Des allégations d’abus sexuels dans de prestigieuses écoles juives de Londres
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Des allégations d’abus sexuels dans de prestigieuses écoles juives de Londres

Plusieurs internautes ont dénoncé sur le site web britannique "Everyone’s Invited" des faits de viols, d’agressions et de harcèlement

La Jewish Community Secondary School dans le nord de Londres, qui aurait été le théâtre de 14 cas d’abus sexuel. (Crédit : Jennifer Singer / via JTA)
La Jewish Community Secondary School dans le nord de Londres, qui aurait été le théâtre de 14 cas d’abus sexuel. (Crédit : Jennifer Singer / via JTA)

LONDRES (JTA) – Deux des écoles juives les plus prestigieuses de Londres font face à des critiques après avoir été citées sur un site web permettant aux Britanniques de partager des récits d’abus sexuels présumés.

Le site Web, « Everyone’s Invited », lancé en mars après la disparition et le meurtre de Sarah Everard, a lancé un débat national sur la sécurité des femmes. Parmi les dizaines de milliers de témoignages partagés sur le site, des dizaines citent des écoles juives – soit comme le lieu d’une agression présumée, soit comme l’école fréquentée par les élèves lorsque les événements présumés ont eu lieu.

Ces allégations – de viols, d’agressions et de harcèlement -, viennent assombrir la réputation de deux écoles juives les plus prestigieuses et les plus importantes de Grande-Bretagne : la JFS et la Jewish Community Secondary School, toutes deux situées dans le nord de Londres.

La JFS, anciennement connue sous le nom de Jewish Free School, est citée dans 18 témoignages, l’un d’entre eux affirmant que les agressions sexuelles étaient « complètement normalisées » dans l’école.

« J’étais dans la file d’attente de la cantine, et il a mis sa main sur ma jupe et m’a pelotée… Personne n’a rien dit », a rapporté un témoignage.

Il était « normal pour les garçons de tout âge de peloter les filles », selon un autre récit au sujet de la JFS. « L’idée qu’ils avaient un pouvoir sur ces jeunes filles (et moi-même) est une chose à laquelle je n’aime pas repenser, et encore moins en parler. »

La Jewish Community Secondary School est nommée dans 14 incidents présumés, dont un impliquant un enseignant. D’autres écoles juives prestigieuses, dont l’Hasmonean High School, ont également été citées, tout comme des écoles non juives avec une forte proportion d’étudiants juifs, comme Haberdasher, école londonienne d’où a été diplômé Sacha Baron Cohen.

Patrick Moriarty, directeur de la Jewish Community Secondary School, a déclaré à l’agence JTA que l’école était « pleinement consciente de ces témoignages » et qu’elle les traitait avec « le plus grand sérieux ».

« Tous les incidents identifiables ont fait l’objet d’enquêtes approfondies avec la contribution des autorités statutaires et des mesures ont été prises sur leurs conseils », a déclaré Moriarty, qui a affirmé que prendre connaissance de ces allégations l’avait « plongé dans les ténèbres ».

Une salle de classe de la Jewish Community Secondary School dans le nord de Londres. (Crédit : Jennifer Singer / via JTA)

« Cette honte, pétrifiante et mortifiante comme l’est systématiquement, nous afflige tous », a-t-il écrit dans une chronique il y a quelques jours sur un site web destiné aux éducateurs britanniques. « Quelles que soient les autres réponses qui peuvent déclamer et faire rage en nous – et elles le feront –, cette honte collective doit être goûtée dans toute son amertume : vraiment, tout le monde est mis en accusation. »

D’anciennes élèves de ces écoles ont déclaré à la JTA que les allégations publiées en ligne correspondaient à leurs propres expériences.

Eden Zamora, 20 ans, a passé six ans à la Jewish Community Secondary School. Zamora n’éprouve aucune nostalgie pour cette époque, trois ans après avoir obtenu son diplôme.

« Ce dont je me souviens le mieux », a déclaré Zamora, « c’est quand, une fois, je me suis penchée pour ramasser quelque chose, et un garçon est venu derrière moi et a commencé à se frotter ». Les autres sont restés sans rien dire. Par la suite, un étudiant, qui a vu la scène, lui a dit : « Je pense qu’il t’aime bien. »

Par la suite, un étudiant, qui a vu la scène, lui a dit : ‘Je pense qu’il t’aime bien.’

