Décès de David Kessler, ce « véritable mensch »
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Décès de David Kessler, ce « véritable mensch »

Une pluie d'hommages a suivi la mort du haut fonctionnaire dans le monde des médias et de la culture, qui a également été administrateur de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

David Kessler, en 2017. (Crédit : XAVIER LEOTY / AFP)
David Kessler, en 2017. (Crédit : XAVIER LEOTY / AFP)

Il a été à la tête du CNC, des Inrocks, de France Culture et conseilla Lionel Jospin, François Hollande et Bertrand Delanoë : le haut fonctionnaire David Kessler est décédé lundi à l’âge de 60 ans, déclenchant une vague de réactions.

Personnalité d’influence dans le monde des médias et de la culture, il est décédé à son domicile parisien, a annoncé sa famille dans la nuit de lundi à mardi à l’AFP, sans préciser la cause du décès.

Né le 24 février 1959, le père de David Kessler, Paul, était physicien et directeur de recherches au CNRS. Sa mère, Colette, née Oppenheim, universitaire spécialiste de l’enseignement du judaïsme, avait cofondé le Mouvement juif libéral de France et été vice-présidente pendant plus de 30 ans de l’Amitié judéo-chrétienne de France.

Ancien conseiller culture de Lionel Jospin (1997-2001), David Kessler dirigeait depuis 2014 Orange Content, la division « contenus » de l’opérateur de télécoms, qui regroupe notamment la filiale de production « Orange Studio » et OCS.

Il y a encore quelques jours, il se félicitait du succès du film « La belle époque » de Nicolas Bedos, nommé aux César dans 11 catégories.

« C’est quelqu’un qui ne voulait pas faire carrière mais il avait tellement de talents qu’on pensait à lui », a commenté sur France Inter l’ancien Premier ministre Lionel Jospin. « J’appréciais son intelligence et son immense culture. » Beaucoup sur Twitter l’ont remercié pour les avoir justement aidé à démarrer leur carrière.

Il « a consacré sa vie à la culture sous toutes ses formes et à la création dans toutes ses dimensions. C’est ainsi qu’il pensait servir son pays, au sein de l’Etat ou à la tête de grands organismes publics ou privés. Nombreux sont ceux qui le pleurent aujourd’hui », lui a rendu hommage François Hollande sur Twitter, tandis que l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, dont il fut le conseiller chargé de la culture (2009-2011), a salué un être « intelligent, cultivé, rayonnant, libre ».

Avant de prendre les rênes d’Orange Content, ce spécialiste de Spinoza avait démarré sa carrière en tant que professeur de philosophie à Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais). Il avait occupé le poste de conseiller culture et communication à l’Elysée, auprès du président socialiste François Hollande, de mai 2012 à juin 2014. Son nom avait d’ailleurs circulé à plusieurs reprises pour des fonctions ministérielles.

Outre ses activités dans le monde politique, il avait dirigé le Centre national du cinéma (CNC) de 2001 à 2004. Normalien, agrégé de philosophie et énarque de la promotion « Liberté, Egalité, Fraternité », il avait également pris la tête du magazine culturel Les Inrockuptibles de 2011 à 2012.

Il a aussi été directeur de la publication de la version française du site d’informations Huffington Post, directeur de France Culture (2005-2008), directeur général du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de 1996 à 1997, et brièvement conseiller du PDG de France Télévisions.

« Sa parfaite connaissance des acteurs et des rouages du secteur en faisait l’un des experts les plus reconnus et les plus respectés », a salué le CSA dans un communiqué.

« Il a tant fait, sa vie durant, du CNC à France Culture, de Matignon à l’Elysée, pour que nous vivions dans un monde meilleur, plus civilisé, ouvert. Son intelligence et son infinie bienveillance nous manqueront irrémédiablement », a abondé le CNC.

David Kessler était père de trois enfants. Après le décès en février 2010 de son épouse, l’universitaire Sophie Kessler Mesguich, figure majeure des études hébraïques en France, il avait refait sa vie avec Cyril Pigot, expert en marché de l’art.

