Décès de Yossi Sarid, figure de proue de la gauche israélienne
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Décès de Yossi Sarid, figure de proue de la gauche israélienne

L'ancien ministre et député est décédé vendredi soir à l'âge de 75 ans

L'ancien parlementaire de gauche Yossi Sarid à une réunion du comité des affaires étrangères et de la défense au parlement israélien pendant une session sur le 40ème anniversaire de la guerre du Kippour, le 15 Octobre 2013.(Crédit : photo par Flash 90)
L'ancien parlementaire de gauche Yossi Sarid à une réunion du comité des affaires étrangères et de la défense au parlement israélien pendant une session sur le 40ème anniversaire de la guerre du Kippour, le 15 Octobre 2013.(Crédit : photo par Flash 90)

L’ancien ministre et député Yossi Sarid, figure de proue de la gauche israélienne, connu pour ses déclarations incisives sur le conflit israélo-palestinien, est décédé vendredi soir à l’âge de 75 ans.

Son fils, Yishai Sarid, a déclaré vendredi que son père était mort des suites d’une maladie cardiaque. « Mon père est décédé vers 21h30, apparemment des suites d’un problème cardiaque dont il souffrait depuis de nombreuses années. Un leader courageux, combattant de la paix et grand sioniste vient de s’éteindre. Nous sommes tristes, en tant que famille et en tant que part de la nation d’Israël. »

Connu pour son style articulé, sardonique et coloré, Sarid a été membre de neuf Knesset entre 1974 et 2006, servant comme législateur pour les parties Alignement (travailliste), Ratz et Meretz.

Icône de la gauche israélienne, Sarid a été deux fois ministres – de l’éducation et de l’environnement, et a dirigé le parti Meretz de 1996 à 2003, et était chef de l’oppostion pendant les deux dernières années de sa direction.

Né à Rehovot en octobre 1940, Yossi était le fils de Yaakov Sarid, directeur général du ministère de l’éducation. Sa mère était professeur.

Après son service militaire, durant lequel il était correspondant militaire et membre des corps d’artillerie, Sarid a commencé sa carrière politique. Il est entré à la Knesset en 1973 et y est resté 32 ans. Yossi Sarid avait pris sa retraite en 2006 après une carrière politique de plus de trente ans, marquée entre autres, par sa présidence du parti de gauche Meretz.

Sarid a quitté le parti Alignement pendant le onzième terme de la Knesset, quand le parti est entré dans une coalition d’union nationale avec les Likud et les partis ultra-orthodoxes. Il a rejoint le Ratz (qui n’existe plus), avant que celui-ci ne s’allie avec le Mapam pour former le Meretz.

Sous le gouvernement de Yitzhak Rabin (1992-1995), le petit parti pesa par son support au processus de paix et ensuite à la signature des accords d’Oslo.

Après les élections de 2003, quand le Meretz passa de dix sièges à la Knesset à 6, Sarid démissionna de la direction du parti mais resta député. Faucon relatif du parti le plus à gauche de la scène politique israélienne, Sarid accusa le président d’alors de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, pour la chute du Meretz, et déclara que la violence de la Seconde Intifada avait fait perdre aux Israéliens l’espoir de paix.

Yossi Sarid a plaidé, d’abord comme homme politique, puis à la fin de sa vie comme chroniqueur, notamment dans le quotidien de gauche Haaretz, pour la fin de l’occupation israélienne en Cisjordanie et la création d’un Etat palestinien.

Les privilèges accordés aux ultra-orthodoxes – subventions généreuses de l’Etat aux écoles religieuses et exemption du service militaire – étaient aussi un de ses chevaux de bataille.

Orateur de renom, Sarid s’est une fois vanté : « Au cours des années, et avec l’approbation de Menachem Begin, je me suis fait un nom comme l’orateur le plus talentueux du Parlement. Quand je montais à l’estrade pour parler comme l’un des plus jeunes députés du moment, Menachem Begin, le grand orateur, insistait pour que ses collègues entrent en plénière pour écouter Yossi, « qu’il est important d’entendre sur la forme et sur le fond ».

Begin, un adversaire membre du Likud, est considéré comme l’un des plus grands rhétoriciens de l’histoire politique d’Israël.

« J’ai participé au passage de dizaine de lois, peut-être de centaines. Mais ma gloire ne réside pas dans mon travail législatif (…) Je me suis fait un nom dans les différents postes que j’ai occupés comme quelqu’un qui est déterminé à aller contre le vent, lorsque le vent est mauvais, à nager contre le courant, lorsqu’il est sale, et à payer le prix pour sa détermination », avait-il déclaré en 2014 dans une interview, citée par Haaretz.

Après sa retraite, Sarid est retourné à l’écriture, insérant dans ses articles politiques pour Haaretz une prose hébraïque littéraire et embellie. Il a aussi écrit de la poésie, publiant six livres dans ce genre littéraire. Son dernier article a été publié par Haaretz vendredi, quelques heures avant sa mort.

