Décret Trump sur les visas : Pour les Israéliens, « plus de bruit que de mal »
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Décret Trump sur les visas : Pour les Israéliens, « plus de bruit que de mal »

Le décret US suspend, jusqu'à fin 2020, le visa L-1 utilisé par les sociétés israéliennes pour leurs salariés ; mais les visas E-1 et E-2 plus souvent utilisés ne sont pas touchés

Le président américain Donald Trump lors d'un rassemblement de campagne, à North Charleston, Caroline du Sud, le 28 février 2020. (AP Photo/Patrick Semansky)
Le président américain Donald Trump lors d'un rassemblement de campagne, à North Charleston, Caroline du Sud, le 28 février 2020. (AP Photo/Patrick Semansky)

Le décret du président américain Donald Trump suspendant l’entrée de certains travailleurs étrangers jusqu’à la fin de 2020 aura un impact sur les Israéliens cherchant à travailler aux États-Unis, ajoutant aux obstacles causés par la pandémie de coronavirus, qui a vu les consulats américains imposer des restrictions sur les visas d’entrée.

La décision de lundi, dont la Maison Blanche a expliqué qu’elle était destinée à aider l’économie américaine frappée par le virus, s’est heurtée à une forte opposition locale de la part des groupes d’affaires américains et des grandes entreprises technologiques, qui ont déclaré que la suspension étoufferait plutôt la reprise économique car elle bloquerait l’entrée de talents mondiaux hautement qualifiés, indispensables à leurs entreprises.

Le décret exempte les personnes qui se trouvent déjà aux États-Unis et celles qui ont un visa en cours de validité et qui sont maintenant à l’étranger.

Les catégories de visas qui sont bloquées, du 24 juin à la fin de l’année, comprennent les visas H-1B pour les travailleurs qualifiés souvent utilisés par l’industrie technologique mondiale et les visas L-1 pour les cadres, les gestionnaires et les travailleurs spécialisés qui sont transférés au sein d’une entreprise.

Des Israéliens qui attendent un visa américain font la queue à l’ambassade des États-Unis à Tel Aviv. (Crédit photo : AP/Eitan Hess-Ashkenazi/File)

Les entreprises technologiques qui n’ont pas encore terminé une nouvelle procédure de relocalisation pour un employé seront touchées, a déclaré Liam Schwartz, le chef du service de relocalisation du cabinet d’avocats Goldfarb Seligman & Co à Tel Aviv. Mais à part cela, l’effet du décret « est limité pour un certain nombre de raisons », a-t-il déclaré.

« Les consulats américains ne délivrent pas de visas de toute façon : le Département d’État a suspendu tous les services de visa en mars de cette année en raison de la crise du COVID, et il n’y a toujours pas de date cible pour la reprise de ces services de visa », a déclaré Schwartz. « Le décret n’a pas d’impact sur les employés qui sont déjà aux États-Unis, ou qui sont en dehors des États-Unis et qui ont des visas valides ».

Les Israéliens ne sont généralement pas éligibles pour les visas H-1B de toute façon, qui permettent aux entreprises américaines d’offrir des emplois de niveau professionnel à des experts étrangers titulaires de diplômes universitaires pertinents. Le visa H-1B est soumis à un quota mondial annuel, de sorte que les chances d’en obtenir un sont très faibles ; ils sont principalement attribués à des travailleurs qualifiés originaires d’Inde et de Chine.

Les Israéliens ont l’habitude de demander le visa L-1, qui permet à une entreprise de placer des travailleurs clés à des postes de direction ou de technologie pendant trois ans, avec une option de prolongation de la période. Ces employés doivent travailler dans la startup ou l’entreprise pendant au moins un an avant de demander le visa.

Liam Schwartz, chef du service de relocalisation du cabinet d’avocats Goldfarb Seligman & Co à Tel Aviv. (Autorisation)

Le permis de travail L-1 « était auparavant le principal visa de relocalisation de travail pour transférer un directeur d’entreprise ou un directeur spécialisé vers une filiale américaine », a déclaré M. Schwartz. Mais ces dernières années, de moins en moins d’entreprises israéliennes l’utilisaient comme un laissez-passer pour entrer aux États-Unis en raison de l’examen « très hostile » auquel elles devaient se soumettre de la part de l’agence américaine de l’immigration, qui a durci ses politiques sous Trump.

En 2017, le président américain a appelé à un « contrôle extrême » des étrangers entrant aux États-Unis.

Le nouveau blocage des visas L-1 signifie que les employés qui doivent déménager aux États-Unis n’obtiendront pas de permis pour s’y installer avec leur famille avant la fin de 2020, et certainement pas avant le début de l’année scolaire, a déclaré M. Schwartz.

Heureusement, a-t-il dit, il existe d’autres permis de visa qui n’ont pas été touchés et qui sont de plus en plus utilisés par les entreprises israéliennes pour faire entrer leurs travailleurs aux États-Unis, le visa L-1 étant devenu plus difficile à obtenir. Il s’agit des visas commerciaux E-1 et des visas d’investisseur E-2, ainsi que des visas de capacité extraordinaire O-1.

Les deux visas E sont disponibles pour les entreprises détenues à au moins 50 % par des citoyens israéliens.

Le E-1 s’adresse aux entreprises impliquées dans des échanges commerciaux importants avec les États-Unis, le commerce signifiant les exportations ou les importations de services ou de produits. Le visa E-2 ou « visa d’investissement » est destiné aux entreprises qui ont investi un minimum de 100 000 dollars dans la création d’une nouvelle activité commerciale aux États-Unis.

Les deux visas permettent aux entreprises éligibles de transférer leur personnel clé aux États-Unis.

Le nouveau décret n’a également aucun impact sur les visas B1/B2 pour les touristes et les visiteurs d’affaires, a déclaré M. Schwartz.

Dans un sens, l’ordre exécutif fait plus de « bruit de que de mal », a-t-il dit.

Malgré cela, la combinaison de la lutte contre le coronavirus et des nouvelles restrictions en matière de visas aura un impact sur certaines entreprises israéliennes.

« La morsure sera encore fortement ressentie par un bon nombre d’entreprises israéliennes qui attendent désespérément la réouverture des consulats américains afin d’initier des délocalisations pour des employés qui, par définition, sont la clé du succès de leurs activités commerciales aux États-Unis ».

Fin 2018, il y avait 506 entreprises créées par Israël et basées dans l’État de New York, générant des revenus de quelque 18,6 milliards de dollars et employant près de 25 000 New-Yorkais, selon les données compilées par la New York-Israel Business Alliance. En 2017, quelque 50 000 Israéliens vivaient dans la région de la Silicon Valley, selon Ogen, une entreprise de relocalisation qui aide les Israéliens à s’installer aux États-Unis.

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