« Je me suis marié deux fois, la première fois avec une femme, la seconde avec un homme. C’est tout », avait-il confié au JDD. « Je ne suis absolument pas militant, mais j’assume parfaitement ma vie. »

David Kessler avait été fait Chevalier de l’ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres‎ et Chevalier des Palmes académiques.

David Kessler, au festival de Cannes, en 2014. (Crédit : BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Sur Twitter de très nombreuses personnalités des médias lui rendent hommage, comme Sibyle Veil, patronne de Radio France (où il avait travaillé en tant que chargé de la stratégie et des contenus). La dirigeante a salué le « subtil connaisseur de l’audiovisuel (qui) a toujours défendu la transmission des savoirs et l’ouverture d’esprit » ; ou le patron de Canal+ Maxime Saada qui a souligné le « choc dans la profession » à la suite de la disparition de ce « véritable amoureux de cinéma ».

« Compagnon de révisions, à la rare puissance intellectuelle, bienveillant avant que cette qualité devienne à la mode, érudit et drôle, époux de Sophie puis changeant sa vie, libre et engagé à la fois », a écrit Pierre Louette, PDG du groupe Les Echos.

« La disparition brutale de David Kessler nous ampute désormais d’un homme de culture, brillant et pondéré, charmant, un homme qu’on aimait consulter pour ses avis toujours éclairés, pétris d’histoire et de philosophie. Un homme aimable et aimé. Infinie tristesse », a ajouté Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions.

Le philosophe Raphaël Enthoven, le présentateur Marc-Olivier Fogiel, l’écrivaine Caroline Fourest, le journaliste Pierre Lescure, Gilles Jacob, ancien président du festival de Cannes, Alain Seban, ancien président du Centre Pompidou, Laurent Vallet, président de l’INA, Nicolas de Tavernost, président du directoire du groupe M6 ou encore Vincent Monadé, président du Centre national du livre, et Philippe Robinet, directeur général des éditions Calmann-Lévy, lui ont également rendu hommage.

« Je n’oublierai jamais, entre mille choses, qu’il a été le premier à croire et soutenir le Festival Solidays et l’association Solidarité Sida », a elle rappelé Agathe Bousquet, la présidente de Publicis Groupe en France.

De nombreuses autres personnalités d’horizons divers se sont joints à l’hommage, et notamment le grand-rabbin de France Haïm Korsia, qui a écrit : « Emotion et tristesse à l’annonce du décès de David Kessler. Que sa mémoire soit bénie. »

« Profonde tristesse et choc en apprenant cette nouvelle », a lui écrit le rabbin Gabriel Farhi. « David Kessler m’avait accompagné dans mes études rabbiniques et je lui dois mon premier poste au sein du Mouvement juif libéral de France. Constamment bienveillant, d’une érudition rare et d’une gentillesse sans égale. »

La Fondation pour la Mémoire de la Shoah a elle salué son « rôle primordial dans la création » de l’institution « avant d’en devenir administrateur de 2007 à 2012 ». Un tweet d’hommage a également été posté par le CRIF – institution qu’il avait critiquée en 2011 dans une tribune publiée dans le journal Libération intitulée « Maintenant, le CRIF liste les Juifs ! » dans laquelle il s’était inquiété des « dérives » de l’organisation « vers un judaïsme sectaire et communautaire ».

« Très triste d’apprendre la disparition de mon ami David Kessler », a quant à lui écrit le ministre de la Culture Franck Riester. « Il nous laisse à tous le souvenir d’un homme brillant et passionné. Celui d’un amoureux de culture. »

Des propos appuyés également dans le monde politique par les anciens ministres Jean-Jacques Aillagon et Matthias Fekl, la maire de Paris Anne Hidalgo, les députées Aurore Berger et Emilie Cariou, le sénateur David Assouline, l’ambassadeur Romain Nadal, le maire de Cannes ou encore le candidat à la mairie de Paris Gaspard Gantzer.

L’avocate Isabelle Wekstein résume bien le personnage : « Un véritable mensch. » Qui manquera à beaucoup.

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