Des chercheuses veulent renverser les maladies dégénératives – et les discriminations de genre
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'Si nous voulons changer le monde nous avons besoin de la contribution des hommes et des femmes'

Des chercheuses veulent renverser les maladies dégénératives – et les discriminations de genre

La professeure juive canadienne Molly Shoichet se bat contre le cancer et la cécité - avec un nombre record de femmes scientifiques

Le professeur Molly Shoichet  supervise les recherches de ses futurs doctorants et des post-doctorants mais encourage leur créativité (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)
Le professeur Molly Shoichet supervise les recherches de ses futurs doctorants et des post-doctorants mais encourage leur créativité (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)

TORONTO — La professeure Molly Shoichet emmène son équipe de chercheurs toujours plus près des méthodes de découverte de thérapies en cancérologie et de la culture de cellules-souches afin de renverser le processus d’avancée de la cécité et de la maladie.

« Ce qui est vraiment excitant pour nous, c’est de tenter de trouver des solutions à ces gros problèmes non résolus. Nous faisons beaucoup de travail aux côtés de biologistes de base, de chimistes, d’ingénieurs et de chirurgiens pour essayer de rassembler tous ces univers et de répondre à ces questions », explique Shoichet au Times of Israel.

Professeure en génie chimique et en chimie appliquée, en chimie et biomatériaux et en génie biomédical, Shoichet se trouve à la tête de 25 chercheurs dans son laboratoire de l’université de Toronto.

Expliquant que la devise, dans son laboratoire, est de « résoudre ensemble les problèmes », Shoichet tente de déployer son énergie pour soutenir les idées et les passions de ses jeunes scientifiques et de se concentrer sur la nécessité de créer des alliances entre différents domaines pour aboutir à des avancées innovantes.

Shoichet indique que son laboratoire d’étudiants diplômés et de post-doctorants est divisé en deux : La moitié d’entre eux travaillent sur la recherche contre le cancer et la seconde se consacre à la médecine régénérative associée aux maladies du système nerveux liées au cerveau, à la moelle épinière et à la rétine.

« Ainsi l’idée, c’est : Pourquoi ne remplaçons-nous pas les cellules [qui meurent] pour voir si nous pouvons stopper la progression de la maladie et rendre la vue ? », s’interroge Shoichet.

Les biologistes sont chargés de la conception des cellules-souches et les équipes s’efforcent de trouver le moyen de créer un environnement qui soit apte à les intégrer le plus efficacement possible pour qu’elles survivent et fonctionnent correctement. L’un des défis que les chercheurs doivent affronter est celui de ne pas être en mesure de faire grandir et de manipuler les cellules cancéreuses dans une boîte de Petri comme c’est souvent le cas pour d’autres types de cellules. Typiquement, dans ce type de recherche, des souris dont les systèmes immunitaires sont déjà compromis sont utilisées pour la croissance, l’étude et le travail effectué sur les cellules.

‘Les gens ne sont pas bi-dimensionnels, nous sommes tri-dimensionnels… Il n’est donc pas surprenant que vous ne puissiez parfois pas faire croître des cellules dans cet environnement’

L’équipe de Shoichet s’est efforcée de déterminer les meilleures manières de travailler avec les polymères, en créant des hydrogels qui soient doux, dynamiques et plus proches de l’être humain pour faire grandir des cellules cancéreuses – plutôt que d’utiliser les animaux.

“Les gens ne sont pas bi-dimensionnels, nous sommes tri-dimensionnels… Il n’est donc pas surprenant que vous ne puissiez parfois pas faire croître des cellules dans cet environnement [de plastique dur]. Parfois, ou même souvent, lorsque vous faites croître des cellules dans cet environnement, cela ne vous donne pas les informations nécessaires pour pouvoir prédire comment les cellules grandissent en nous dans des tumeurs », dit Shoichet.

Le docteur Dr. Grant Allen, président du Département de génie chimique & de chimie appliquée à l’université de Toronto, qualifie « d’exceptionnel » son travail dans la médecine régénérative.

Il affirme que Schoichet est une « superstar en termes de capacités », publiant des recherches au plus haut-niveau de son département, ce qui lui a également permis d’acquérir le titre de « professeur d’université », qui est décerné à moins d’une personne sur 50 au sein d’une faculté. Allen qualifie la plus récente distinction qui a honoré la chercheuse – la bourse ‘Killam Research’ – de « précurseur du prix Nobel » (qui n’existe pas toutefois en génie).

