’autant plus qu’il s’agit d’un programme pilote. Les participants israéliens étaient donc de récents diplômés impliqués dans l’organisation.

Tom Vizel, à droite, du groupe de jeunes HaNoar HaOved VeHaLomed, qui a aidé à organiser un programme pour les jeunes israéliens et marocains, aux côtés de son homologue marocain, Abdou Ladino, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en décembre 2022. (Autorisation)

L’objectif de ce premier voyage, qui était soutenu par le ministère des Affaires étrangères et le ministère de la Coopération régionale, était à la fois de jeter les bases des futures délégations et d’amener les participants à servir d’ambassadeurs et à faire connaître l’autre à davantage de personnes de leur propre pays.

Il ne s’agissait pas d’un objectif abstrait, mais bien d’une mission concrète pour les participants : trouver une idée de programme leur permettant de mettre en relation au moins 10 personnes de leur communauté avec l’autre pays, faisant ainsi passer de 30 à 300 le nombre de personnes influencées par une seule initiative.

Les participants marocains ont été recrutés par Mimouna, parfois par Ladino lui-même, en mettant l’accent sur les personnes qui ont grandi dans des zones historiquement juives, dont les habitants ont quitté ou fui le pays, pour la plupart en Israël. Ladino a déclaré qu’il s’efforçait de trouver des personnes originaires de ces régions qui n’étaient pas susceptibles de nouer des relations avec des Juifs ou des Israéliens de leur propre chef.

« Ma vision était d’amener des gens qui n’avaient jamais eu l’occasion de rencontrer un Juif, et encore moins un Israélien », a déclaré Ladino. « Je voulais qu’ils soient fiers, qu’ils n’aient pas honte de leur quartier. »

« Beaucoup de participants n’avaient jamais quitté le Maroc auparavant, et leur première destination a été Israël », a-t-il ajouté.

Laila, qui a grandi dans le quartier de Mellah à Rabat, où se trouvait autrefois une importante et florissante communauté juive mais qui ne compte plus que quelques dizaines de familles juives, fait exception à la règle.

Kayakiste olympique, elle a déclaré qu’elle avait eu de nombreuses interactions avec des Juifs au fil des ans. Elle connaissait depuis longtemps l’Histoire de son quartier et a même enseigné une fois l’arabe marocain à un chanteur juif israélien. « Les Juifs, principalement d’Israël, viennent régulièrement nous rendre visite. Il y avait des synagogues, des mikvaot (bains rituels), des cimetières, et un four banal casher », raconte-t-elle.

En raison de ce lien, Laila a sauté sur l’occasion de s’impliquer lorsqu’elle a vu la publication de Mimouna concernant l’initiative. Elle a déclaré qu’elle était « impatiente de montrer aux visiteurs israéliens qu’ils sont les bienvenus au Maroc ».

« Je ne savais pas comment cela se passerait en Israël », a-t-elle déclaré.

Laila a déclaré avoir été frappée par la proximité des différentes religions en Israël. Le Dôme du Rocher, le mur Occidental et l’église du Saint-Sépulcre sont tous situés les uns à côté des autres. « Je n’avais pas réalisé que toutes les religions étaient si proches les unes des autres », a-t-elle déclaré.

Bien qu’elle ait déjà été informée sur la Shoah, la visite du groupe au mémorial de Yad Vashem a également été révélatrice.

De jeunes Israéliens et Marocains visitant le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, en décembre 2022. (Autorisation)

« J’avais toujours pensé que la Shoah avait été un événement ponctuel. Je n’avais pas vraiment réalisé qu’il s’était produit sur de nombreuses années », a-t-elle déclaré.

Laila se souvient avoir fondu en larmes en voyant une photo de Juifs creusant leur propre fosse commune avant d’être exécutés.

« Je comprends pourquoi les Juifs avaient besoin d’un refuge », a-t-elle dit, en faisant référence à Israël.

« Mais j’aurais pensé que les gens qui ont vécu la Shoah chercheraient à éviter d’autres guerres », a ajouté Laila, faisant référence au conflit actuel entre Israël et les Palestiniens.

Le conflit israélo-palestinien a été fréquemment évoqué par les participants, tant en termes généraux que plus concrets.

Après l’attentat terroriste à Jérusalem le 23 novembre, les Marocains « envoyaient tous des messages dans le groupe WhatsApp, demandant si [les Israéliens] allaient bien », a déclaré Ladino.

« Les gens sont venus avec une modeste connaissance de ce qui se passe ici. Ils avaient énormément de questions. Nous avons essayé d’y répondre du mieux que nous le pouvions. Et maintenant, ils ont aussi vu les choses de leurs propres yeux », a-t-il ajouté.

De jeunes Israéliens et Marocains, en Israël, en décembre 2022. (Autorisation)

Ayala Shakuri, l’une des participantes israéliennes, a déclaré qu’elle s’était impliquée dans le programme pour en apprendre davantage sur le Maroc et pour apprendre aux Marocains à mieux connaître Israël.

« C’était une occasion de dialogue. Nous avons eu de nombreuses conversations. Des conversations sur la vie, sur ce qu’est la vie en Israël, sur ce qu’est la vie au Maroc, sur le judaïsme, sur l’islam », a déclaré Shakuri. « Nous voulions leur montrer qu’Israël n’est pas seulement ce qu’ils lisent dans les livres. Il y a aussi des Juifs et des Arabes qui vivent les uns à côté des autres. »

Des jeunes israéliens et marocains regardant le Maroc battre le Portugal en Coupe du monde dans une Maison des jeunes de HaNoar HaOved VeHaLomed dans la ville d’Isfiya, au nord du pays, le 10 décembre 2022. (Autorisation)

Après l’attentat à la bombe de novembre, qui s’est produit entre le voyage des Israéliens au Maroc et avant la visite réciproque, les participants marocains étaient un peu nerveux à l’idée de venir en Israël. « Mais personne n’a renoncé », a déclaré Ladino. « Ils étaient très excités avant le voyage, mais ne savaient pas à quoi s’attendre. »

Selon Laila et Ladino, les Marocains ont reçu un accueil chaleureux de la part des Israéliens, tant Juifs qu’arabes.

« Les gens ont aimé que nous soyons marocains ! Après avoir réalisé cela, j’ai commencé à porter le drapeau marocain partout où nous allions », a déclaré Laila.

Ladino a déclaré que cela était d’autant plus vrai après que le Maroc a battu le Portugal samedi soir. Après le match, ils sont rentrés à Haïfa, où tous ceux qui les ont vus avec leur drapeau marocain les ont salués comme des héros conquérants.

« Tout le monde disait ‘c’est bien d’être marocain en Israël. Vous êtes appréciés par tout le monde' », a déclaré Ladino. « À Haïfa, ils ont eu leurs 15 minutes de gloire. »

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.