Des centaines de personnes protestent à Tel Aviv contre le nouveau confinement
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Des centaines de personnes protestent à Tel Aviv contre le nouveau confinement

Les manifestants réclament le retrait de Netanyahu et lui reprochent la résurgence de l'épidémie ; d'autres manifestants rassemblés sur des dizaines de ponts et de carrefours

Des manifestants anti-gouvernment à Tel Aviv avant le début du second confinement national, le 17 septembre 2020. La pancarte : "Quand l'injustice devient loi, la rébellion devient une obligation". (Miriam Alster/Flash90)
Des manifestants anti-gouvernment à Tel Aviv avant le début du second confinement national, le 17 septembre 2020. La pancarte : "Quand l'injustice devient loi, la rébellion devient une obligation". (Miriam Alster/Flash90)

Des centaines d’Israéliens ont protesté à Tel Aviv jeudi dernier contre un deuxième verrouillage national pour lutter contre l’épidémie de coronavirus qui se répand en Israël.

Pour Yaël, 60 ans, employée de bureau dans un cabinet d’architecte qui a justement perdu son poste en raison de la crise, le rebouclage de l’économie israélienne annoncé dimanche soir par le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’augure rien de bon.

« L’économie chute, les gens perdent leur emploi, sont déprimés. Et pour quoi ? Pour rien », souffle-t-elle lors d’une manifestation anticonfinement qui a réuni entre 300 et 400 personnes jeudi soir à Tel Aviv.

Le confinement doit commencer vendredi après-midi, avant le début de la fête de Rosh HaShana, et se poursuivre pendant au moins trois semaines. Israël a maintenant l’un des taux d’infection quotidiens par habitant les plus élevés au monde.

Il n’y a actuellement aucune restriction sur les manifestations pendant le confinement.

Les manifestants à Tel Aviv portaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Etre un peuple libre sur notre terre », une référence à l’hymne national Hatikva, a rapporté Haaretz.

Les manifestants anti-corruption du mouvement du drapeau noir se sont également rassemblés à des dizaines de carrefours et de ponts dans tout le pays.

L’organisation a déclaré dans un communiqué : « Le début du confinement de Netanyahu et la façon dont il est géré montrent ce que nous revendiquons depuis le début – un accusé ne peut pas être Premier ministre. L’accusé était occupé cette semaine à sa campagne électorale, alors que l’économie s’est effondrée et que des centaines de milliers de familles sont entrées dans un avenir de désastre économique. »

« Nous sommes ici et nous continuerons à lutter pour la survie de l’État d’Israël, et non de l’État de Netanyahu. »

Des Israéliens manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur la place Habima à Tel Aviv, le 17 septembre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Le groupe, l’une des principales organisations dans les protestations en cours contre le Premier ministre, a fait savoir lundi qu’il renoncera aux manifestations devant la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem pendant la fermeture prochaine, mais continuera avec des manifestations sur les ponts, un élément essentiel du mouvement de protestation.

Le groupe Drapeaux noirs a annoncé lundi qu’il gèlerait les grandes manifestations de Jérusalem par respect pour la « solidarité sociale » et la « responsabilité sociale ».

Dans son annonce, il a rejeté la responsabilité de la fermeture sur le Premier ministre, estimant que la nécessité de confiner à nouveau le pays était « le résultat des échecs de Netanyahu ».

Deux autres groupes anti-corruption de premier plan ont promis de poursuivre leurs protestations devant la résidence du chef du gouvernement à Jérusalem.

Des manifestations régulières, attirant parfois des dizaines de milliers de manifestants, appellent à la démission de Netanyahu en raison de son inculpation pour corruption, et ont décrié la gestion par le gouvernement de la crise du coronavirus et de ses retombées économiques.

Le Premier ministre a déclaré jeudi soir que le nouveau confinement impopulaire était « important » et « nécessaire », et a averti que le gouvernement pourrait avoir besoin de renforcer encore la réglementation.

Des agents du Magen David Adom portant des vêtements de protection devant l’unité de lutte contre le coronavirus de l’hôpital Shaare Zedek à Jérusalem, le 14 septembre 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Aucune limitation n’a été annoncée concernant les manifestations pendant le confinement, selon une décision du gouvernement publiée jeudi.

Israël a vu les cas de virus augmenter ces dernières semaines. Mardi, le nombre de nouveaux cas a atteint un niveau record d’environ 5 500, mais mercredi, il est retombé à 4 546, selon les données du ministère de la Santé publiées jeudi.

Ce chiffre est bien plus élevé que les 1 000 cas quotidiens que le ministère vise avant d’envisager la levée de certaines mesures de confinement, qui se traduiront par la restriction des déplacements, la fermeture des sites de loisirs et la fermeture du système éducatif, entre autres limitations, ont déclaré les responsables.

Plus de 1 200 personnes sont hospitalisées avec le virus, et un nombre record de 577 patients ont été répertoriés dans un état grave jeudi, selon les chiffres du ministère de la Santé. Depuis le début de la pandémie, 176 933 personnes ont été diagnostiquées avec le COVID-19, soit près de 2 % de la population.

En réponse à ces chiffres inquiétants, le cabinet israélien a voté mercredi soir pour approuver la liste des nouvelles restrictions.

« Le système de santé a levé le drapeau rouge la semaine dernière (…) Nous avons tout fait pour tenter de trouver un équilibre entre les besoins de santé et les besoins économiques, mais nous sommes témoins d’une hausse inquiétante des contaminations et du nombre de malades graves ces deux derniers jours », a déclaré M. Netanyahu dans une allocution télévisée jeudi soir.

Il a ajouté qu’il n’hésiterait pas, si nécessaire, à durcir les mesures de confinement perçues comme un coup de massue par une partie de la population.

« Mesure agressive »

« C’est une mesure agressive, qui dévaste l’économie et qui n’est pas utile pour stopper l’épidémie. La seule raison pour laquelle le gouvernement impose un reconfinement, c’est qu’il est complètement perdu (…), qu’il a complètement échoué à gérer le coronavirus », a répliqué le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, dans un entretien à l’AFP.

Les Israéliens ne pourront pas se rendre à plus de 500 mètres de chez eux, hormis pour aller au marché, à la pharmacie ou au travail, s’il s’agit d’une profession jugée essentielle.

Des exceptions sont prévues, comme pour se rendre à des « funérailles ou à une circoncision », a précisé jeudi le ministère de la Santé, qui a aussi imposé des restrictions sur les lieux de culte.

Les synagogues sont en général remplies lors des deux jours de Rosh HaShana et surtout de Yom Kippour.

Cette année, les fidèles pourront prier dans les synagogues en fonction de la taille de l’édifice.

Pour la première fois de son histoire, la grande synagogue de Jérusalem n’accueillera pas les célébrations du Nouvel an juif en raison des restrictions imposées pour lutter contre l’épidémie.

Ces règles se sont heurtées à l’opposition des Juifs religieux et ultra-orthodoxes, car elles auront un impact sur les services publics de prière pendant les fêtes du Nouvel an ; des propriétaires d’entreprises, en raison de la perte de commerce ; et du grand public, car la fermeture du système éducatif obligera de nombreux parents à s’absenter du travail alors qu’ils resteront à la maison pour s’occuper de leurs enfants.

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