Eviter les barrières perçues : c’est ce à quoi Shoichet et ses chercheurs se consacrent. En plus du plaisir de travailler avec des personnalités incroyablement intelligentes et créatives, Shoichet affirme avoir la chance de pouvoir mener à bien les idées qu’elle et son équipe sont amenées à générer.

« Si vous avez une idée et que vous pouvez convaincre quelqu’un qu’elle est bonne et que vous avez les compétences pour prouver sa justesse [en demandant une subvention et en parvenant à la financer], alors vous pouvez l’explorer. Et c’est ce que nous faisons, et c’est ce qui est vraiment excitant ».

Le laboratoire de Shoichet est situé dans le centre Terrence Donnelly de recherche cellulaire et moléculaire à l'université de Toronto (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)
Le laboratoire de Shoichet est situé dans le centre Terrence Donnelly de recherche cellulaire et moléculaire à l’université de Toronto (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)

Utiliser la passion et inspirer autrui

L’intérêt porté par Shoichet aux sciences a été cultivé quand elle était jeune par les soutiens apportés par des professeurs de chimie, des mentors et des modèles dans différents aspects de son existence. Elle évoque le lycée qu’elle fréquentait – « très orienté vers la science » – en précisant qu’elle y a rencontré des enseignants formidables, même si elle reconnaît que les encouragements de sa famille ont eu pour elle une grande signification.

A l’âge de 89 ans, la mère de Shoichet est encore une femme d’affaires – et Shoichet estime qu’elle a été une des voix majeures l’ayant encouragée à devenir une professionnelle. Shoichet a eu le courage de devenir indépendante grâce à sa mère, dont elle a suivi l’exemple. Et, avec deux frères aînés, Shoichet en a suivi un, Brian, au MIT pour y faire des études de chimie.

‘En sciences, vous êtes apprécié pour les contributions que vous pouvez apporter et pour vos connaissances’

« Je pense qu’en sciences, vous êtes apprécié pour les contributions que vous pouvez apporter et pour vos connaissances. Il y a des préjugés malheureusement partout – et beaucoup de préjugés contre les femmes – mais je pense que j’ai pu m’entourer de personnes qui me soutiennent », dit Shoichet.

Elle a affronté les défis des préjugés sociétaux contre les femmes qui, reconnaît-elle, existent dans son domaine comme dans d’autres. Shoichet confie que ces préjugés ne se limitent pas aux hommes – même les femmes en nourrissent contre d’autres femmes comme elles. Elle note des études qui établissent que les femmes scientifiques bénéficient plus facilement de financements pour leurs travaux si les demandes de subventions sont soumises sans préciser si la demande émane d’un homme ou d’une femme.

Avec un doctorat en poche obtenu à l’université du Massachusetts, à Amherst, portant sur l’étude des sciences et du génie du polymère, la chercheuse est partie d’abord travailler dans une entreprise de biotechnique affiliée à la Brown University. Après avoir assumé un poste de maître de conférences là-bas, Shoichet a été ravie de revenir dans sa ville natale de Toronto et d’ouvrir un laboratoire au Centre Donnelly de recherche cellulaire et biomoléculaire de l’université de Toronto. Shoichet reconnaît sa chance : Son amour de la science est également à l’origine de sa carrière florissante.

Molly Shoichet discute d'un projet avec une chercheuse (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)
Molly Shoichet discute d’un projet avec une chercheuse (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)

« J’ai deux enfants et un époux et c’est toujours un défi de mener de front une carrière et une famille mais là, une fois encore, ils m’ont beaucoup encouragée et j’ai été énormément aidée », estime-t-elle.

Shoichet est venue cet été en Israël pour saluer son fils, âgé de 16 ans, qui a intégré l’équipe junior de football sous les couleurs du Canada lors des Maccabiades 2017. Sur place, elle rendra également visite au laboratoire de l’une de ses collaboratrices, Ronit Satchi-Fainaro, à l’université de Tel Aviv.

