Décès d’Eli Broad, grand businessman et mécène de l’art américain
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Décès d’Eli Broad, grand businessman et mécène de l’art américain

Après avoir créé sa fondation, le milliardaire juif avait ouvert son propre musée en 2015, The Broad, lieu culturel phare de Los Angeles

Eli Broad à une cérémonie au Musée d'art contemporain de la Broad Art Foundation à Los Angeles, le 6 janvier 2011. (Crédit : AP Photo / Jae C. Hong, File)
Eli Broad à une cérémonie au Musée d'art contemporain de la Broad Art Foundation à Los Angeles, le 6 janvier 2011. (Crédit : AP Photo / Jae C. Hong, File)

Eli Broad, cofondateur du groupe immobilier Kaufman & Broad, businessman milliardaire et mécène de l’art américain, est décédé le 30 avril dernier au Centre médical Cedars-Sinai de Los Angeles des suites d’une longue maladie, a rapporté The Broad, le musée qu’il a créé dans la ville de la côte californienne. Il était âgé de 87 ans.

Né en 1933, dans le Bronx, à New York, de parents modestes immigrés juifs lituaniens, Eli Broad s’est lancé avec peu, démarrant sa carrière en effectuant différents emplois précaires. Il part en laissant un gigantesque empire – sa fortune était estimée à 6,8 milliards de dollars en 2019, selon le magazine Forbes, faisant de lui la 233e fortune mondiale.

Associé avec le promoteur Donald Kaufman, il a créé KB Home (anciennement Kaufman & Broad) en 1957, entreprise qui deviendrait un géant de l’immobilier aux États-Unis et en France. Il a par la suite dirigé le géant des services financiers SunAmerica – vendu à AIG en 1998 pour 18 milliards de dollars. Il était ainsi le seul homme à avoir deux sociétés distinctes classées dans le Fortune 500, classement des 500 premières entreprises américaines selon leur chiffre d’affaires.

Après sa carrière de businessman, Eli Broad est devenu un grand philanthrope, notamment en faveur des arts, de l’éducation et de la recherche médicale. Il a financé et redynamisé le centre-ville de Los Angeles, en soutenant des institutions culturelles de la ville à hauteur de près d’un milliard de dollars. Partisan d’un accès à l’art pour tous, il est l’un des fondateurs du Musée d’art contemporain (MOCA) dans les années 1970, il a créé une fondation, The Broad Art Foundation, en 1984 – qui a donné son nom à une aile du Musée du comté de Los Angeles (LACMA) en 2008 et qui a prêté près de 9 000 œuvres à plus de 550 musées et galeries à travers le monde – et il a financé la construction du Walt Disney Concert Hall, inauguré en 2003, parmi d’autres projets philanthropes.

The Broad mourns the passing of Eli Broad, philanthropist, tireless civic leader, and our founder. Mr. Broad was…

Posted by The Broad on Friday, April 30, 2021

Eli Broad a fini par ouvrir son propre musée en 2015, The Broad, lieu culturel phare de Los Angeles. L’endroit est destiné notamment à abriter les œuvres de la collection personnelle d’Eli Broad et de son épouse Edythe – soit 2 000 œuvres de plus de 200 artistes, parmi lesquels Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons, Takashi Murakami ou encore Andy Warhol. Alors que l’endroit, dont l’accès aux collections permanente est gratuit, visait les
250 000 visiteurs par an, il en a accueilli 900 000 rien qu’en 2019.

Eli Broad, à droite, fondateur du Broad, et sa femme Edythe à l’ouverture du musée à Los Angeles, le 17 septembre 2015. (Crédit : Chris Pizzello / Invision / AP, File)

« Eli voyait l’art comme un moyen pour lutter et construire un meilleur monde pour tous. C’était un chef de file farouchement engagé pour la communauté, sa ténacité et son plaidoyer pour l’art ont changé Los Angeles de manière indélébile. Il restera longtemps dans nos mémoires pour sa générosité sans pareille qui s’est exprimée, avec passion et ampleur, dans le partage de l’art », a déclaré Joanne Heyler, sa collaboratrice de toujours, Founding Director de The Broad. « J’ai eu le privilège de travailler trente ans avec Eli, guidée par sa vision singulière, sa persévérance, son sens du leadership (…) Bien qu’il fut connu pour sa ténacité qui le distinguait des autres mécènes, ce qui m’a frappée profondément, c’est son engagement profond dans sa mission de service public (…) Los Angeles s’est transformée, grâce à sa générosité. »

« C’est une triste nouvelle. Entrepreneur, grand amateur d’art, mécène et philanthrope, Eli Broad a contribué grandement à la transformation de Los Angeles qui fait désormais partie des grandes capitales internationales de l’art. Je pense à sa famille et en particulier à son épouse qui partageait sa passion de l’art avec une même ferveur et avec laquelle il a ouvert son musée d’art contemporain », a lui réagi auprès du Figaro l’homme d’affaires et collectionneur François Pinault.

« Sans Eli Broad, et sa femme Edye, Los Angeles ne serait pas devenue une capitale de l’art et de la culture », a estimé Scott Stover, ancien président de la Centre Pompidou Foundation, qui réunit les Amis américains du musée parisien. « Ensemble, ils ont été visionnaires et des acteurs essentiels du renouveau de Downtown L.A. au service duquel Edye et Eli ont mis toute leur énergie, leurs réseaux et leurs moyens financiers personnels. D’abord, pour la création de MOCA en 1979, puis du magnifique bâtiment du Disney Centre, un des bijoux dans l’œuvre de Frank Gehry et enfin son propre musée, The Broad, ouvert en 2015. Malgré son immense succès, l’homme, Eli, avait conservé sa simplicité. Il me téléphonait de son portable pour s’occuper lui-même de son voyage à Paris avec des amis pour le vernissage au Centre Pompidou en 2006 de ‘Los Angeles : naissance d’une capitale artistique 1955-1985’. Une autre fois en sortant d’un dîner à La Maison de Verre à Paris, je l’ai accompagné avec son épouse, Edye, au stand du taxi à la rue du Bac, étonné qu’il n’y ait pas une voiture de maître qui l’attendait. »

Eli Broad lors du dévoilement de l’architecture du Broad à Los Angeles, le 6 janvier 2011. (Crédit : AP Photo / Jae C. Hong, File)

« La première fois que je l’ai rencontré en tête-à-tête, il m’a donné rendez-vous dans sa maison à Malibu construit par Richard Meier face à l’océan baigné d’une lumière blanche, murs blancs pour mettre en scène quelques chefs-d’œuvre », s’est souvenu Scott Stover, actuel président de Global Art Development. « Il est l’un des premiers que j’ai consultés au début de ma réflexion sur la stratégie à suivre pour réussir ce qui est devenu le Centre Pompidou Foundation. La baser à Los Angeles en 2006 et non à New York. Sa maison de Brentwood dessinée par Frank Gehry abrite des œuvres majeures, une pièce monumentale de Richard Serra dans le jardin, des chefs-d’œuvre de Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Andy Warhol, Roy Lichtenstein… et une magnifique suite de tableaux de Cy Twombly qui couvrent tous les murs de la salle à manger. »

Eli Broad laisse derrière lui son épouse Edythe, aujourd’hui âgée de 85 ans, et leurs deux enfants, Jeffrey et Gary.

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