Des collectionneurs crient au scandale après la découverte d’un « trésor nazi » à Buenos Aires
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La collection, qui semblait figée dans le temps, était trop belle pour être vraie.

Des collectionneurs crient au scandale après la découverte d’un « trésor nazi » à Buenos Aires

Les autorités argentines avaient déclaré avoir mis la main sur des artefacts originaux de l'époque nazie, mais des aficionados du Troisième Reich affirment le contraire

Des objets de l'époque nazie, de la collection de Darrell English, du Massachusetts, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israel)
Des objets de l'époque nazie, de la collection de Darrell English, du Massachusetts, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israel)

BOSTON – Il y a deux semaines, des informations au sujet de « souvenirs nazis cachés » découverts à Buenos Aires ont reçu une couverture médiatique internationale. Cependant, ces derniers jours, des experts en artefacts de l’ère nazie ont qualifié cette collection de « déchets de qualité carnavalesque » et de quelque chose qui se rapprochait de « fausse saucisse de foie ».

Ce numéro a commencé le 8 juin, quand la police fédérale argentine et Interpol ont perquisitionné la maison d’un collectionneur d’art suspect à Buenos Aires. Derrière une bibliothèque, les agents ont découvert un passage secret qui menait à une pièce remplie d’objets de l’ère nazie. Parmi les 75 objets « originaux », on y trouve un buste d’Hitler, des jouets, des fournitures médicales, tous soigneusement flanqués de croix gammées.

Les autorités avaient déclaré que les objets appartenaient à des nazis haut-placés, notamment à Adolf Eichmann et Joseph Mengele, qui avait fui vers l’Argentine après la guerre. Les médias avaient parlé de cette collection comme d’une collection authentique, et certains avaient ajouté que, selon le directeur de la police fédérale argentine, l’origine de ces objets de l’époque nazie avait été confirmée.

Ces circonstances particulières, liées à l’augmentation de falsification d’objets nazis, ont conduit certains experts antiquaires à crier au scandale.

« Cette prétendue collection est entièrement fausse », a déclaré Darell English, un collecteur d’artefacts du troisième Reich depuis des décennies.

Après avoir consulté des photos et des vidéos des trésors de Buenos Aires, English assure que de nombreux – si ce n’est la totalité – articles sont des faux. Non seulement les nazis ne les ont jamais touchés, a affirmé l’antiquaire du Massachusetts, mais il semblerait qu’ils aient été fabriqués ces 20 dernières années.

« Ce qui se démarquait, c’était la statue de chat avec un pendentif en croix gammée et une grande croix gammée sur le socle – une belle blague », a raconté English, qui a fondé le Musée et Institut de l’Holocauste en Nouvelle Angleterre en 2013. Bien que le musée ait fermé depuis, English reste l’un des plus grands collectionneurs d’artefacts de l’époque nazie de la région, allant d’uniformes des camps de concentration aux négatifs de photos historiques.

« Le poignard de chasse m’a aussi mis la puce à l’oreille », a déclaré English au sujet de la découverte de Buenos Aires. « Oui, Hermann Goering en distribuait, mais celui-là était surdimensionné, à la fois dans le type de poignard que dans la grande croix gammée qui accroche le regard. C’est le truc qu’utilisent les faussaires pour attirer l’attention des gens », a expliqué English dans une interview accordée au Times of Israël.

En tant que personne familière des emblèmes nazis, English a regardé, par exemple, « une sculpture de chat pseudo-égypto-nazie » et l’objet « sonnait faux », a-t-il dit. Le collectionneur n’avait jamais vu ce modèle auparavant, ce mélange d’éléments du Reich avec les unter-cultures du monde.

Darrell English, fondateur du New England Holocaust Institute & Museum, examine un négatif d'un film de propagande nazie, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israel)
Darrell English, fondateur du New England Holocaust Institute & Museum, examine un négatif d’un film de propagande nazie, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israël)

Selon Bill Panagopulos, chef de l’Alexander Historical Auctions, du Maryland, ces objets sont des « déchets de qualité carnavalesque ».

Qualifiant certains objets de faux flagrants, le commissaire-priseur chevronné a indiqué que la collection, qui semblait figée dans le temps, était trop belle pour être vraie. « Imaginez un instant : des harmonicas pour enfants, approuvés par les nazis, vendus par lots de 6, avec des emblèmes qui ont l’air imprimés au laser, et des compas médicaux frappés d’une croix gammée dans une boite de présentation », a expliqué Panagopulos.

Si les faux artefacts de l’époque nazie se détectent aussi facilement, pourquoi les gens prennent-ils la peine d’en fabriquer ?

Selon Darrell English, le stock de Buenos Aires était conservé par « une personne qui aime transmettre des fausses antiquités à des gens qui ont plus d’argent que de neurones ». Dans ce scénario, les objets à thématique nazie n’ont jamais été fabriqués pour être une collection, comme ils l’étaient lors de la perquisition d’Interpol. Ces faux artefacts étaient destinés à être vendus indépendamment.

Des objets de l'époque nazie, de la collection de Darrell English, du Massachusetts, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israel)
Des objets de l’époque nazie, de la collection de Darrell English, du Massachusetts, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israël)

« Les gens voient des croix gammées et perdent la tête », a dit English. « Associez Amérique du Sud et nazis, et vous obtenez le Quatrième Reich, de quoi faire les gros titres », a expliqué l’homme de 59 ans, ajoutant que l’un de ses collègues a décrit la prétendue collection comme étant « des ordures ».

L’existence même d’objets apparemment intouchés, aux emblèmes nazis, devrait éveiller les soupçons, a analysé english, dont le propre stock de souvenirs nazis dépasse les 10 000 objets. Parmi ces artefacts, plus de 3 000 sont directement liés au meurtre des 6 millions de juifs durant la Shoah.

« Qu’est-ce qu’un nazi, en fuite pour sauver sa peau, prendrait dans ses bagages ? », s’interroge English, qui, en 1984, était l’un des premiers collectionneurs, à discréditer les infâmes « Journaux d’Hitler », un faux qui contenait des phrases du type « Eva dit que j’ai mauvaise haleine ».

Selon English, « un nazi en fuite aurait des vêtements et une tonne de faux passeports et documents d’identités, pas une statue de chat ».

Ces dernières années, les faux de l’époque nazi ont inondé le marché, assure English. Certains médias les présentent comme des « découvertes » authentiques avant de consulter des experts. Malheureusement, cette authentification accorde de facto du crédit à la prochaine série d’artefact, déplore English, quand des acheteurs se souviennent « avoir vu un objet exactement comme ça » dans la presse.

« Je joue à ce jeu depuis un demi-siècle, et j’en ai vu de toutes les couleurs », affirme English. « À ce jour, les choses empirent, parce que trop de gens veulent croire à tout, sans faire leurs devoirs. »

Darrell English, fondateur du New England Holocaust Institute & Museum, explique l'histoire des 3 000 pièces de sa collection, liées à l'époque de la Shoah, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israel)
Darrell English, fondateur du New England Holocaust Institute & Museum, explique l’histoire des 3 000 pièces de sa collection, liées à l’époque de la Shoah, en 2015. (Crédit : Elan Kawesch/The Times of Israël)
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