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Mireille Knoll : perpétuité et 18 ans requis contre les accusés

"C'est bien sûr par la question de l'antisémitisme qu'il faut commencer. Bien évidemment il est l'objet de questions, auxquelles vous devrez répondre", a déclaré l'avocat général

Mireille Knoll, survivante de la Shoah, qui a été assassinée chez elle le 23 mars 2018 à Paris. (Autorisation)
Mireille Knoll, survivante de la Shoah, qui a été assassinée chez elle le 23 mars 2018 à Paris. (Autorisation)

L’accusation a commencé mardi après-midi à requérir au procès des deux hommes accusés d’avoir tué chez elle à Paris Mireille Knoll, une vieille dame juive dont le meurtre avait suscité une vive émotion en France et à l’étranger.

Yacine Mihoub, 32 ans, et Alex Carrimbacus, 25 ans, sont jugés pour « avoir volontairement donné la mort à Mireille Knoll, avec ces circonstances que les faits ont été commis sur une personne qu’ils savaient particulièrement vulnérable en raison de son état physique ou mental et, au surplus, à raison de l’appartenance de la victime à la religion juive ».

« C’est bien sûr par la question de l’antisémitisme qu’il faut commencer. Bien évidemment il est l’objet de questions, auxquelles vous devrez répondre », a déclaré l’avocat général Jean-Christophe Muller au début de son réquisitoire devant la cour d’assises de Paris.

L’avocat général a requis mardi la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de Yacine Mihoub et dix-huit ans de réclusion contre Alex Carrimbacus.

Yacine Mihoub, 32 ans, est « le seul auteur », « le responsable unique du meurtre particulièrement sauvage de Mme Knoll », a estimé le magistrat, Jean-Christophe Muller, devant la cour d’assises de Paris. Il a agi ainsi « parce qu’elle était en état de vulnérabilité », et ce, dans « un contexte d’antisémitisme ».

Le ministère public a assorti sa réquisition à la réclusion à perpétuité d’une période de sûreté de dix-huit ans à l’encontre de M. Mihoub, déjà condamné à six reprises notamment pour agression sexuelle.

M. Carrimbacus, 25 ans, n’est « ni complice, ni coauteur du meurtre » mais par « contamination », son caractère antisémite « lui est également imputable », a ajouté l’avocat général. Il a réclamé une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle pour vol aggravé, avec une période de sûreté de neuf ans.

Par ailleurs, trois ans d’emprisonnement ont été demandés à l’encontre de la mère de Yacine Mihoub, Zoulikha Khellaf, 61 ans. Elle est accusée d’avoir détruit des objets en lien avec la scène du crime et nettoyé le couteau utilisé pour tuer Mireille Knoll.

Le 23 mars 2018, les pompiers appelés pour un feu dans un HLM de l’est parisien, découvraient sur son lit médicalisé le corps de Mireille Knoll lardé de 11 coups de couteaux et en partie calciné.

Un homme tient une pancarte alors que des personnes se rassemblent pour demander justice pour feu Sarah Halimi sur la place du Trocadéro à Paris, le 25 avril 2021. (Photo par GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Le drame – survenu un an après le meurtre de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon – avait suscité une grande « marche blanche » dans Paris et relancé le débat sur l’antisémitisme en France.

Pendant l’enquête et tout au long du procès, les deux accusés ont livré des versions qui s’affrontent, chacun incriminant l’autre pour le meurtre, et ont rejeté les accusations d’antisémitisme.

Invité fin octobre sur RMC, Daniel Knoll, l’un des fils de Mireille Knoll, avait affirmé appréhender le procès comme « un moment très, très difficile ».

« L’émotion monte, le fait de savoir que je vais voir ces deux monstres aujourd’hui, ça m’horripile », avait-il témoigné.

« Je ne sais pas si j’arriverais à faire le deuil. J’espère qu’après je me sentirais plus libre. Mais je ne sais pas. On attend de connaître la vérité, mais venant de la part de deux monstres, dont le voisin, je ne suis pas sûr que l’on connaisse un jour la vérité », avait-il ajouté.

Daniel Knoll avait également fait un rapprochement avec les attaques terroristes islamistes qui ont touché la France ces dernières années.

Daniel Knoll, reçu par Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 28 mars 2018, jour de la marche blanche en hommage à sa mère assassinée (Crédit: capture d’écran RMC)

« Je pense à tous ces gens qui ont été assassinés par quelqu’un qui dit ‘Allah Akbar’, des gens qui ne comprennent rien à la religion car toutes les religions sont plutôt amour. Que ce soit le père Hamel, Samuel Paty… Je pense qu’il devrait y avoir des lycées Samuel Paty en France et sanctionner très sévèrement ceux qui n’ont pas respecté l’hommage à son égard. »

« Il est temps qu’en France, enfin ça change, que les criminels, que les gens qui commettent des choses insupportables soient vraiment punis. (…) On est dans un pays démocratique faible, trop faible. Tous ces gens méritent de graves punitions. »

Il avait ainsi estimé qu’il y avait trop de tolérance à l’égard de l’apologie du terrorisme dans le pays.

« Et à cause de ça, on voit la montée des extrêmes, car aucun gouvernement ne réagit », avait-il dit. « J’attendais Sarkozy et son Karcher, il n’est jamais venu. J’espérais Valls, il n’a pas fait ce qu’il devait faire. En fait, personne ne fait rien. Ils parlent tous mais ils n’agissent pas. »

« Moi personnellement je n’ai pas peur, mais je pense que l’avenir des Juifs en Europe n’est pas bon », avait-il conclu.

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