D’autres diplômées se souviennent s’être fait tripoter, avoir vu des photos sexuellement explicites de filles être partagées par des centaines d’étudiants, ou entendu des discussions publiques comparant notamment le corps des étudiantes à celui de stars du porno. Beaucoup d’entre elles ont parlé sous couvert d’anonymat, pour éviter d’éventuelles critiques de la part de leurs anciens camarades de classe.

Une élève actuelle de la Jewish Community Secondary School a raconté un événement récent lors duquel un élève est entré par effraction dans les toilettes des filles, et a commencé à crier : « Dis-moi ton nom, dis-moi ton nom, sors maintenant », alors qu’il menaçait d’ouvrir la porte de toilettes où une fille se trouvait.

« Elle a eu peur », a déclaré l’étudiante. « Il y a de gros problèmes. »

Une diplômée 2016 de la JFS, aujourd’hui âgée de 23 ans, a déclaré attribuer certains de ces incidents à une instruction inadéquate sur l’éducation sexuelle et le consentement.

« Je pense que cela découle du fait qu’il n’y a pas d’éducation sexuelle et qu’il n’y a pas de discussion sur ces questions », a-t-elle dit, ajoutant : « Je pense qu’une éducation dès le départ sur ce qui est et ce qui n’est pas OK – aussi basique que cela puisse être – et ce qu’est le consentement doit avoir lieu. »

Je pense qu’une éducation dès le départ sur ce qui est et ce qui n’est pas OK – aussi basique que cela puisse être – et ce qu’est le consentement doit avoir lieu.

Selon Zamora, les filles ont assisté à la Jewish Community Secondary School à des assemblées qui, selon elle, se concentraient sur « comment ne pas se faire violer », expliquant que des assemblées spéciales n’étaient pas organisées pour les étudiants de sexe masculin.

L’alma mater de Zamora prévoit de mettre en place des changements. Dans un courriel envoyé aux parents la semaine dernière, la Jewish Community Secondary School a déclaré entreprendre une révision de son programme pour s’assurer que « le contenu, l’accent et la prestation étaient aussi efficaces que possible, en particulier en ce qui concerne le consentement ». Le message indiquait également que les plaintes passées étaient à nouveau examinées et que l’école tiendrait des « assemblées pour aborder les problèmes de comportement, de respect, de gentillesse et visant à ce que les élèves soient des alliés de ces idées, et non de simples spectateurs ».

La JFS n’a pas répondu aux tentatives répétées de commentaires, affirmant seulement que les autorités scolaires « choisiraient si elles souhaitent ou non répondre à ces allégations ». Les enseignants ont refusé d’échanger avec l’agence JTA, invoquant des règles les empêchant de parler aux médias.

« Je pourrais perdre mon emploi », a déclaré l’un d’eux.

Ce n’est pas la première fois au cours de l’année écoulée que de graves allégations d’agression sexuelle émergent dans des milieux juifs. La police écossaise a ouvert une enquête pénale en juillet dernier sur des dizaines d’allégations d’agression sexuelle, dont neuf de viol, contre des membres d’une branche universitaire de la fraternité américaine Alpha Epsilon Pi au sein de l’université de St. Andrews.

Jewish Women’s Aid, une organisation qui vise à soutenir les femmes victimes de violence domestique et de violence sexuelle, a déclaré qu’à la suite de la publication d’allégations sur « Everyone’s Invited », elle avait été contactée par « plusieurs écoles et d’autres établissements dans la communauté qui sont très préoccupés ».

JWA a déclaré avoir écrit à « toutes les écoles juives traditionnelles le 17 mars pour réitérer notre offre d’organiser des sessions d’éducation » et contacté le Partnership for Jewish Schools, une division du Conseil du leadership juif, afin d’offrir son soutien aux équipes de direction des écoles.

« Nous sommes heureux de partager notre expertise et espérons pouvoir aider les communautés scolaires à développer un environnement plus sain », a déclaré Naomi Dickson, présidente du groupe.

Les écoles juives ne représentent qu’une minorité des témoignages publiés sur le site « Everyone’s Invited », qui est associé à un mouvement plus large contre le viol et qui a pris de l’ampleur à la suite du terrible meurtre de Sarah Everard. Mais plusieurs récentes diplômées des écoles juives citées ont déclaré craindre qu’une réponse forte à ces agressions sexuelles dans les écoles juives pourrait susciter des cas d’antisémitisme.

« Avec la communauté juive », a déclaré une ancienne étudiante, « nous avons peur d’admettre qu’il y a des problèmes à cause de la façon dont cela va être perçu à l’extérieur, mais cela crée en fait des problèmes plus profonds », a-t-elle dit.

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