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Décès de Catherine Ringer, célèbre voix juive du groupe rock des Rita Mitsouko

La chanteuse a été "emportée par un cancer foudroyant", ont annoncé ses trois enfants désormais orphelins

La chanteuse et musicienne française Catherine Ringer pose à côté d’œuvres de son père, Sam Ringer, à Paris, le 24 janvier 2023. (Crédit : Joël SAGET / AFP)
La chanteuse et musicienne française Catherine Ringer pose à côté d’œuvres de son père, Sam Ringer, à Paris, le 24 janvier 2023. (Crédit : Joël SAGET / AFP)

Catherine Ringer, chanteuse du mythique duo français des Rita Mitsouko qu’elle avait formé avec son compagnon Fred Chichin, est décédée d’un cancer à l’âge de 68 ans, ont annoncé mardi à l’AFP ses enfants.

« C’est avec une immense tristesse que la famille et les proches de Catherine Ringer annoncent son décès, emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre 2026 », indique leur communiqué.

« Artiste française majeure, moitié des Rita Mitsouko, Catherine Ringer a marqué plusieurs générations par sa voix et ses chansons, sa grande liberté et sa singularité », souligne le communiqué de sa famille.

Née le 18 octobre 1957 en banlieue parisienne d’un père survivant de la Shoah et artiste-peintre et d’une mère architecte, Catherine Ringer avait quitté l’école à 15 ans, multipliant les expériences artistiques et s’aventurant même dans le porno, un passé qu’elle n’a jamais renié.

C’est en 1979, qu’elle rencontre Fred Chichin qui allait devenir son âme sœur et son compagnon de route au sein des Rita pendant plusieurs décennies.

Après le décès de Fred Chichin, emporté lui aussi par un cancer fulgurant à l’âge de 53 ans, Catherine Ringer avait d’abord quitté la scène avant d’y remonter peu à peu, continuant à perpétuer l’héritage des Rita.

En 1986, sur le plateau de Canal+, elle avait tenu tête à Serge Gainsbourg qui la couvrait d’insultes en lui renvoyant au visage son court passé dans le X.

Serge Gainsbourg lors d’une conférence de presse, le 29 avril 1986 à l’hôtel George V à Paris. (AP Photo/Pierre Gleizes)

En 2019, à la Philharmonie de Paris, elle avait ainsi célébré sur scène le 40e anniversaire de sa rencontre avec Fred Chichin. A chaque date anniversaire de sa mort, Catherine Ringer disait ressentir « un manque total d’énergie, comme si on m’avait tout aspiré ». « Voilà il faut que je fasse une petite pause à ce moment-là », confiait-elle sur France Inter début 2024.

« Ce n’est pas non plus un but dans la vie d’être que heureux. La vie est faite de haut et de bas. Et s’il n’y avait pas les bas, il n’y aurait pas de haut, ce serait plat », avait-elle ajouté.

Plus récemment, elle avait également déclamé de la poésie sur scène confiant à l’AFP, en 2023, avoir « toujours aimé le rythme des mots ». « J’aime bien improviser en rimes, même en plein concert », disait-elle.

Dans un entretien accordé en novembre 2019 au Times of Israël, la chanteuse, née de père et de mère juifs, s’était dit « très heureuse » de venir « enfin » jouer en Israël. « Ça faisait des années que je demandais à mon tourneur de venir, vu qu’il y a beaucoup de Français et que j’ai des attaches avec ce pays », expliquait-elle.

Elle indiquait aussi s’y rendre régulièrement, ayant de la famille à Tel Aviv, et s’y sentir « en terrain ami et familial ». Son concert était pour elle ainsi l’occasion de « soutenir le pays ».

Suite à l’annonce de ce concert, le mouvement de boycott BDS avait appelé la chanteuse de « Marcia Baila », « C’est comme ça », « Andy » ou encore « Le Petit Train » et « Les Histoires d’A. » à l’annuler. « Ma réponse [à leur demande] est dans le fait que je vienne », soulignait-elle, ayant décidé de ne pas leur répondre directement.

French singer Catherine Ringer performs during the 46th Cesar Award ceremony on Friday, March 12, 2021 in Paris. (Dominique Charriau, Pool via AP)

Elle confiait espérer également pouvoir se produire un jour à Jérusalem, « s’il y a du monde intéressé », dans un concert qui rassemblerait aussi bien Israéliens que Palestiniens afin d’aider à sa manière à la paix, même si elle s’était alors dit peu concernée par les questions politiques du pays.

Dans ce cadre, l’artiste française et son équipe avaient contacté l’Institut culturel français de Jérusalem, compétent dans les Territoires palestiniens, afin d’envisager sa venue. Elle regrettait de ne pas avoir eu de réponse.

Si elle affirmait ne pas avoir grandi dans la religion juive et en être éloignée, Catherine Ringer disait avoir été élevée « dans le souvenir » et était influencée dans son œuvre et sa vie par cette « philosophie juive du questionnement et du doute ».

En 2018, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) de Paris présentait l’exposition d’un des rouleaux de dessins du père de la chanteuse, Sam Ringer, d’origine juive polonaise. Le rouleau, inclus dans les collections permanentes depuis lors, présente une nouvelle de Shlomo Aleikhem et a été offert à l’établissement par la chanteuse.

L’œuvre est un témoignage de la « vie, de l’art, de l’histoire, des Juifs ashkénazes de cette époque », expliquait Catherine Ringer, qui a rendu hommage à son père, décédé en 1986, dans la chanson « C’était un homme ». Sam Ringer a été interné dans neuf camps de concentration nazis différents, dont Buchenwald, et a réalisé le rouleau au lendemain de la guerre, alors qu’il vivait dans le Kibbutz Nilli qui se trouvait en Bavière, et qui servait alors de camp pour personnes déplacées.

En 2023, Catherine Ringer avait mis aux enchères une centaine d’œuvres de son père. « Il m’a transmis sa force de vie », avait-elle déclaré à l’AFP.

Chanteuse engagée notamment contre l’extrême droite, Catherine Ringer avait, en 2024, revisité La Marseillaise pour célébrer l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution.

« Marchons et chantons cette loi pure dans la Constitution », avait-elle chanté en reprenant l’hymne national à Paris devant le ministère de la Justice.

« Il suffisait de quelques notes pour reconnaître sa voix. De quelques secondes sur scène pour saisir cette énergie qui n’appartenait qu’à elle. Des Rita Mitsouko à sa carrière solo, libre, audacieuse, inimitable, Catherine Ringer aura marqué la musique française », a salué sur X la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.

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