Demande de clémence pour des soldats accusés de violence sur des Palestiniens
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Demande de clémence pour des soldats accusés de violence sur des Palestiniens

Un père et son fils détenus accusent les soldats de les avoir frappés, piétinés et cognés avec des fusils alors qu'ils étaient attachés avec les yeux bandés

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Photo illustrant l'arrestation de Palestiniens. (Najeh Hashlamoun/Flash90)
Photo illustrant l'arrestation de Palestiniens. (Najeh Hashlamoun/Flash90)

Les parents endeuillés de deux soldats israéliens assassinés, dont des membres de l’unité sont visés par une procédure judiciaire pour avoir sérieusement battu deux suspects Palestiniens attachés et avec les yeux bandés pour se venger de la mort de leur camarades, ont demandé au tribunal militaire de faire preuve de clémence dans leur verdict pour les soldats accusés.

Les demandes écrites sont intervenues alors que des articles de médias ont donné des détails sur les témoignages des deux Palestiniens qui affirment que les soldats les ont frappés à plusieurs reprises et ont forcé l’un des deux, l’adolescent, à regarder son père être battu.

Le sergent Joseph Cohen et le sergent chef Yovel Mor Josef ont été abattus à proximité de l’implantation de Givat Assaf le 13 décembre, dans une attaque qui a également fait deux autres blessés graves – le soldat Netanel Felber et Shira Sabag, une femme civile. Le tireur, Asem Barghouti, a été arrêté par Tsahal environ un mois plus tard.

Cinq soldats israéliens de l’unité de Cohen et Joseph sont inculpés pour avoir brutalement battu deux suspects palestiniens menottés et avec les yeux bandés, un père et son fils de 15 ans, qui ont été arrêtés lors des recherches pour retrouver Barghouti. Les deux Palestiniens étaient suspectés d’avoir aidé le tireur à s’enfuir.

Les soldats impliqués, qui servent tous dans le bataillon religieux Netzah Yehuda de la Brigade Kfir, ont nié les accusations et ont affirmé qu’ils n’ont pas frappé les détenus palestiniens.

Une photo montrant le sergent Yosef Cohen, à gauche, et le sergent d’état-major Yovel Mor Yosef de la Brigade Kfir de l’armée israélienne Les deux hommes ont été tués le 13 décembre 2018 lors d’un attentat terroriste à l’extérieur de l’avant-poste de Givat Assaf, dans le centre de la Cisjordanie. (Armée israélienne)

Dans des lettres adressées à l’avocat militaire de Tsahal et au juge qui vont statuer sur le cas, les parents de Cohen et de Jospeh ont demandé que la douleur émotionnelle dont les soldats accusés ont souffert soit prise en compte, a annoncé le quotidien Yedioth Ahronoth mercredi.

« Ces soldats, qui sont jugés pour avoir frappé des terroristes qui ont assassiné mon fils, ne sont pas des criminels, a écrit Ilana Mor Joseph, la mère de Yuval. Ils partagent notre douleur. Ils sont des frères d’armes de nos fils, leurs camarades.

« La douleur des soldats est ma douleur, leur punition est ma punition, et leur honneur est mon honneur et l’honneur de mon fils », a-t-elle ajouté.

Eliyahu et Odel Cohen, les parents de Jospeh, ont envoyé une lettre invitant à prendre en considération l’argument avancé par les soldats accusés qu’ils n’ont pas reçu de soutien émotionnel pour surmonter la douleur de la mort de leur camarades et qu’ils ont été soumis à une énorme pression émotionnelle quand on leur a demandé de garder deux suspects Palestiniens qui ont aidé le tueur.

« Ces soldats étaient des frères d’armes, des frères de douleur, des frères blessés, et à partir du jour où Joseph a été assassiné, ils sont devenus nos fils, ont écrit les Cohen. En tant que parents endeuillés, nous savons que la douleur du deuil ne les a pas quittés… Le moment où ils ont perdu leurs amis n’est pas un moment pour juger leurs défauts ».

Un dossier d’inculpation a été déposé à la fin du mois dernier contre les cinq soldats, qui sont accusés de violence et d’abus aggravés

Les deux Palestiniens sont suspectés d’avoir aidé Barghouti à s’échapper. Ils restent en détention en Israël, mais n’ont toujours pas été inculpés.

Mardi, le site d’information Ynet a publié des extraits des 300 pages de témoignages que les enquêteurs ont rassemblés auprès du commandant du peloton, le docteur militaire qui a traité les prisonniers, le commandant du bataillon Netzah Yehuda et les deux prisonniers.

Les frères Asem (G) et Salih (D) Barghouti lors d’un rassemblement à Kobar après leur libération de prison israélienne, en avril 2018. (Capture d’écran : Twitter)

L’incident s’est produit le 8 janvier, après que les deux ont été arrêtés lors de l’opération de capture de Barghouti. Ils ont été embarqués dans un véhicule militaire et ont été transportés du village d’Abu Shukheidim vers une base de Tsahal située dans l’implantation de Beit El en Cisjordanie, à environ 15 minutes de là-

Quand ils sont arrivés à la base, les blessures des prisonniers étaient si graves que les officiers de la police aux frontières qui étaient supposés les prendre en charge et les transférer pour être interrogés ailleurs ont refusé de le faire, a rapporté Ynet. Des examens médicaux ont ensuite établi que les Palestiniens avaient souffert de côtes cassées et de nez cassés.

