Des chercheurs américains tentent de prévoir le potentiel mortel du terrorisme
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Des chercheurs américains tentent de prévoir le potentiel mortel du terrorisme

Des chercheurs universitaires ont appliqué un principe économique aux organisations terroristes pour prédire leur nuisibilité en fonction de leurs 10 premiers attentats

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Scène d'un attentat du 14 octobre 2017 au camion piégé à Mogadiscio, la capitale somalienne, le 15 octobre 2017. (Crédit : Mohamed Abdiwahab/AFP)
Scène d'un attentat du 14 octobre 2017 au camion piégé à Mogadiscio, la capitale somalienne, le 15 octobre 2017. (Crédit : Mohamed Abdiwahab/AFP)

Des chercheurs américains ont développé un modèle statistique qui permettrait de prédire le nombre potentiel de morts causés par une organisation terroriste en fonction de ses 10 à 20 premiers attentats.

Ce modèle pourrait permettre aux forces de sécurité d’identifier et de se concentrer sur les organisations les plus mortelles avant qu’elles ne commettent des attentats dévastateurs.

Le calcul utilise notamment pour cela des données publiques provenant de la base de données du terrorisme mondial et le site de recensement spécialisé RAND Worldwide Terrorism Incidents.

Ces chercheurs de la prestigieuse université de Northwestern se sont penchés sur des données concernant des groupes terroristes actifs entre 1970 et 2014, a expliqué l’université dans un communiqué.

Le modèle repose sur des systèmes prédisant la réussite de jeunes entreprises.

« En gros, on s’est dit : ‘Et si nous envisagions les organisations terroristes comme des entreprises dont le produit vendu est la mort ? Comment prédire la réussite de ce produit ?' » explique Brian Uzzi, l’un des auteurs de l’étude, dans le communiqué.

Les investisseurs consultent les informations disponibles publiquement pour déterminer la future réussite d’une entreprise, mais ce type de données n’étant pas disponible en ce qui concerne les organisations terroristes, les chercheurs ont examiné d’autres renseignements.

Les investisseurs sont très attentifs à la période de commercialisation d’un produit, par exemple. Une entreprise qui commercialise des produits à des intervalles réguliers disposent très probablement de plus de moyens qu’une société qui le fait de façon aléatoire, les chercheurs ont alors utilisé la cadence des attentats comme indication du niveau d’organisation et des moyens d’un groupe terroriste.

Ils ont également étudié l’arsenal utilisé dans les attentats, sa sophistication et le degré de réussite des attentats.

L’État islamique, par exemple, en perpétrait à intervalles irréguliers au début, mais le pourcentage de morts causés était proche du 90e centile par rapport à d’autres organisations. Cela en fait une entreprise terroriste très mortelle après 10 attentats, indiquent les chercheurs.

Dans cette photo non datée mise en ligne à l’été 2014, des terroristes du groupe de l’État islamique brandissent leurs armes et agitent des drapeaux à bord de leurs véhicules en route vers l’Irak, à Raqqa, en Syrie. (Photo militante via AP, File)

Les données ont prédit avec précision que certaines organisations menant peu d’attaques à leur début deviendraient plus mortelles avec le temps – c’est le cas par exemple des Chebabs en Afrique de l’Est.

« Le modèle est capable de prédire le futur impact de certaines de ces cellules dormantes même quand elles opèrent de façon discrète », assure l’un des auteurs de l’étude, Yang Yang.

Les États-Unis dépensent 500 millions de dollars chaque année dans la lutte contre le terrorisme. De 2000 à 2015, 61 nouvelles organisations ont vu le jour en moyenne chaque année, relatent les scientifiques, citant les statistiques de la base de données mondiale consacrée.

« Cette anticipation est très importante, car elle permet non seulement d’aider les gouvernements à cibler et neutraliser les groupes les plus potentiellement destructeurs, mais également à déployer les ressources nécessaires et à éviter de dépenser des milliards de dollars contre un groupe qui disparaîtra probablement de lui-même », affirme Brian Uzzi.

Cette étude réalisée par des experts en données de l’école de management de la Northwestern, intitulée « Quantifier le potentiel mortel des organisations terroristes », a été publiée le 7 octobre denier dans la revue scientifique financée par l’armée américaine, PNAS.

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