De nombreux dirigeants, mais peu de survivants, à la commémoration de la Shoah
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De nombreux dirigeants, mais peu de survivants, à la commémoration de la Shoah

Le fils d'une survivante d'Auschwitz qui ne fait pas partie des 30 personnes invitées à l'événement dit que le forum aurait dû honorer avant tout les rescapés

Le public se tient debout pour écouter l'hymne national israélien à la fin de la cérémonie commémorative au musée de la Shoah de Yad Vashem, alors qu'Israël célèbre la journée annuelle de commémoration de la Shoah, le 12 avril 2018. (Hadas Parush/Flash90)
Le public se tient debout pour écouter l'hymne national israélien à la fin de la cérémonie commémorative au musée de la Shoah de Yad Vashem, alors qu'Israël célèbre la journée annuelle de commémoration de la Shoah, le 12 avril 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Seuls 30 des quelque 800 places d’une grande manifestation internationale de commémoration de la Shoah qui se tiendra à Jérusalem cette semaine ont été réservés aux survivants du génocide juif, ce qui a provoqué la consternation de certains survivants non invités et de leurs familles.

Le cinquième Forum mondial sur la Shoah doit se tenir jeudi à Yad Vashem pour commémorer le 75e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

Au moins 47 dirigeants mondiaux ou diplomates de haut rang, dont 26 présidents, quatre rois (d’Espagne, des Pays-Bas, de Belgique et du Luxembourg) et quatre Premiers ministres, seront présents pour l’événement, ont déclaré les responsables.

Mais la radio de l’armée a rapporté lundi que les survivants n’étaient pas en tête de liste des invités, avec seulement 30 places réservées pour eux à Yad Vashem (et 30 autres pour les accompagnateurs des survivants).

Yaron Hanan, un ancien membre du conseil municipal de Haïfa, a déclaré à la station que sa mère Rachel, une survivante d’Auschwitz, n’était pas invitée et ne pouvait pas obtenir de billet.

« Quel plus grand symbole du camp d’Auschwitz que ceux qui sont encore en vie et qui sont avec nous ? » a déclaré Hanan. « Je pense qu’ils ne sont pas moins essentiels pour représenter ce qui s’est passé là-bas que tout ce que cette cérémonie est censée accomplir ».

Dans une réponse officielle, Yad Vashem a déclaré : « L’événement n’est pas une cérémonie publique, mais plutôt un rassemblement de dirigeants ». Il a noté que quelque 100 000 survivants de la Shoah vivent en Israël et qu’il aurait été impossible d’inviter ne serait-ce qu’une fraction d’entre eux.

Mais Hanan n’était pas convaincu, affirmant que les survivants restants qui sont passés par Auschwitz sont au nombre de « plusieurs dizaines – certains d’entre eux n’étant pas en assez bonne santé pour venir ».

Il a déclaré que ceux qui auraient pu « auraient dû être les premiers à être invités ». Parce que lors de l’événement qui marquera les 80 ans de la libération d’Auschwitz, je ne pense pas qu’ils seront là, pour certains d’entre eux. C’est un événement unique, où ils [peuvent] ressentir un sentiment de triomphe… ils ont un besoin émotionnel d’être là. Ils sont le plus grand symbole de l’éventuel triomphe du peuple juif et ils n’ont pas été invités ».

Cette photographie prise le 15 décembre 2019 à Oswiecim, en Pologne, montre une vue aérienne de l’entrée de la voie ferrée de l’ancien camp de la mort nazi allemand Auschwitz II – Birkenau avec sa tour de garde SS. (Pablo GONZALEZ / AFP)

A la lumière de ce rapport, le ministre de la Protection de l’environnement, Zeev Elkin, a déclaré qu’il remettrait son invitation à un survivant qui souhaitait y assister mais n’a pas été invité. Il a appelé ses collègues ministres à faire de même.

Le ministère des Affaires étrangères a qualifié cet événement de troisième plus grand rassemblement de dirigeants internationaux de l’histoire d’Israël, après les funérailles d’Yitzhak Rabin et de Shimon Peres.

Les cérémonies – à la fois une rencontre mercredi à la résidence du président Reuven Rivlin et l’événement plus important de Yad Vashem jeudi – seront diffusées en direct.

La liste des invités comprend le vice-président américain Mike Pence, la présidente du Parlement américain Nancy Pelosi, le président russe Vladimir Poutine, le président français Emmanuel Macron, le président allemand Frank-Walter Steinmeier, le président ukrainien Volodymyr Zolensky, le prince Charles de Grande-Bretagne et de nombreux autres dirigeants de Roumanie, d’Italie, d’Autriche, de Grèce, de Chypre, d’Albanie, de Croatie, de Géorgie, de Bulgarie, de Suède, du Danemark, de la République tchèque, de Hongrie, de Finlande, de Bosnie, d’Islande, d’Arménie, d’Australie, du Canada et d’autres nations.

Le président polonais Andrzej Duda, qui a annoncé la semaine dernière qu’il ne participerait pas à l’événement parce que les organisateurs ne l’avaient pas inclus comme orateur au forum, sera l’un des dirigeants qui manquera cruellement à l’appel.

Le président polonais, Andrzej Duda, s’exprime lors de la 74e session de l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2019, au siège de l’ONU à New York City. (Don Emmert / AFP)

Duda a critiqué le fait que les représentants des États-Unis, de la Russie, de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne allaient tous prendre la parole au mémorial alors que sa demande de s’adresser au forum avait été rejetée.

Yad Vashem a déclaré que les orateurs représenteront les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale et le pays qui a perpétré la Shoah – l’Allemagne.

L’annonce de la Pologne intervient dans le cadre d’un différend entre Varsovie et Moscou sur des allégations de collaboration avec les nazis et de responsabilité dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En décembre, Poutine a accusé la Pologne d’avoir été de mèche avec Adolf Hitler pendant la guerre. Il a également présenté la Pologne comme un pays antisémite qui a accueilli favorablement les plans du dictateur nazi visant à anéantir les Juifs d’Europe.

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