Un des soldats a filmé une partie du passage à tabac, mais la publication des images a été interdite par décision judiciaire.

Dans son témoignage, l’adolescent palestinien a décrit comment en plus de sa propre agression, il a été forcé de regarder les soldats en train de frapper son père.

« J’étais allongé au sol sur le dos, a-t-il dit aux enquêteurs. J’étais menotté dans le dos. J’étais menotté pendant tout le trajet », a-t-il dit et en notant qu’il avait également les yeux bandés.

« Quand je suis entré dans le véhicule, l’un des soldats m’a saisi et m’a jeté dedans. J’ai été frappé au visage, au torse, à l’estomac, aux jambes et aux genoux. Quatre soldats m’ont battu, avec les mains, leurs jambes et leurs armes ».

« Un des soldats m’a piétiné. J’ai pris de nombreux coups au visage. Je ne pouvais pas le compter. Aussi au torse. Ils m’ont frappé au genou avec le canon d’une arme à feu et la crosse d’un fusil au torse, sur les genoux, sur les cuisses et les testicules. Quand je suis sorti du véhicule, j’avais le visage enflé. Je ne pouvais pas ouvrir mon œil gauche. Ma bouche était pleine de sang et aussi ma chemise. Je saignais du nez », a-t-il dit.

L’adolescent s’est rappelé que son bandeau a été retiré afin qu’il puisse voir ce que l’on faisait à son père. L’un des soldats lui a demandé de dire la phrase, « Avec le sang et l’âme nous rachèterons la Palestine », un chant populaire parmi les nationalistes palestiniens.

« Chaque fois qu’ils frappaient mon père, ils me demandaient, ‘Tout va bien ?’ Ils m’ont insulté en arabe. Quand ils m’ont enlevé le bandeau et m’ont dit de regarder mon père alors qu’il était frappé, ‘Regarde ton père, il mérite d’être battu’ ».

« Je les ai vus battre mon père au visage et au torse avec une arme, ça lui a cassé les os, a-t-il dit. Mes mains étaient attachées dans le dos. Je ne pouvais rien faire et je n’ai rien dit. Je ne pouvais pas résister et personne dans le véhicule n’a essayé d’arrêter la violence. Quand ils ont fini de nous battre, ils ont dansé ».

Des soldats, des responsables médicaux et des policiers israéliens inspectent les lieux d’un attentat terroriste près de Givat Assaf, en Cisjordanie centrale, le 13 décembre 2018. (Hadas Parush/Flash90)

Le père a dit qu’il été interrogé pendant une demi-heure dans une maison voisine après son arrestation et ont alors été emmenés par les soldats.

« Au début, ils m’ont frappé avec une ceinture et m’ont insulté. Quand je leur ai demandé pourquoi ils me frappaient, ils m’ont frappé avec la crosse du fusil. Après cela, un des soldats m’a piétiné sur le visage et m’a cassé le nez. J’ai beaucoup saigné pendant le voyage et les soldats ne m’ont rien donné. Ils m’ont battu alors que j’étais inconscient ».

« Ils m’ont piétiné plusieurs fois sur tout le corps, a déclaré le père, se rappelant qu’il avait entendu les soldats frapper son fils. Ensuite, j’ai été opéré et ils ont trouvé que j’avais trois côtes cassées ».

Le fils avait un certain nombre de blessures à la tête et une « enflure importante » au visage, selon le dossier d’inculpation. Le père a de multiples côtes cassés et le nez « gravement » cassé, mais aussi une hémorragie autour de l’estomac. Il a été hospitalisé pendant trois jours après avoir été agressé, selon le dossier d’inculpation.

L’étendue des blessures du père était si importante qu’il n’a pas pu être interrogé pendant plusieurs jours.

Le soldat qui a filmé l’incident a déclaré aux enquêteurs qu’il l’avait fait pour essayer d’embarrasser les soldats afin qu’ils mettent un terme à l’agression. En outre, le soldat a affirmé qu’il avait envoyé la vidéo à l’instructeur de formation de base de l’unité pour lui montrer comment les soldats qu’il avait entraînés avaient mal fini.

Selon l’article de Ynet, le soldat avait nié avoir fait une vidéo jusqu’à ce que les enquêteurs lui montrent les preuves.

Dans un communiqué datant de mardi, Tsahal a déclaré que les cinq soldats avaient accepté de voir leur détention prolongée jusqu’au 19 février, pour permettre une médiation.

Une médiation pour une négociation de peine doit commencer la semaine prochaine.

Selon le Shin Bet, le tireur, Asem Barghouti, a également pris part à une autre fusillade le 9 décembre avec son frère Salih, dans laquelle ils ont blessé sept Israéliens, dont une femme enceinte de sept mois, qui a été sérieusement blessée. Le bébé de la femme a été accouché au cours d’une opération d’urgence, mais il est décédé quelques jours plus tard.

Salih Barghouti a été abattu le 12 décembre à Kobar alors qu’il a attaqué les soldats israéliens pour échapper à son arrestation, avait déclaré l’armée au moment des faits.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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