Yossi Sarid (Crédit : CC BY SA 3.0)
Yossi Sarid (Crédit : CC BY SA 3.0)

« Avec la mort de Yossi Sarid, s’est éteinte une des voix importantes, originales et tranchantes de l’arène parlementaire et publique en Israël », a écrit le chef de l’opposition israélienne, le travailliste Isaac Herzog sur sa page Facebook. Il a décrit Sarid comme un « important leader du camp de la paix israélien. »

« Sa voix, claire et tranchante, s’élevait toujours opiniâtrement pour une vérité courageuse et sans compromis à laquelle il croyait de tout son cœur. En tant que ministre de l’Éducation, il a laissé une marque profonde sur le système éducatif et sur le pays tout entier. Ses croyances, ses écrits et le travail de toute sa vie resteront un héritage formidable qui restera avec nous pour les années à venir, » a-t-il ajouté.

La responsable du parti Meretz, Zehava Gal-on, a rendu hommage à son ancien collègue dans un post Facebook vendredi soir. « Yossi Sarid, mon ami et mentor, est parti. Le plus grand amoureux d’Israël et des Israéliens, sa mort est une perte immense pour moi et une lourde perte pour tout le pays. Yossi était mon ami depuis 1984, quand il a quitté le parti travailliste et que nous sommes devenus partenaires dans le parti et dans nos chemins de vie. Il était un guide, une balise de moralité et de responsabilité, qui savait toujours comment articuler son hébreu unique dans une voie claire, consistante et sans peur. Dans sa personnalité et ses actions, Yossi Sarid représente le meilleur personnage de l’état d’Israël : pédagogue, démocratique, laïc, paisible et luttant pour l’égalité et l’amour. Il a rendu ce pays meilleur par chacune des fonctions qu’il a occupées, et je m’engage à continuer sur son chemin et ses valeurs. »

Le président du groupe Meretz à la Knesset, Ilan Gilon a déclaré que l’on se « souviendrait toujours [de Sarid] comme l’homme qui a écrit une marque indélébile sur l’éducation en Israël. Après sa carrière politique, il est devenu un journaliste et un homme de lettres pourvu d’une langue acérée comme un rasoir et une voix pure, fidèle aux valeurs de l’humanisme, des droits de l’homme et de la paix. Son image sera toujours gravée dans nos cœurs. »

La députée MK Tamar Zandberg (Meretz) à une séance d'une commission parlementaire à la Knesset le 30 juin 2015 (Crédit photo: Issac Harari / Flash90)
La députée MK Tamar Zandberg (Meretz) à une séance d’une commission parlementaire à la Knesset le 30 juin 2015 (Crédit photo: Issac Harari / Flash90)

La députée Tamar Zandberg, une collègue du Meretz, a déclaré que la mort de Sarid était « une perte personnelle et politique pour la gauche et le pays tout entier. Nous parlons d’un leader, d’une personne honnête et tranchante, d’un homme courageux dont j’ai appris beaucoup au fil des ans. Nous avons pleuré son départ de la vie politique et maintenant nous portons le deuil de son décès. Que sa mémoire soit bénie. »

Le député Meretz Issawi Frej a declare que « Sarid était un père pour moi, et a servi de boussole politique et idéologique. Yossi est l’une de des personnes grâce à qui je continue à croire en la possibilité de rendre l’Etat d’Israël un endroit meilleur et plus juste. »

La députée de l’Union Sioniste Tzipi Livni a qualifié le décès de Sarid comme « la mort d’un combattant pour l’essence du pays. Vous pouviez ne pas être d’accord avec lui, mais vous ne pouviez pas éviter d’écouter ses mots tranchants. Même les plus cyniques, ses mots provenaient toujours de l’endroit le moins cynique et le moins douloureux possible. Que sa mémoire soit bénie, » a-t-elle déclaré.

Meray Ichaeli, une autre députée de l’Union sioniste, a aussi rendu hommage à Sarid, l’appelant un modèle. « J’ai été fan de Yossi Sorid depuis juin 1982. J’étais en première cette année quand la [première] guerre du Liban a éclaté. Le seul à s’y opposer clairement et bruyamment était Yossi Sarid. Tous les autres ont pris plus ou moins du temps à comprendre que la guerre était futile et je me souviens comme j’avais été impressionnée de son courage à s’élever contre elle. Il a été un modèle pour beaucoup d’entre nous et est maintenant une grande perte pour nous tous, même ceux qui s’opposaient à lui. Sa voix est une voix dont Israël a besoin maintenant plus que jamais, et il est de notre responsabilité qu’elle continue à être entendue. Comme il est triste d’être séparée de lui si tôt. »

AFP a contribué à cet article.

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