Les deux femmes se sont rencontrées pour la première fois alors que Shoichet se trouvait en Israël, intervenant lors d’un sommet conjoint entre l’université de Toronto et le Technion de Haïfa. Elles sont devenues partenaires il y a plus d’un an à l’occasion d’une subvention qui a été versée entre l’université de Tel Aviv et celle de Toronto.

Shoichet a dans son équipe 25 chercheurs dans un espace partagé de laboratoire avec d'autres scientifiques travaillant sur différents projets (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)
Shoichet a dans son équipe 25 chercheurs dans un espace partagé de laboratoire avec d’autres scientifiques travaillant sur différents projets (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)

Selon Shoichet, le laboratoire de Satchi-Fainaro présente une « expertise en imagerie et en expérience sur les animaux menées sur les glioblastomes dans les cancers du cerveau », et l’équipe de Shoichet oeuvre à livrer des médicaments agissant dans des zones spécifiques du cerveau pour impacter ce type de cancers.

En tant que manager d’un laboratoire travaillant sur de nombreux projets majeurs au même moment, Shoichet ne considère pas son sexe comme une barrière. Au lieu de diriger ou de « micro-gérer » ses chercheurs, elle décrit son rôle, affirmant qu’il vise à cultiver le travail de son équipe, indépendamment du genre de ses membres.

‘Mon objectif est de les former pour qu’ils deviennent des penseurs créatifs indépendants’

« Avec mes étudiants en Doctorat ou post-Doctorat, mon objectif est de les former pour qu’ils deviennent des penseurs créatifs indépendants », affirme Shoichet, qui note également les différences importantes entre l’université et la concurrence au sein de l’industrie scientifique.

« Alors si je dis à mon équipe ce qu’elle doit faire en permanence, ils n’atteindront jamais cet objectif. Et si je leur dis quoi faire, alors je laisse de côté tout ce à quoi ils pourraient aussi contribuer ».

Les chercheurs laissent des échantillons à mélanger ou à agiter dans l'agitateur du laboratoire (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)
Les chercheurs laissent des échantillons à mélanger ou à agiter dans l’agitateur du laboratoire (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)

Consciente du découragement subtil dont les femmes peuvent être victimes lorsqu’elles choisissent d’entrer dans les carrières scientifiques ou dans d’autres professions, Shoichet espère que les parents sauront encourager leurs filles exactement de la même façon qu’ils encouragent les garçons.

En 2013, l’UNESCO a fait savoir que moins d’un tiers de femmes travaillaient dans le domaine de la recherche scientifique et dans des rôles de développement dans le monde. Au Canada, il y a plus de femmes dans le secteur scientifique mais leur nombre reste bas. Constatant les importantes opportunités de progrès à réaliser, Shoichet désirerait que plus de femmes – mais d’hommes aussi – choisissent de travailler dans les sciences.

Shoichet reste dans cette minorité de femmes à la tête de laboratoires scientifiques dans le monde (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)
Shoichet reste dans cette minorité de femmes à la tête de laboratoires scientifiques dans le monde (Crédit : Dana Wachter/Times of Israel)

Allen explique que lorsque Shoichet a fait ses débuts à l’université de Toronto, elle était la troisième ou la quatrième femme à intégrer le département de chimie. Depuis lors, aux côtés de la doyenne actuelle du Génie – également une femme – elle a travaillé dur pour faire venir plus de femmes au sein du département. Allen déclare que le génie chimique a souvent davantage de femmes et qu’actuellement, le ratio homme-femme pourrait bien s’approcher des 50 %. Il dit également que ce département de l’université de Toronto – fort de ses 40 % environ de femmes – « n’a pas d’équivalent dans tout le Canada ».

Constatant de si nombreuses opportunités de progrès, Shoichet voudrait aussi que plus d’hommes intègrent le milieu scientifique.

Allen sait quelles sont les réussites de Shoichet et que sa passion authentique pour les sciences inspirent les autres. Il évoque une entreprise qu’elle a fondée, Research2Reality, qui est, selon lui, l’exemple de sa mission : A savoir, expliquer aux profanes ce que sont les sciences en élargissant l’intérêt porté à ce secteur. « Je pense que si nous voulons changer le monde et que nous voulons résoudre les gros problèmes dont nous tentons tous de venir à bout », dit Shoichet, « alors nous avons besoin de la contribution des femmes et des hommes ».

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